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jeudi 18 octobre 2012

MEGALITHES IV: LE CORDON DES DRUIDES EN FORET DE FOUGERES


LES MEGALITHES DE LA FORET
DE FOUGERES

 

Le Cordon des Druides

 


 
 
 
   Troisième ensemble mégalithique de la forêt de Fougères de notre parcours : le mal nommé Cordon des Druides. Cet alignement de pierres a peu à voir avec les religieux gaulois,il n’en reste pas moins que sa signification interpelle toujours.

 
L'ALIGNEMENT


   Le Cordon des Druides se situe en forêt de Fougères (parcelles 73, 75 et 77), dans la commune de Landéan. Il est actuellement composé d’un peu plus d’une cinquantaine de blocs de pierres. Certains témoignages font état de 80 pierres dressées, mais elles sont bien difficiles à repérer. En effet, outre le couvert végétal qui empêche l’observation précise, il faut compter avec l’exhaussement du niveau forestier. La cinquantaine de pierres existante n’est plus qu’une épave, ce qui rend d’autant plus délicate toute tentative d’explication, nous y reviendrons.
 
 

 Au milieu des arbres de la forêt de Fougères, le Cordon des Druides
 correspond à un alignement de pierres légèrement sinueux remontant
 au Néolithique.(cl. J. Bachelier, 2012)
 
 

  Plusieurs auteurs, dont P. Bézier, l’abbé Brune, Th. Danjou de la Garenne, font mention de deux débris de cromlechs, ou enceinte, de 7 à 8 mètres de diamètre, composés de blocs de pierre de petite dimension. Mais P. Briand, dans Alexandre des Lumières (2012), a récemment mis en doute la fiabilité de ce type de témoignages, les auteurs se recopiant les uns les autres, certains ne se rendant même pas sur place, tandis que d’autres décrivent ce qu’ils ont lu et non vu. On restera donc réservé sur ces deux cromlechs.

  L’alignement, légèrement sinueux, s’étire sur près de 300 mètres, orienté dans la direction du Nord-Est au Sud-Ouest. Ces blocs sont de tailles et de formes extrêmement variables. Alors que la plus grande atteint près de 2 mètres, elle se situe d’ailleurs à peu près au milieu de l’alignement, quantité d’autres pierres ont été renversées et n’émergent plus du sol que quelques centimètres.

  Indéniablement ces blocs ont été sculptés, quoique certains se soient demandé s’il ne s’agissait pas d’un filon de quartz affleurant naturellement. Arrachées au sous-sol, les pierres ne sont pas finement sculptées, elles ont un aspect « brut ». Il s’agit de blocs en quartz, alors que les allées couvertes, ou dolmens, de la Pierre Courcoulée et de la Pierre du Trésor sont en granit. Le quartz, pierre relativement blanche, n’a pas été choisi au hasard, sa couleur est symbolique.


 
 

 UNE CELTISATION ABUSIVE
 
 

Cet alignement a été rattaché aux Gaulois qui l’auraient utilisé, voire construit, d’où son nom de Cordon des Druides, que l’on trouve au moins à partir du XIXe siècle. À juste titre, Briard parle d’une « celtisation abusive d’un monument mégalithique. » Les Gaulois ne sont pas à l’origine de ces édifices de pierres, les druides encore moins !

Nombre de légendes pourtant s’y rattache et fait écho à ces derniers, en Bretagne comme ailleurs en France. Ainsi, outre le Cordon des Druides de Landéan, nous trouvons un Autel des Druides près du Lac de Servières (Puy-de-Dôme), tout comme au-dessus du pèlerinage du Schauenberg en Pfaffenheim (Haut-Rhin). Non loin de l’étang de la Gravotière se situe La Chaire du Druide (Côte-d'Or) et dans la commune de Trie-Château (Oise) surgit la Pierre des Druides. Jusqu’aux travaux de la seconde moitié du XXe siècle, l’attribution des mégalithes aux Gaulois était classique.

Des Gaulois ont pu vivre à proximité, on a d’ailleurs des traces d’enceintes ressemblant à des fermes sous le couvert forestier actuel, ils ont aussi pu les renverser, les utiliser d’une manière ou d’une autre, mais ils ne sont pas les constructeurs du Cordon des Druides, ce monument date du Néolithique, soit v.  6 500 av. J.-C. à 2 500 av. J.-C.

