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mardi 16 décembre 2014

Parution: ACTES du COLLOQUE, centenaire de la Société d'Histoire

      
 LES ACTES du COLLOQUE
sont parus le13 décembre 2014 sous le titre


  CENT ANS D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE EN PAYS DE FOUGERES


   160 pages, près de 100 illustrations.
    Prix:20€, en librairie
    Par courrier: frais de port 4€








 Renseignements:julien_bachelier@hotmail.com



  Le COLLOQUE du CENTENAIRE


         de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères

                    s'est tenu  à Fougères  le Samedi 14 septembre 2013

                          


 Cl. Archives  municipales, Fougères.



                                              Communications:
-  Introduction
     par Bernard Heudré, Président de la Société.


- Discours d'ouverture
  par Madame Evelyne Gautier-Le Bail, adjointe au Maire, déléguée à la Culture.



 : Le Château de Fougères: un siècle de recherches.
     par Julien Bachelier.



-Occupation du  paysage sur le site de Plaisance  (Les Vairies), à Saint-Sauveur- des- Landes, de l'époque gallo-romaine à l'époque moderne.
      par Aurélie Reinbold et Jean-Charles Oillic.



- Etude architecturale de l'église de Tremblay   par Anne Lunven.



 - Présentation  d'Albert Durand, fondateur de la Société d'Histoire et du Syndicat d'Initiative.
     par Dominique Le Marois.



- Amédée Fleury, artisan-photographe: regards sur le monde rural du pays de Fougères.
     par Sophie Planchet.



Architecture du XVIIIè siècle: immeubles de la Haute Ville et résidences aristocratiques du pays de Fougères.
     par Isabelle Letiembre.









Hôtel de La Bélinaye, XVIIIe, Coll. privée.





                                               source et contact:  histarcheo35300@gmail.com


mardi 28 janvier 2014

LES SOEURS DE CHATEAUBRIAND à Fougères I: Marie-Anne, Bénigne.



 

Marie-Anne de CHATEAUBRIAND

(1760-1860)



« La troisième année de mon séjour à Dol fut marquée par le mariage de mes deux sœurs aînées : Marianne épousa le comte de Marigny, et Bénigne le comte de Québriac. Elles suivirent leur mari à Fougères : signal de la dispersion d’une famille dont les membres devaient bientôt se séparer. Mes sœurs reçurent la bénédiction nuptiale à Combourg le même jour, à la même heure, au même autel, dans la chapelle du château. Elles pleuraient, ma mère pleurait ; je fus étonné de cette douleur : je la comprends aujourd’hui. Je n’assiste pas à un baptême ou à un mariage sans sourire amèrement ou sans éprouver un serrement de cœur. Après le malheur de naître, je n’en connais pas de plus grand que celui de donner le jour à un homme ». Telle est résumée dans les « Mémoires d’Outre-Tombe », la venue des sœurs de Chateaubriand à Fougères.


Née à Saint-Malo en 1760, Marie-Anne de Chateaubriand déçut beaucoup son père en arrivant au monde ; celui-ci écrivit : « Ce n’est qu’une fille » Elle épousa donc François Geffelot de Marigny le 11 janvier 1780 à Combourg.  Le comte de Marigny, « capitaine à la suite des dragons », avait alors 25 ans, il descendait d’une famille enrichie dans le commerce des cierges. Ils vécurent en leur château de Marigny à Saint-Germain-en-Coglès et à Fougères dans leur hôtel particulier, rue Derrière (rue Chateaubriand actuelle, siège de la CFDT) dont Chateaubriand évoque les bals et les dîners qui l’ennuyaient prodigieusement. François de Marigny mourut non pas en 1787, comme l’affirma à plusieurs reprises son épouse sur la fin de sa vie, mais en son hôtel à Fougères le 16 mars 1793, à l’âge de 38 ans.