 

 DE LA FANTAISIE AUX PRUDENTES HYPOTHESES
 

Il existe plus d’une centaine d’alignements en Bretagne, soit simples, soit complexes. Le Cordon des Druides relève de la première catégorie. Leur caractère sacré paraît essentiel, mais quel sens lui donner ? Afin de combler les silences du passé, des théories plus ou moins fantaisistes ont vu le jour.

L’association aux druides a conduit à faire du Cordon un puits religieux traversant les époques. Les forces telluriques ont été appelées en renfort, les pierres dressées constituant autant de « jalons sur l’itinéraire de processions cultuelles ». L’alignement aurait aussi pu former un « "barrage fluidique" pour protéger ces lieux sacrés ». Mais seuls les initiés auraient été à même d’en saisir le sens, capter ses ondes, recueillir ses « bonnes énergies ». Certains y ont même vu un sanctuaire bouddhique, pendant que d’autres estimaient que les cromlechs disparus étaient la preuve d’un culte solaire.

Plus raisonnablement, et ce malgré la disparition de tous les indices, ou presque, nous permettant de comprendre l’origine de ces pierres, les historiens ont cherché d’autres explications, notamment par la comparaison.
 
 
 
 
 
 Parfois couverts de mousses, contrastant avec le quartz, parfois sous la végétation, l’alignement d’une cinquantaine de pierres avait un caractère sacré. On aperçoit ici la plus haute pierre, pratiquement au milieu du Cordon des Druides, elle trône péniblement à deux mètres de hauteur.( cl.J.Bachelier,2012)
 
 
 
 

  La ligne droite vaguement géométrique formée par les pierres pourrait correspondre à une orientation calendaire à finalité religieuse, astronomique, voire astrologique, peut-être utile pour les agriculteurs préhistoriques, plus certainement pour manifester le pouvoir d’une « caste de sorciers, sages ou prêtres » (P.-R. Giot). Toutefois, si l’on admet que le Cordon des Druides était un point de repère, il faut imaginer qu’il n’y avait pas de forêt tout autour, mais cela est maintenant un acquis. La forêt de Fougères est un « champ d’arbres » récent remontant au Moyen Âge. Il convient aussi d’admettre que le groupe dominant qui a décidé de la construction de cet alignement était suffisamment respecté et puissant pour imposer un tel travail de débitage des pierres et de transport. En retour, les travailleurs en attendaient sûrement quelques garanties pour leur au-delà, mais peut-être aussi pour leur ici-bas (récoltes).

Les lieux ont pu être réinvestis par des pratiques païennes, ce n’est peut-être pas un hasard si, au Moyen Âge, la forêt de Fougères a abrité un certain nombre d’ermites. B. Beck s’est demandé si la survivance de telles pratiques, voire la perpétuation de celles-ci, n’avaient pas orienté le choix de Bernard de Tiron de s’installer non loin de là à Chênedet au début du XIIe siècle. Le christianisme aurait ainsi capté la sacralité supposée des lieux, la Croix du Fouteau, près de l’oppidum du Poulailler a certainement connu le même type de processus.

 

 
 Pour conclure, si le Cordon des Druides n’a rien à voir avec les Gaulois, on ne peut lui ôter son caractère sacré. Toutefois celui-ci s’est évaporé au cours des siècles et des millénaires, seuls quelques touristes rendent toujours visite à cet alignement mégalithique, classé par arrêté du 19 décembre 1946, au titre des Monuments Historiques. Ceci n’a toutefois pas suffi pour susciter des études...

 

                                          Julien Bachelier

 
 
 
 

dimanche 1 juillet 2012

LE MYSTERE des MEGALITHES de la forêt de Fougères


Les mégalithes de la forêt de Fougères


                                                                    TROISIEME VOLET













Des monuments encore et toujours énigmatiques






Peu de monuments ont fait couler autant d’encre que ces fameux mégalithes, sans compter toutes les légendes transmises oralement et qui gravitent autour de leurs origines, un trésor n’est jamais bien loin, à défaut le diable et ses acolytes y sont pour quelque chose... La Pierre du Trésor et la Pierre Courcoulée n’ont pas échappé à la règle, néanmoins que sait-on vraiment sur ces mégalithes ?


La Pierre Courcoulée.


S’agit-il bien de dolmens ?

Si d’ordinaire on parle de dolmen, le terme n’a rien de scientifique, au contraire. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les monuments mégalithiques sont qualifiés de noms bretons. Outre menhir qui désigne les pierres dressées seules, le terme dolmin aurait été inventé par Théophile-Malo de La Tour d'Auvergne (1743-1800) dans ses Origines gauloises (1792-1796):le "Premier Grenadier de la République", célébré pour ses participations aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes,se passionnait pour les langues celtiques. Par la suite, on utilisa le pluriel dolmen pour les structures plus complexes.




 


Si les érudits bretons estimaient que l’Armorique était la terre de prédilection de ces monuments, depuis les historiens et les archéologues ont montré que le mégalithisme concernait des régions aussi diverses et éloignées que les Balkans, l’Espagne ou les pays Scandinaves. Dès lors, les qualificatifs bretons n’avaient plus de pertinence. Aujourd’hui on distingue plusieurs structures. Ainsi, les menhirs sont des stèles, voire des alignements en fonction de leur nombre. Les dolmens sont divisés en plusieurs groupes : allées couvertes (comme les mégalithes de la forêt de Fougères), sépultures mégalithiques, dolmens en V... La typologie étant établie en fonction de la disposition des « pièces »  (chambre, couloir...) et des entrées (latérales ou non). Toutefois, étant donnés les vestiges en place, il est parfois bien délicat d’affirmer que tel ou tel dolmen relevait de telle ou telle catégorie. Enfin, il existait des ensembles encore plus imposants : les tertres tumulaires, monuments en terre ou pierres recouvrant parfois des structures, on peut les opposer aux cairns, uniquement faits de blocs ou de moellons.



 


Druides et Gaulois n’y sont pour rien













 Le Cordon dit des Druides



Il existe aussi une autre confusion : la datation de ces monuments. Si une célèbre bande dessinée a diffusé l’idée que les Gaulois et les menhirs étaient contemporains, le mouvement est bien plus ancien. En se limitant à la forêt de Fougères, une telle confusion se retrouve derrière les noms du Cordon des Druides ou du Carrefour de la Serpe d’Or. Les érudits bretons des XVIIIe – XIXe siècles estimaient que ces pierres remontaient à l’époque celte, on se limitera à rappeler ici le titre de l’ouvrage de Théophile de La Tour d'Auvergne : Origines gauloises ; et il est loin d’être le seul à avoir réalisé une telle assimilation. La « preuve » se trouvait dans La Guerre des Gaules (livre VI, chap. 16) de César lui-même : « Toute la nation gauloise est très superstitieuse ; [les Gaulois] ont recours pour ces sacrifices au ministère des druides ».  Il ne restait plus qu’à trouver des traces de ces sacrifices sur les mégalithes, les traces d’érosion devinrent des  rigoles d’écoulement et des déversoirs prêts à accueillir le sang de victimes humaines, Danjou de La Garenne concluait que ces monuments de pierres servaient aux « sacrifices sanglants des Druides. »



       Dès le début du XXe siècle, certains auteurs émirent des doutes, au niveau local, Émile Pautrel rejetait tout lien entre les druides et les mégalithes. Aujourd’hui, l’archéologie a démontré que ces derniers commencent à apparaître dès le VIe millénaire avant notre ère et disparaissent v. 1500 av J.-C., bien avant donc que la civilisation des Gaulois ne se développe.
















Des mégalithes du Néolithique


Il est bien souvent difficile de dater les dolmens. On peut pour cela s’aider d’éventuelles découvertes archéologiques ou dresser une typochronologie, c’est-à-dire dater les édifices en fonction de critères d’apparence et/ou morphologique.