Mme de Marigny, coll.particulière,  D R 



Madame de Marigny était lettrée, sa conversation était charmante et son esprit distingué. Des jeunes poètes lui dédiaient des vers. Cependant on lui reprochait d’être un peu mordante et « de décocher le trait avec autant de précision que d’à-propos ». Elle eut une vie agitée et souvent douloureuse. En 1793, les temps troublés de la chouannerie commençaient. Trois jours plus tard éclata la « Révolte de la Saint-Joseph » premier acte d’une guerre civile dans laquelle Mme de Marigny prit énergiquement parti ; ce qui lui vaudra, de la part de Loysel, le commissaire du district de Fougères, la qualification de « la plus puante aristocrate que je connaisse » bien qu’il reconnaisse aussi « qu’elle sauva la vie à six cents hommes de l’armée républicaine lors de la Guerre de Vendée ».


En 1796, elle n’hésita pas à mettre son château de Marigny à disposition pour permettre une rencontre secrète entre Puisaye, général en chef de l’armée catholique et royale de Bretagne et plusieurs chefs chouans dont Aimé du Bois-Guy, Pontbriand et Boishamon. L’année précédente, en juin 1795, elle rassembla dans la chapelle du château, 69 enfants des paroisses de Saint-Germain et du Châtellier pour une retraite de communion prêchée par un prêtre réfractaire, l’abbé Joseph Sorette qui devait être tué par les Bleus en 1799.



                                 Chapelle du château de Marigny, St-Germain-en-Coglès.


            Dans la préface d’Atala, Chateaubriand mentionne le courage de sa sœur, Mme de Marigny qui, au moment de l’occupation de Fougères par les Vendéens, obtint de La Rochejaquelein la grâce de nombreux prisonniers républicains.Il oublie de dire que Marie-Anne sut se ménager des sympathies dans les deux camps. Bien qu’elle ne connût pas, comme ses sœurs, l’horreur des prisons révolutionnaires, elle réclama en vain leur libération.


Fidèle à ses sentiments royalistes, elle n’en négligea pas pour autant son influence auprès des patriotes modérés. Au début de l’Empire, en 1800, elle alla habiter à Paris, après le mariage de sa fille, Elisabeh-Cécile, avec Joseph Louis Gouyquet de Bienassis et le décès de son fils Edouard, né à Fougères en 1784.


Dans son ouvrage, M. Bernard Heudré dit que « pendant les événements de 1814 qui amenèrent la chute de Napoléon et le rétablissement de Louis XVIII, elle tint un journal où elle exprime sa joie toute royaliste de voir le retour des Bourbons auxquels elle n’avait jamais cessé d’être fidèle. Elle garda toute sa vie des relations confiantes avec son frère, ainsi qu’en témoigne une correspondance suivie. Dans l’une de ses lettres, datée de 1842, elle rappela qu’au seuil du salon du château, il y avait une espèce de mansarde où François-René allait écrire et rêver, et dans laquelle, Lucile avait dressé un petit autel de l’amitié ».


Plus âgée que son frère de huit ans, elle lui survécut. Elle s’était retirée chez les Sœurs de la Sagesse à Dinan ; c’est là qu’elle mourut, le 17 juillet 1860, âgée de cent ans et treize jours, ayant pris froid à la fenêtre où elle était apparue pour remercier la musique du Petit séminaire venue lui donner une aubade le 4 juillet alors qu’on célébrait son centenaire. Elle chanta même un couplet de la célèbre romance : « Combien j’ai douce souvenance, du joli lieu de ma naissance… »


« Le mois de juillet, avait-elle dit une quinzaine de jours avant son décès, semble fatal à ma famille : deux Chateaubriand on été guillotinés le 6 juillet 1794, mon frère est mort le 4 juillet 1848, mon tour va bientôt venir ». Sa tombe était préparée depuis douze ans dans le cimetière de Dinan et elle avait recommandé qu’on déposât sur son cercueil « une touffe de fleurs de lis coupées dans le jardin du couvent ». Ce qui fut fait.


Elle s’était toujours montrée généreuse envers les pauvres et avait enrichi l’église Saint-Malo à Dinan de plusieurs dons, notamment d’un ostensoir et d’une statue de la Vierge.





 Hôtel de Marigny,  XVIIIè ,Archives  de Fougères.




Dès le 4 septembre 1810, Madame de Marigny avait légué son hôtel fougerais à son gendre qui le vendit le jour même. La même année, il vendait le château et la terre de Marigny au général baron de Pommereul. Chateaubriand précise dans une note des Mémoires : « Marigny a beaucoup changé depuis l’époque où ma sœur l’habitait. Il a été vendu, et appartient aujourd’hui à MM. de Pommereul qui l’ont fait rebâtir et l’ont fait embellir».





-§-§-








Bénigne de CHATEAUBRIAND

(1761-1848)





.Deuxième sœur de Chateaubriand, née en 1761, Bénigne avait épousé, le 11 janvier 1780 le même jour que sa sœur Marie-Anne, le comte Jean-François de Québriac, seigneur de Blossac, d’Halouse, de Patrion et autres lieux, né en 1742, donc plus âgé que sa femme de 20 ans. Comme son beau-frère Marigny, il était entré dans la carrière militaire pour devenir capitaine des dragons de la Reine.




Bénigne, Mme de la Celle Châteaubourg . Collection privée.




« Chez mes sœurs, écrit Chateaubriand, la province se retrouvait au milieu des champs :on allait dansant de voisins en voisins, jouant la comédie, dont j’étais quelquefois un mauvais acteur. L’hiver, il fallait subir à Fougères, la société d’une petite ville, les bals, les assemblées, les dîners, et je ne pouvais pas, comme à Paris, être oublié.



A l’époque, l’hôtel de Québriac, situé rue Lesueur à Fougères était une petite maison composée au rez-de-chaussée de trois pièces et d’un grand vestibule à porte cochère ; trois autres pièces qui s’ouvraient sur la rue par des fenêtres à balcon en fer forgé d’époque Louis XV, occupaient l’étage surmonté de greniers. La façade a subi des modifications à différentes époques et elle en conserve encore les traces. Une écurie située à l’arrière occupait la cour qui précédait d’étroits jardins. Cet hôtel particulier n’avait rien de comparable avec l’hôtel de Marigny ou l’hôtel de Farcy. Plus tard, après son second mariage, on verra Bénigne préférer la campagne à la ville et s’installer le plus souvent à la Sécardais ou au Plessis-Pilet.





 La Sécardais, Mézières-sur-Couesnon



Le comte de Québriac mourut brutalement à Combourg le 8 août 1783. Quelques jours plus tard, son fils, César-Auguste, à peine âgé de trois ans, suivait son père dans la tombe. Bénigne, à qui il restait un fils qui allait devenir maire de Fougères au début de la Restauration, se remaria à Fougères, le 24 avril 1786, avec le vicomte Paul-Marie de La Celle de Châteaubourg, âgé de 34 ans, lieutenant en premier au Régiment de Condé-Infanterie où il obtint le grade de capitaine en 1788. A la mort de son neveu, quelques années plus tard, il devint le comte de Châteaubourg, chef de nom et d’armes.




           Bénigne fut la seule des sœurs de  Chateaubriand à ne pas avoir été tentée par la littérature. Réaliste comme son père, elle semble avoir géré au plus près ses intérêts financiers. La correspondance de son frère laisse parfois poindre un certain agacement devant les exigences de sa sœur. Lorsqu’il fallut régler la succession paternelle, Bénigne et Marie-Anne contestèrent la Coutume de Bretagne qui voulait que les deux-tiers des biens d’un gentilhomme devaient revenir à l’aîné. Les deux sœurs firent opposition en déclarant que la fortune de leur père avait été acquise par le commerce, ce qui, à leurs yeux, ramenait l’héritage au niveau roturier et impliquait l’égalité des parts. Mme de Chateaubriand fut à jamais blessée par l’attitude de ses filles car des ordonnances royales datant de Louis XIV et Louis XV stipulaient que le commerce sur une grande échelle, spécialement dans la marine marchande –ce qui était le cas pour les Chateaubriand – ne faisait pas déroger les gentilshommes. Le frère aîné, Jean-Baptiste, accepta pourtant de verser 25.000 livres sur le champ, à partager entre ses cinq cadets.


Bénigne mettait à profit ses ressources pour tenir son rang dans la société fougeraise et dans la noblesse rurale de Bretagne, partageant son temps entre son hôtel de Québriac qu’elle garda après la mort de son premier mari et ses châteaux du Plessis-Pilet à Dourdain et surtout de la Sécardais à Mézières sur-Couesnon.