Les deux mégalithes de la forêt de Fougères auraient livré des objets permettant un début de datation. Ainsi, malgré les diverses fouilles sauvages menées autour de la Pierre Courcoulée, des « anneaux bretons » auraient été mis au jour, remontant au Néolithique final (2500 av. notre ère). Sous la Pierre du Trésor, lors des restaurations menées à la fin des années 1930, on découvrit « trois débris de vases gallo-romains », ce qui allait assez bien avec les hypothèses druidiques et celtiques encore en vogue dans certains milieux. Dans les deux cas, il faut tout d’abord se demander si les objets ont été déposés lors de l’élévation du monument, ou pour le moins s’ils sont contemporains. Pour la Pierre Courcoulée, les objets découverts correspondent avec les éléments de typochronologie. Par contre, on demeure perplexe pour les débris de céramiques gallo-romaines de la Pierre du Trésor, il aurait été intéressant de les retrouver pour proposer une nouvelle datation. On peut envisager au moins deux hypothèses, soit les découvreurs se sont trompés dans la datation, soit les vestiges sont effectivement gallo-romains et dans ce cas il y aurait eu un réemploi du mégalithe bien après son édification. Les deux options se valent, car dans le premier cas, force est de reconnaître que les recherches sur le Néolithique breton étaient peu avancées il y a un siècle; quant à la présence des Gallo-Romains en forêt de Fougères, les indices sont multiples (voie romaine, fermes, traces de cadastration (?), tegulæ...).















L’autre approche pour dater les monuments est donc la typochronologie. Ainsi malgré le piètre état de conservation, la comparaison avec d’autres monuments peut apporter un début de réponse, qui ne demande qu’à être confirmé ou infirmé par de futures études. Pour la Pierre du Trésor,  dont l’essentiel est à terre, on peut probablement parler d’un dolmen simple, il devait s’agir d’une chambre sans couloir, avec seulement une table et ses piliers. La datation reste difficile, les archéologues estiment que, dans certains cas, ces monuments pourraient être tardifs. Quant à la Pierre Courcoulée, il semble que l’on ait à faire à un dolmen en allée ou plutôt une allée couverte, comprenant à l’origine un vestibule d’entrée, puis une chambre. Une telle organisation renverrait au Néolithique final.
















Quels sens donner à ces vestiges ?















Outre l’attribution sacrificielle aux druides, les mégalithes ont éveillé les imaginations. On ne peut passer en revue toutes les théories, depuis les plus farfelues ou plus plausibles : astrologiques, cultuelles, religieuses... Nous nous limiterons aux hypothèses les plus crédibles et tenterons d’en déterminer les implications sociales.

 Protégée par un tertre fait principalement en terre, la Pierre Courcoulée avait vocation
 à accueillir les  corps des membres de l'élite sociale et locale.( cl. J. Bachelier)


Les mégalithes semblables à ceux de la forêt de Fougères avaient un rôle religieux. Tout d’abord au plan cultuel et de la mémoire des ancêtres, s’ils remontent bien au Néolithique final, les monuments de pierres fougerais ont très bien pu servir de sépultures collectives où furent déposés les restes de dizaines, voire de centaines de personnes ; toutefois la modestie des tombes invite à limiter le nombre de corps déposés. Les quelques découvertes archéologiques faites tant dans la Pierre Courcoulée que dans la Pierre du Trésor iraient d’ailleurs en ce sens. Ainsi les « anneaux bretons » découverts dans la première pourraient être considérés comme du mobilier funéraire, dépôts pour le ou les défunts. De même, les débris de céramique de la Pierre du Trésor, à condition de revoir leur datation, pourraient être mis en relation avec des vases à vocation funéraire (offrandes au moment du placement du corps ou après, lors de cérémonies cultuelles).















La monumentalité des mégalithes implique une forte visibilité dans le paysage de l’époque. En effet, si aujourd’hui ils sont cernés par les arbres, il faut imaginer un tout autre paysage à la fin du Néolithique, où les clairières alternaient avec les bois et les zones cultivées. La Pierre du Trésor comme la Pierre Courcoulée étaient au centre d’un espace déboisé. De plus, ces dolmens devaient à l’origine être recouverts d’un tertre fait de terre, mais aussi de pierres et probablement de bois. Pour ériger ce dernier et plus encore pour transporter les pierres, les hommes avaient dû défricher les bois. La visibilité avait aussi une vocation sociale. Sans être située sur le sommet de la forêt de Fougères, la Pierre du Trésor se trouve sur une hauteur, quant à la Pierre Courcoulée, elle est légèrement en pente douce, donc plutôt en situation supérieure. Leur visibilité devait avoir un double rôle. Au quotidien, les vivants qui habitaient autour voyaient de loin les tertres, et on ne peut exclure une forme d’émulation, de concurrence avec les communautés voisines.