 Le château du Plessis-Pilet, à Dourdain, propriété des comtes de Châteaubourg,au début  du XXè
( Coll .M. Hodebert) 
Après la tourmente révolutionnaire, Chateaubriand revint à la Sécardais, au printemps 1806, accompagné de sa femme, juste avant son départ pour la Terre Sainte. Céleste écrit dans son cahier rouge : « Au mois de mai 1806, le voyage de Jérusalem fut décidé ; nous allâmes faire nos adieux à nos parents de Bretagne dans un vieux château appartenant à une des sœurs de mon mari, la comtesse de Châteaubourg ».



Paul de La Celle de Châteaubourg et Bénigne de Chateaubriand eurent quatre enfants, tous nés à Fougères. Les rapports entre Bénigne et son frère furent complexes. L’agacement du frère transpire dans ses lettres. Lorsque Lucile mourut, il écrit à Mme de Marigny : « il serait juste que Mme de Châteaubourg qui va jouir d’un bien si facilement acquis contribuât à honorer la mémoire de notre chère Lucile ». Déjà en 1803, au moment où l’écrivain distribua quelques exemplaires de luxe du Génie du Christianisme, illustrés de neuf gravures, Céleste, sa femme, Lucile et Marie-Anne, ses sœurs en reçurent un exemplaire comme cadeau, Bénigne n’en reçut pas.



Femme de tête, toute donnée à sa tâche de mère de famille, nullement tentée par la poésie et l’écriture comme les autres membres de la famille, Bénigne n’hésita pas pour autant, en 1794, à adresser elle-même une pétition au Comité Révolutionnaire de Fougères, pour obtenir la libération de ses sœurs et belle-sœur qui avaient été arrêtées et enfermées à Rennes à la prison du Bon Pasteur.Quelques semaines avant son frère, Bénigne mourut à Rennes le 16 mai 1848.






                                                                Marcel Hodebert



Sources:


Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,  Tome I, La Pléiade, p.135 sq.

Bernard Heudré ,Chateaubriand, Terres et demeures d'Outre-Temps, éditions J.P. Bihr , 1998.p105 sq.
 


                                                            













 













mardi 21 mai 2013

LE CHATEAU du ROCHER-PORTAIL, SAINT-BRICE-EN-COGLES


 
UNE DEMEURE PRESTIGIEUSE 
 
 
 


 
       A deux pas de la Selle-en-Coglès, dans les ondulations de la campagne briçoise, il suffit de dépasser les hautes futaies pour voir apparaître, comme derrière le rideau, un joyau de l’architecture bretonne : le château du Rocher-Portail, posé sur les bords de la Loysance.
 
                    UN CHATEAU DIGNE D'UN FINANCIER


 
     Le Rocher-Portail ou Rocher-Portal s’appelait jadis le Rocher puis le Rocher-Sénéchal, du nom des propriétaires qui l’habitaient en 1437. Son origine remonterait au XIème siècle. Une motte était établie près de la Loysance.

       Gilles RUELLAN,ancien valet originaire d'Antrain,vite devenu   financier richissime,anobli par Henri IV en 1603 et comblé d'honneurs en récompense de ses services,en fait l’acquisition en 1596. A l’origine, le château n’avait qu’une fonction défensive. Mais, à la fin du XVIème, Gilles Ruellan le fait démolir en partie pour construire  une résidence plus grande et surtout plus prestigieuse. Le donjon défensif devient alors une grande demeure de plaisance, consécration de son ascension sociale. La date de 1617, gravée sur le fronton sud du corps central, marque sans doute l'achèvement  du château dans ses parties essentielles.
 
               UNE  COMPOSITION  RIGOUREUSE

 
    L’architecture rompt avec l’époque féodale et devient plus décorative. L'ordonnance sobre de l'ensemble, le dialogue  strict entre les ailes nord et sud montrent un souci de symétrie et d'unité cher au classicisme. 





   Le château disposé en U se compose de trois grands corps de bâtiments terminés par quatre pavillons d’angle ouverts sur les quatre orients. Les toits très élevés reposent sur des corniches modillonnées et portent sept élégantes lucarnes  au fronton courbe .  Comme pour mettre un point d'orgue  à cette harmonie des lignes, les hautes cheminées  reçoivent elles aussi un couronnement de forme arrondie, plus tardif.








      Le corps central du château présente une grande originalité avec ses deux grands frontons curvilignes percés d’oculi jumelés ; ils marquent l’emplacement des deux escaliers qui desservent les pavillons et ils dédoublent l’entrée principale généralement située au centre du bâtiment principal. Pour Christophe Amiot, architecte des Bâtiments de France, les deux oculi des grands frontons et les moulurations des baies du Rocher-Portail  présentent des  similitudes avec le répertoire décoratif de la cathédrale de Saint-Malo (transept nord), édifiée à la même époque, par Thomas Poussin, architecte du roi : serait-il aussi l'architecte du Rocher-Portail?


  Sur l'aile sud, s'ouvre une porte en plein cintre surmontée de coulisses de pont-levis dont la  fonction empruntée à  l' architecture défensive médiévale est purement décorative.Elle  est en symétrie avec l'entrée de la galerie sur l'aile opposée.





 Façade sud: porte de communication imposante entre la cour d'honneur et 
celle des communs, disposée en avant-corps et munie de coulisses de pont- levis.


 
     La cour carrée est agrémentée d’une jolie galerie dont les arcades cintrées, séparées par des pilastres toscans, reposent sur un mur d’appui qui allège l’ensemble. Cette disposition lui donne un tour italianisant et elle reflète la  persistance de  l'esthétique de la Renaissance en Bretagne jusqu’au début du XVIIème siècle. La galerie ouverte du rez-de-chaussée conduit des appartements privés à la chapelle du seigneur. A l’étage supérieur, la galerie est borgne et elle s'ouvre sur un salon privé appelé « salle des arts et des plaisirs ». Des marques de décors peints du XVIIe y subsistent.




Façade-est: saut-de-loup.


       La cour d’honneur est  fermée par une balustrade en granit de style Louis XIII, elle  borde un fossé qui communique avec l'étang formé par la Loysance. A l'est, la façade  du corps de logis principal , moins ouvragée, donne sur un parc autrefois dessiné et planté au fond duquel  se trouve toujours un  petit pavillon coiffé à l'impériale;
la cour des communs  est elle aussi  fermée par une balustrade et protégée par un  saut-de-loup.
 


 Façade-est ouverte sur  les  jardins; l'ornement central en forme de vasque
 soutenue par trois piliers est l'autel de la chapelle seigneuriale.


 
            Gilles Ruellan était  aussi devenu propriétaire des châteaux du Tiercent en 1602, de Monthorin en 1607, de La Ballue en 1615 et de nombreuses demeures bretonnes. 
   Après  son décès  en 1627, l'une de ses filles, Vincente,  épouse de Jacques Barin de la Galissonnière, hérite du Rocher-Portail ; en 1653, son fils Jacques vend la propriété à Jacques  de Farcy, gouverneur du château de Vitré ; la  puissante famille de Farcy était en partie acquise au protestantisme. A cette époque, le Rocher-Portail  dispose d'un oratoire  protestant, le culte semble y avoir été célébré jusqu'en 1668.
 La propriété est restée dans cette famille et ses alliés les Guérin jusqu'au milieu du XIXe, à l'exception de la période révolutionnaire ; en 1866, elle est achetée et restaurée par la famille de Boutrays et transmise de génération en génération jusqu'en 2015.
 

  
         Malgré les réfections des XVIIIè et  XIXè siècles, cette demeure de grand style  a gardé son homogénéité, elle nous est parvenue en apparence intacte et elle continue à nous éblouir. Que le sens esthétique qui a présidé à sa construction impose encore longtemps le respect.
 
                                                 

                                             Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères





Bibliographie.
- Christophe Amiot, Observations sur le plan quadrangulaire et la galerie dans les châteaux bretons (1575-1640).L'exemple du Rocher-Portail à Saint-Brice-en-Coglès. Mémoires de la Société d'Histoire et d'archéologie de Bretagne, Tome LXXIV,1996, p.519-561.
-Banéat P. Le département d'Ille-et-Vilaine, Rennes, J. Larcher, 1929,p338-9.
  Remerciements à Joseph Pommereul.