               Sur l'un des points hauts de la forêt de Fougères, la Pierre du Trésor devait protéger
le corps et le souvenir des principaux membres de la communauté; elle était aussi disposée pour
être vue par les autres personnes de cette même communauté et probablement par les  membres
des autres groupes qui devaient périodiquement sillonner le  territoire du groupe qui a construit
la Pierre du Trésor.  (cl. J. Bachelier)



       La construction de ces mégalithes avait enfin une forte implication sociale. Il faut tout d’abord souligner qu’en fonction de la destination de ces tombes monumentales leur implication était différente. Si elles n’abritaient qu’un seul homme ou qu’un seul groupe familial, alors il faut convenir qu’ils formaient l’élite. De récentes études insistent sur le rôle des mégalithes dans la manifestation des inégalités sociales. Mais s’ils avaient vocation à accueillir des dizaines, voire des centaines de corps, ce qui était apparemment le cas à la fin du Néolithique, alors cette fois-ci, il faut imaginer qu’ils avaient un rôle de cohésion pour la communauté. Le développement de pratiques funéraires de plus en plus complexes (dépôts rituels avec parures ou vases) allait de pair avec l’ouverture plus ou moins régulière du caveau pour placer les nouveaux défunts, qui étaient autant d’occasion de cérémonies réunissant les membres de la communauté. Les vivants rendaient visite aux morts.












     L’érection des mégalithes impliquait aussi de mobiliser des groupes pour le transport des pierres et leur érection, la construction du tertre, ce qui implique une hiérarchisation de la communauté. Les monuments étaient faits pour l’élite mais pas par elle, il devait donc exister un certain contrôle social, des moyens de coercition ou plutôt un système de croyances qui faisait que la foule des humbles acceptait une telle débauche d’énergie en échange probablement de promesses de récoltes abondantes et/ou de protection.











   Pour conclure,  il faut reconnaître que, malgré les hypothèses précédentes et les avancées de la recherche, une large part de l’explication de ces monuments  restera à jamais inconnue. Il n’y a pas d’écrit et le système de croyances auquel les mégalithes étaient rattachés a complètement disparu, ce qui ne veut pas dire que ces monuments doivent connaître le même sort, c'est un patrimoine à préserver et mettre en valeur.




                                                                                                          Julien Bachelier















vendredi 18 mai 2012

MEGALITHES II :LA PIERRE COURCOULEE

 SITES DE MEMOIRE :



Les mégalithes de la forêt de Fougères




La Pierre Courcoulée







Outre la Pierre du Trésor, la forêt de Fougères abrite un second mégalithe : la Pierre Courcoulée.  Les mêmes questions valent pour ce dolmen caché parmi les arbres, mieux conservé que le premier. 




Description de la Pierre Courcoulée





Cet ensemble mégalithique se situe dans la partie occidentale de la forêt de Fougères, non loin d’un chemin forestier, rejoignant le carrefour du Poulailler. Cernée par les arbres, la Pierre Courcoulée surgit alors.


On distingue très nettement un amas d’une quinzaine de pierres en granit, ce qui n’étonnera pas en forêt de Fougères. La Pierre Courcoulée paraît divisée en deux parties, mais tel ne devait pas être le cas à l’origine, il faut probablement imaginer un seul et même ensemble mégalithique avec ses piliers et sa dalle de couverture.






 La Pierre Courcoulée depuis le chemin forestier. On perçoit bien les deux parties du mégalithe :
 à droite, la partie la mieux conservée correspondrait au couloir et,
 à gauche, la partie la plus affaissée serait la cella. (Cliché J. Bachelier,2012.)



Si l’on restitue l’ensemble et que l’on admet que cette dernière a été brisée, elle mesure près de 5 mètres de long, large de 1 mètre et épaisse de plus 1,10 mètre. Cette table de recouvrement est actuellement cassée, elle l’était déjà au début du XIXe siècle lorsque l’on peut lire les premières descriptions. Certains ont estimé qu’elle ne formait qu’un seul et même bloc, mais on peut également penser qu’elle était bien divisée en deux parties dès la construction du monument, même si classiquement les autres mégalithes de cette forme n’étaient recouverts que d’une seule pierre. La brisure est particulièrement érodée, preuve que si la pierre appartenait à un même ensemble cette fracture est ancienne. On accuse parfois les chercheurs de trésors, mais les chrétiens ont aussi renversé des mégalithes, à défaut, en cas d’échec, ils ont christianisé le menhir, comme la Pierre Longue ou Lande Rosse en Noyal-sous-Bazouges. Parfois aussi, les destructions remontent bien haut dans le temps, les hommes préhistoriques ont parfois détruits ce que leurs devanciers, de quelques siècles, avaient érigé.


Étant donné la difficulté de savoir si la table de recouvrement formait un seul bloc, partons de l’existant. Arrivant du chemin, une première partie repose sur quatre piliers, à chaque angle. Malgré leur forme, qui paraît irrégulière, ceux-ci présentent des points communs. Leur hauteur varie entre 0,70 et 0,80 mètre et leur épaisseur oscille entre 0,40 et 0,50 mètre. Nonobstant les dégâts, on perçoit une certaine logique dans leur répartition, si leur base se touche, formant comme un muret, leur sommet laisse percer la lumière au sein de ce qui devait faire office de couloir. Avant d’en venir à la deuxième partie du mégalithe, on notera l’existence d’une pierre entre les deux sections, elle pourrait correspondre à une dalle transversale, barrant l’accès à la chambre depuis le couloir.


La deuxième partie de la table de recouvrement est beaucoup plus affaissée. Dans les années 1920-1930, elle reposait sur trois piliers, depuis elle semble avoir encore basculé et on peut difficilement employer le verbe « reposer ». La pierre a basculé sur son flanc septentrional et une seule pierre sert encore de support ; sous elle on devine un bloc.


Enfin, restent deux anciens piliers qui aujourd’hui ne supportent plus rien. Le premier se trouve entre les deux parties précédemment décrites. Quant au second, il se situe à l’extrémité du deuxième bloc, tout indique qu’il servait de support, mais sa partie haute paraît avoir été tirée vers l’extérieur, ce qui pourrait expliquer le basculement de cette partie de la table de recouvrement.


L’assemblage de ces pierres indique l’existence d’un couloir et d’une chambre, ou cella. Le premier paraît extrêmement exigu avec à peine une trentaine de centimètres de large en certains endroits, on peine à croire que son état actuel soit conforme à ce qu’il était à l’origine. Quant à la cella  (partie la plus secrète d'un  édifice sacré), l’état de dégradation actuel rend délicat la moindre hypothèse, néanmoins elle pouvait mesurer près d’un mètre de long sur une cinquantaine de centimètres de large, la hauteur est difficile à estimer du fait de l’affaissement du sol et de la table de recouvrement. 






 Vue de face de la Pierre Courcoulée : il  s'agirait de l'entrée du couloir, mais la distance entre les
deux stalles laisse perplexe ; des restaurations auraient pu redresser les deux pierres en façade.
 (Cliché J. Bachelier,2012)


Tout autour de cet ensemble on devine un tracé ovalaire de 8-10 mètres de diamètre. Il est très dégradé et ne couvre que le tiers de l’enceinte, au sein de laquelle on observe quelques pierres. Sur ces dernières on peut émettre quelques hypothèses : ainsi devant le mégalithe, une première pierre pouvait servir à clore l’accès au dolmen. Mais on peut aussi imaginer que la Pierre Courcoulée était plus grande à l’origine.




Une pierre et plusieurs dénominations



La Pierre Courcoulée porte d’autres noms, d’ailleurs ce dernier semble lui avoir été tardivement attribué. Au XIXe siècle, on parlait davantage du Monument ou plus encore de la Pierre aux Huguenots.

Alexandre de Noual de la Houssaye est revenu sur ces noms derrière lesquels sommeillent des légendes. Il a recueilli les traditions locales et les habitants des environs pensaient que ces vieilles pierres étaient les restes d’une demeure des Templiers. Cet ordre du XIIe siècle, était composé des célèbres moines-soldats, il connut une forte diffusion au cours du XIIIe siècle, mais à aucun moment les Templiers ne furent présents à Fougères et sa région. Mais derrière ces derniers, les paysans les auraient confondus avec d’autres chrétiens, les Huguenots ! Avec ceux-ci, on réalise un nouveau bond dans l’histoire, puisque le terme désigne les protestants aux XVIe – XVIIe siècles. Ils n’ont pas plus de rapport avec la Pierre Courcoulée que les Templiers ! En fait, Alexandre de Noual de la Houssaye estime, et à juste titre, que pour les populations catholiques Huguenots et Templiers ne sont que des païens parmi d’autres. Dès lors, le bon sens populaire se trompait certes de quelques siècles, voire millénaires, mais le rôle religieux des mégalithes était pressenti.