- Inventaire général du Patrimoine culturel,Région Bretagne,Saint-Brice-en-Coglès:


http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=MERIMEEIA35048944








              SAISON CULTURELLE 2020       







      dimanche 21 octobre 2012

      MANOIR DE LA CARREE ST-GERMAIN-EN-COGLES



      
      
      
       Le manoir de la  Carrée,peinture de Patrick Dardennes. 




      Le manoir de la Carrée
       
      La commune de Saint-Germain-en-Coglès est située en Bretagne, à l’extrémité Nord-Est du département d’Ille-et-Vilaine. Nichée dans un canton à l’identité forte, le Coglais, elle conserve un patrimoine architectural de caractère. Son histoire repose sur les familles qui ont exploité la terre et le granit et sur les propriétaires de châteaux et manoirs. Sur ce territoire de légendes, le diable et le Bon Dieu se croisent près des pierres et des fontaines que le randonneur peut apprécier sur de nombreux sentiers.
       

      Le manoir de la Carrée dont il ne reste hélas que le souvenir, est devenu au XXe siècle une ruine inspiratrice pour les peintres et photographes de passage. Les cartes postales anciennes témoignent de l’élégance et du cachet de cette demeure de pierre datant de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle et qui, en 1677, appartenait à François Le Porcher.





       carte postale,début XXe (Coll. M. Hodebert )

       
       
      Pour le découvrir, empruntons la rue de l’Eglise et dirigeons-nous vers Le Châtellier en laissant l’édifice religieux à notre gauche. Une tour circulaire avec cheminée et toiture d’ardoises nous accueille. Pénétrons alors dans la propriété par le portail composé de deux piliers de granit haut de plus de quatre mètres. Un chemin de terre, parfois en herbe, guide notre regard sur la face nord du monument qui se dresse devant nous avec ses hautes cheminées et ses toits pointus. Avançons de quelques pas en remarquant sur notre droite un jardin potager dans ses murs et apprécions cette façade certes un peu austère mais homogène par son granit de grand appareil. Sur le corps principal nous distinguons deux parties, l’une avec un étage et une seule fenêtre et l’autre avec quatre grandes fenêtres réparties sur deux niveaux. La toiture ajourée de deux chiens-assis repose sur une belle corniche ouvragée. D’où nous sommes, nous apercevons une cheminée à chaque pignon et une au centre de l’édifice. Les quatre ouvertures du rez-de-chaussée semblent nous inviter à entrer dans l’une des deux vastes salles mais, patience, attardons-nous plutôt sur l’ornement de la porte située la plus à droite. Le linteau et sa belle moulure en accolade sont surmontés d’un petit écu entouré de décors fins. Au-dessus, un écusson est paré d’un fronton triangulaire en relief. ….






      La famille du Pontavice de Heussey

       
        Parmi les familles nobles du pays de Fougères, le patronyme du Pontavice est fréquent. Originaire de Tremblay (Ille-et-Vilaine), la Maison du Pontavice a formé plusieurs branches et rameaux dont celle de Heussey dans la Manche. A Saint-Germain-en-Coglès, au xviiisiècle, la famille du Pontavice de Heussey s’installe pour plusieurs générations.



         Avant la Révolution française, la famille est représentée par Julien-Hyacinthe (1712-1793) et son fils Hyacinthe-Laurent (1748-1788) né au manoir de La Carrée en Saint-Germain-en-Coglès. A la génération suivante, Marie-Hyacinthe-Olivier (1788-1873) laissera une empreinte indélébile.


      Un personnage atypique
       
      De la petite enfance jusqu’à l’âge adulte, Marie-Hyacinthe-Olivier hérite de son aïeul paternel puis de ses tantes paternelles. Ainsi une maison de la rue de la Pinterie à Fougères, les bois du Châtellier et le manoir de La Carrée viennent compléter son patrimoine. Devenu l’époux de Léocadie Guillard de Kersauzic en 1813, il fonde une famille et s’installe à Saint-Germain-en-Coglès. Ses biens en Côtes d’Armor,Ille-et-Vilaine et Finistère sont importants.
       
       Petit cimetière particulier dans les bois de Saint-Germain.

       
          A proximité de son manoir, dans les bois qui lui appartiennent, il fonde un cimetière particulier destiné à ses enfants et sa descendance. Mais pour lui-même, il prévoit une tombe creusée dans un rocher. Ce lieu intriguera la population du moment, sa propre famille et ses domestiques. L’enfant Jean Guéhenno qui, lui aussi, a bien connu l’endroit pendant son enfance le décrira dans un de ses ouvrages. Aujourd’hui, les promeneurs qui s’arrêtent au cimetière du Bois découvrent ces quelques sépultures protégées par des talus et par une modeste croix.

       
      De Marie-Hyacinthe-Olivier, le pays de Fougères gardera l’image d’un homme très attaché à ses propriétés, à ses bois et à ses arbres, n’hésitant pas à user sans modération des lois et tribunaux pour obtenir gain de cause. A Saint-Germain-en-Coglès, il reste un personnage atypique, singulier voire légendaire, mais ô combien ! passionnant.


       
      HYACINTHE DU PONTAVICE :

       carrière   politique et littéraire

       
      Hyacinthe (1814-1876) est l’aîné des enfants de Marie-Hyacinthe-Olivier. Le château de La Haye en Locmaria-Berrien (Finistère), la ville de Tréguier (Côtes d’Armor) puis le manoir de La Carrée sont les domiciles familiaux où il grandit.

       
      Ses parents ont probablement décelé en lui une attirance particulière pour la littérature puisqu’il entre au Collège de Sorèze (Tarn) en 1828, à l’âge de quatorze ans. Il y reste trois années scolaires pour étudier la poésie, le latin, la littérature et la rhétorique. Attiré par sa vocation littéraire, il prend la plume et rédige dans ses cahiers ce que son quotidien lui inspire. Et les carnets ne resteront pas dans les tiroirs puisqu’en 1840, il publie à Paris un premier recueil intitulé Nuits rêveuses. Mais lun des deux visages de Hyacinthe est le penseur qui souhaite se mettre au service de ses concitoyens. Il a en effet été influencé par un proche, son oncle maternel Théophile Guillard de Kersauzic qui, de 1822 à 1849, a été mêlé à tous les soulèvements populaires. Hyacinthe a reçu de son oncle des idées sur le sort de l’homme dans la société : droit, liberté, justice, fraternité.


      Portrait de Hyacinthe du Pontavice en 1844.
       
       

      En 1848, à Tréguier, Hyacinthe devient commandant de la Garde nationale. Mais face au maire légitimiste Paul de Dieuleveult, il entre dans un conflit incessant. Considéré comme un perturbateur, il décide de quitter les Côtes d’Armor et de se rapprocher de Paris en installant sa famille à Fougères. Elu conseiller municipal en 1860, il échouera au conseil d’arrondissement face à Louis Pinot.


       
                  L’autre figure de Hyacinthe s’exprime en poésie. Etudes et aspirations première et deuxième séries (1859), Sillons et débris (1860), Poèmes virils (1862) sont ses principaux recueils. Ses pièces se composent d’abord d’une description, qui semble autobiographique, du milieu familial ou d’une destination de voyage. Puis l’auteur se laisse aller à une réflexion approfondie sur ses aspirations et ses regrets. Souvent apprécié par les critiques de son époque, il sera déçu par le microcosme parisien et ne se laissera pas séduire par une proposition de candidature à l’Académie française.

       Il est possible de feuilleter le recueil SILLONS et DEBRIS en cliquant sur ce lien BNF :

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5685469k/f145



      Sillons et débris / par H. Du Pontavice de Heussey
       
       
       Ses OEUVRES COMPLETES sont  également accessibles  :
       




          
                  L’auteur a échangé quelques lettres avec George Sand mais Hyacinthe est surtout considéré comme le mentor et l’initiateur à la vie littéraire de Villiers de L’Isle-Adam. Il l’aida financièrement et le présenta à Charles Baudelaire et Léon Cladel. Son influence fut marquante et durable sur l’évolution spirituelle de Villiers. D’ailleurs, Isis, l’un des premiers livres de l’écrivain, est dédié à Hyacinthe.