Des objets funéraires ?


Si la Pierre Courcoulée a certainement connu de nombreuses fouilles sauvages, il semblerait toutefois qu’on y ait retrouvé des « anneaux bretons » qui dateraient du Néolithique final, soit vers 2500 av. notre ère. L’usage de ces derniers demeure flou, s’agissait-il d’armes, d’outils, d’instrument de musique, d’ornement de chevelure et/ou vestimentaires, de bracelets ou anneaux de cheville ? Les archéologues optent pour la prudence en estimant qu’il s’agit de mobilier funéraire, d’un dépôt pour le ou les défunts.




 Dolmen ou allée couverte?



La tradition populaire qualifie ce type de monument mégalithique de dolmen, historiens et archéologues lui préfèrent celui d’ « allée couverte ». Il s’agit d’une variante, généralement, les allées couvertes sont formées d’un long couloir, avec des dalles de même hauteur et une largeur constante. Parfois, à l’extrémité du monument est aménagée une petite cellule séparée par une dalle transversale. Afin de préserver la Pierre Courcoulée, elle a été classée monument historique en 1946.




                                                                                                                 Julien Bachelier





dimanche 29 avril 2012

LES MEGALITHES DE LA FORET DE FOUGERES I

SITES DE MEMOIRE:

 


Les mégalithes de la forêt de Fougères



La Pierre du Trésor


La Pierre du Trésor inaugure notre  série sur les mégalithes de la forêt de Fougères, suivront la Pierre Courcoulée et le Cordon des Druides. S’il reste aujourd’hui de beaux vestiges de ces trois monuments, force est de constater qu’ils demeurent encore en grande partie énigmatiques, tout comme leurs homologues qui couvrent les terres armoricaines mais aussi européennes.Sous la mousse et entre les branchages, on peut encore admirer ces vestiges de pierre; observons-les  et essayons de les décrypter, dans les limites du possible.


La Pierre du Trésor. Les blocs de pierre gisent épars,relativement regroupés autour de la dalle de
 recouvrement.   Toutefois,on devine à l'arrière-plan une pierre isolée, a-t-elle été déplacée ou faisait-elle partie de l'enceinte de terre?
 (cliché J. Bachelier) 

       La Pierre du Trésor



        La Pierre du Trésor se situe dans la forêt de Fougères, dans sa partie orientale, au sein de la parcelle 78. Nous sommes donc en Landéan. Actuellement, on la distingue dans un petit creux d’un mètre, d’où apparaissent quelques pierres recouvertes le plus souvent de mousse, orientée globalement nord-sud.


Au fond de cette petite cuvette émergent sept blocs de pierre de taille inégale, dont un légèrement à l’écart (photographie n° 1). Comme bien souvent pour ce type de monument, la pierre est d’extraction locale, c’est un granite avec une forte proportion de quartz. Le bloc principal (table, dalle de recouvrement ou de couverture) mesure un peu plus de trois mètres de long, elle dépasse les deux mètres de large et est épaisse de 80 centimètres. Le temps et surtout les hommes expliquent qu’elle a basculé ; des chercheurs du fameux Trésor ont renversé l’édifice... d’aucuns ont aussi accusé la chute d’un arbre. Autour de ce gros bloc, cinq ou six pierres atteignant près de 60 centimètres de haut. Il s’agit des orthostates, ou dalles verticales, ayant vocation à soutenir la dalle, celles-ci formaient le couloir menant à la chambre.


Si les auteurs anciens ont mesuré la Pierre du Trésor sous toutes les coutures (P. Bézier, L. Rallier et T. Danjou de la Garenne), presque aucun n’indique la forme ovalaire qui se détache tout autour atteignant les six-huit mètres de diamètre (photographie n° 2). L’ensemble est ceinturé d’un talus de terre d’une vingtaine de centimètres vers l’extérieur, mais atteignant près d’une soixantaine de centimètres à l’intérieur de la dépression. Il s’agit très certainement des vestiges d’une enceinte, possible empreinte d’un tumulus ou plutôt d’un tertre, c’est-à-dire une éminence artificielle composée uniquement de terre.


Il faut un peu d’imagination pour se représenter l’ensemble tel qu’il devait être il y a plusieurs milliers d’années. Les piliers, plantés verticalement, servaient d’assise à la dalle de couverture. Ainsi, un espace était dégagé, on parle de chambre, mais il est délicat d’en restituer la forme, était-elle circulaire, quadrangulaire ou polygonale ? Cette dernière hypothèse paraît difficile étant donné le faible nombre d’orthostates, par contre on peut vraisemblablement imaginer une chambre quadrangulaire. Cette dernière pouvait atteindre près de 1,50 mètre de long. À la différence d’autres mégalithes, la Pierre du Trésor ne semble pas avoir eu de couloir d’accès. Quant à la forme ovalaire, faite en terre, elle conserve le souvenir d’un tertre, disparu depuis sous l’action des vents, de la pluie et surtout des hommes, même une modeste colline artificielle de terre devait susciter si ce n’est pas la curiosité, au moins la cupidité.




Un trésor et un diable : légende autour du mégalithe


Le nom de cet ensemble mégalithique a excité les convoitises, comme le soulignait l’abbé Manet : « son nom lui a été funeste ». On ignore à quelle époque, mais la Pierre du Trésor a subi des fouilles sauvages et elle a été renversée. On ne peut exclure qu’une partie de la terre qui l’entoure provienne de ce vandalisme, toutefois la trace d’une enceinte reste la plus probable.


Louis-François Du Bois dans ses Recherches archéologiques, historiques, biographiques et littéraires sur la Normandie parues en 1843 avait rapporté une légende se rapportant à la  Pierre du Trésor, comme bien souvent, le diable n’est pas loin... :


« Mazarine est une femme puissante qui passe pour être la mère de tous les diables anciens et modernes. (...) Elle possède dans la forêt de Fougères un très beau château (...). Celui qui aspire à la fortune se met en quête ; il dirige ses pas vers la forêt de Fougères ; il trouve sur sa route un petit ruisseau sans apparence et non pas sans pouvoir. S’il met le pied dans le ruisseau, il est sûr d’avoir le cou cassé par le diable. Ce mauvais pas franchi, on arrive au château ; on entre ; on trouve une masse immense de richesse. Alors une voix se fait entendre et crie solennellement : "Prends cet or autant que tu voudras, mais n’en prends pas plus que tu n’en pourrais porter." Le retour a lieu aussitôt ; et le nouvel enrichi, tout fier qu’il est de son acquisition, n’a garde d’oublier ce précepte de la sagesse : rien de trop. Il ne s’est chargé que convenablement. On dit que les petits ruisseaux font les grandes rivières ; en effet au lieu où coulait le petit ruisseau, se trouve une rivière fort large ; mais l’histoire ne dit pas qu’elle empêche de passer. L’enrichi jouit de ses richesses comme il le juge à propos ; mais au bout des douze années, il appartient au diable qui en fait ce qu’il juge à propos. »



Dans cette légende, la Pierre n’est pas citée, mais se situant non loin du lieu-dit Les Vieux Châteaux, aussi énigmatiques que les Celliers de Landéan. Il existe d’autres fables sur ce fameux trésor, considéré comme damné, volant, insaisissable... et pour cause ! Ces histoires merveilleuses rappellent que la quête du trésor en a justement détruit un autre : le monument mégalithique…





On aperçoit ici l'enceinte de terre qui conserve probablement la mémoire du tertre de terre qui recouvrait la Pierre du Trésor,on peut estimer que le diamètre atteignait six à huit mètres
( cliché J. Bachelier).




Site de mémoire : quelques repères



La Pierre du Trésor n’a jamais été l’objet de fouilles scientifiques qui auraient pu permettre de mieux la comprendre. Mais le vandalisme de pilleurs de trésor a probablement rendu vaine toute étude, les moindres éléments (poterie, parures...) permettant une possible datation ont certainement été détruits, d’autant plus que des voleurs ont déjà dû visiter les lieux...

Néanmoins, ce type de construction s'accorde avec une datation du Néolithique. Cette période de la Préhistoire commence aux environs du milieu du VIe millénaire et se termine vers 2000 avant notre ère. Toutefois le mégalithisme armoricain s’est principalement déployé entre 4800 et 3500. L’absence de couloir d’accès à la chambre inciterait à proposer une datation haute de ce mégalithe, peut-être du Ve millénaire.
Ce dolmen a été classé aux Monuments  Historiques par arrêté du 19 décembre 1946.


                                                                                                                                                                Julien Bachelier