        La cause de Garibaldi


      En 1870, atteint par les blessures faites à sa patrie par la guerre franco-allemande, il ne peut rester inactif. A l’aube de ses 56 ans, il propose d’organiser dans la ville de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) une compagnie de francs-tireurs qu’il équipera à ses frais. La sous-préfecture accepte l’idée et reçoit les engagements des volontaires. Hyacinthe obtient également du gouvernement une commission de capitaine et sa compagnie armée peut alors se préparer à rejoindre la légion formée par Garibaldi. A Boulogne-sur-Mer, des soirées patriotiques donnent des concerts pour soutenir les initiatives de Hyacinthe. Et la presse locale ne manque pas d’éloges envers le gentilhomme breton qui n’hésite pas à sacrifier son existence et sa fortune pour repousser l’envahisseur étranger. Le patriotisme, le dévouement et la générosité du capitaine du Pontavice de Heussey et de ses francs-tireurs sont mis en exemple à imiter. A Fougères, la hardiesse de Hyacinthe est également saluée.


       
      C’est à Londres qu’il meurt le 15 mai 1876 dans sa soixante-deuxième année, au terme d’une vie riche en rencontres artistiques et engagements. Une semaine plus tard, la dépouille mortelle est inhumée à Saint-Germain-en-Coglès dans le cimetière de famille. Ainsi s’achève la vie du comte Hyacinthe du Pontavice de Heussey. Perpétuel étudiant, poète talentueux, commandant de la Garde nationale, conseiller municipal, candidat malheureux à certaines élections locales,républicain convaincu.


       
      La  postérité


      Hyacinthe et son épouse Harriett ont donné naissance à six garçons dont trois arriveront à l’âge adulte : Jules, Robert et Olivier.

       

      -          Jules (1848-1928), fréquente le collège de Fougères avant d’être reçu à l’Ecole Polytechnique (1867). Devenu militaire, il évolue dans l’artillerie à Rennes, Vincennes, Grenoble et Lyon. Au cours de cette carrière, il obtient une fonction peu ordinaire puisque pendant onze ans il sera attaché militaire à l’ambassade de France en Grande-Bretagne. A Londres, il côtoie le monde diplomatique, militaire, culturel, scientifique mais aussi les membres de la famille royale. A  56 ans, il est nommé général de brigade.

       

      -          Robert (1850-1893), passionné par la littérature, aura une courte carrière puisqu’il meurt à l’âge de 43 ans. Il est l’auteur notamment d’un ouvrage sur Charles Dickens (1889) et d’une biographie sur Villiers de L’Isle-Adam (1893). Un petit ouvrage de Robert, le premier, concerne directement le pays de Fougères : Balzac en Bretagne Cinq lettres inédites de l’auteur des Chouans (1885). Le contenu commente les lettres échangées entre Balzac et Gilbert de Pommereul qui avait reçu le romancier en 1828. Robert repose auprès des siens dans le cimetière familial de Saint-Germain-en-Coglès.

      
      

      -          Olivier (1853-1933) a grandi à Fougères où il est né et scolarisé. Officier des Haras nationaux, il est à la tête du haras du Pin (Orne) pendant 18 ans. A l’âge de la retraite, il conserve sa passion pour l’élevage et s’installe à Lessard-et-le-Chêne (Calvados) pour produire des pur-sang. Disparu en 1933, l’enfant du pays rejoint le cimetière dans les bois de Saint-Germain-en-Coglès. Avec Olivier, la famille du Pontavice de Heussey a une descendance directe par les garçons jusqu’à nos jours.




      
      Fichier:LaTour d'Auvergne.jpg
      La Tour d'Auvergne,bronze
      de Carlo Marochetti, Carhaix-Plouguer,
      ( cl.Paul Barlow, W.Commons)




      Seule héritière de  La Tour d'Auvergne,premier grenadier de France, la famille du Pontavice de Heussey a connu tous les honneurs républicains et patriotiques dédiés au grand homme. Dépositaire de l’urne contenant sont cœur, Jules le remet officiellement à l’Etat en 1904 pour qu’il soit déposé aux Invalides.
       


                       Dominique Taillandier


              
      Sources :Dominique Taillandier, Manoir de La Carrée la famille du Pontavice de Heussey en terre bretonne, en littérature, sous les drapeaux…, 2011, 312 pages.

                       
      www.manoir-de-la-carree.com