Affichage des articles dont le libellé est Savigny. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Savigny. Afficher tous les articles

mardi 17 avril 2012

LES MIRACLES de SAVIGNY, miroir de la société médiévale?


Les miraculés du Livre des Miracles :
      miroir de la société  médiévale ?




     " Les aveugles voient, les  sourds entendent, les muets parlent, les pauvres sont évangélisés,les boiteux marchent, les paralytiques guérissent, les possédés sont délivrés du démon par les mérites des saints et (qu'y a-t-il de plus remarquable?) les morts ressucitent."
 Paraphrase des paroles du Christ  adressées aux disciples envoyés  par Jean-Baptiste dans l'Evangile
 de saint  Matthieu (XI,5) et de saint Luc  (VII,22)  par l'auteur du Livre des Miracles dans sa préface.



Près de 390 miracles sont décrits permettant une approche de la société médiévale, étaient-ce tous les groupes sociaux qui pouvaient espérer bénéficier de l’intercession des saints de l’abbaye ?






Peu de femmes et d’enfants


Quatre-vingt-neuf miracles concernent des femmes, soit 24% du total, ce qui n’étonne guère au regard d’autres Livre des Miracles, ainsi à l’échelle de la France, P.-A. Sigal a souligné qu’elles ne formaient qu’un tiers des 5 000 miracles qu’il a étudiés. Malgré les lacunes du texte et l’imprécision médiévale pour l’âge, on trouve régulièrement ce type de formule : « Gautier, d’à peu près 15 ans », nous avons néanmoins répertorié une centaine d’enfants (25%). Pour le reste, la gente masculine et adulte domine largement, sans que cela reflète son réel poids démographique dans la société, nobles, chevaliers et religieux paraissent être favorisés par les saints.





Reliques des saints Vital,Hamon,Pierre d'Avranches et Guillaume Niobé, église de Savigny-le-Vieux. DR 



Nobles et ecclésiastiques : privilégiés des saints ?


 Le Livre des Miracles permet aussi une approche en fonction des catégories sociales. À une soixantaine de reprises l’auteur a précisé à quel groupe appartenait le ou la miraculé(e), soit à peine 13 % des cas.

  Sans surprise, la noblesse arrive en tête avec 22 mentions (44%) : dans sept cas le miraculé est simplement qualifié de dominus (seigneur), comme Geoffroy d’Orange tombé gravement malade, ou Isabelle, domina de Fougères, qui appartenait à la strate supérieure de la noblesse, mariée au dernier descendant direct des seigneurs de Fougères, Raoul III, dont la famille était fondatrice de Savigny, elle sera d’ailleurs inhumée dans l’abbaye. Ailleurs, l’auteur souligne que le noble est aussi miles (chevalier), comme Juhel de Logé, « noble et miles, du diocèse du Mans », ou bien que ce membre de la noblesse a un grade de chevalerie moindre et qu’il n’est qu’armiger (écuyer), tel Robin Roussel, « armiger et nobilis du diocèse de Coutances ». Le scribe établit une dernière différence au sein de ce groupe aristocratique, puisque parfois il précise que le miraculé n’est que miles ou simple armiger, sans mention d’une quelconque appartenance à la noblesse. Dans ces deux derniers cas, il faut imaginer que nous avons affaire aux strates inférieures du second ordre, certains armigeri (écuyers) ne pouvant arborer le titre de miles (chevalier) faute de ressources financières....

Inscription latine gravée sur le cénotaphe de saint Vital :
 Inter   alia opera,quemdam militem,populo praesente, suis sanctis precibus resuscitavit.
 Entre autres grandes oeuvres, il redonna la vie à  un militaire,
 sous les yeux du peuple, par ses saintes prières.

      Nécessairement le groupe aristocratique accuse une forte différence entre les hommes et les femmes, les premiers représentant presque la totalité des exemples.
      Cette absence, ou quasi absence, des femmes se retrouve dans le second groupe social celui des religieux. Une douzaine est clairement citée dont une seule femme, la prieure de Mortain. Le clergé régulier apparaît plus nombreux que les séculiers. Parmi ces derniers, nous trouvons seulement un abbé, celui de Beaulieu, près de Dinan. Suivent six moines, dont quatre de Savigny, notamment Guy, atteint de douleurs au crâne, maladie touchant particulièrement les religieux, un prieur, celui de l’abbaye de Vieuville (Bretagne), et un seul convers de Savigny, c’est-à-dire un moine affecté aux tâches manuelles. De son côté, le clergé séculier est beaucoup moins présent, seuls quatre prêtres sont mentionnés. L’auteur évoque aussi cinq clercs, dont un seul semble avoir intégré les ordres puisqu’il est qualifié de diacre. Si l’on se fie aux seules mentions de catégories sociales de l’auteur, les religieux représentent près du tiers des personnes bénéficiant d’un miracle.


Nous retrouvons ici les divisions intellectuelles forgées depuis l’époque carolingienne, où « ceux qui prient » (oratores) et « ceux qui combattent » (bellatores) sont mis en avant, qu’en est-il de « ceux qui travaillent » (laboratores) ?



Le troisième ordre : le grand oublié ?


Le monde des villes paraît très discret. Pour les citadins, les textes distinguent cives (citoyen) et burgenses (bourgeois). Le premier terme désigne un habitant d’une ancienne cité, bien souvent d’origine gallo-romaine, quant au second, il indique une personne vivant dans un burgus, soit un bourg, c’est-à-dire un lotissement installé le plus souvent en milieu rural, près d’un prieuré ou d’un château. Ainsi, un cives vient d’Avranches et trois autres de Coutances, qui sont effectivement d’anciens chefs-lieux gallo-romains; les bourgeois, quant à eux, n’apparaissent qu’à trois reprises.


Les paysans semblent les grands oubliés, un seul est clairement désigné par l’auteur du Livre des Miracles, Renaud, rusticus, vivant près de Savigny. Il semble bien que le monde rural ne soit pas nettement distingué car il fournit très probablement le gros des troupes des miraculés, omniprésents dans la société médiévale, l’auteur n’a pas jugé utile de relever leur catégorie sociale.


Le Livre des Miracles fournit aussi quelques précisions relatives à des membres du troisième ordre. On trouve ainsi une demi-douzaine de mentions d’activités professionnelles, comme Hervé, marchand  à Lasson (Calvados), ou Geoffroy Dobé tailleur. Pierre de Quarnet, en Saint-James, frôla le naufrage sur la Gironde et fit appel aux saints de Savigny, faisait-il du commerce ? Renalt Gaudin, du château de la même paroisse, est pris de fièvre alors qu’il revient du Poitou, où « il avait transporté des marchandises avec ses associés pour les vendre ». Parmi ceux qui sont désignés en fonction de leur métier, on trouve un famulus, Guillaume de Paris, domestique, serviteur, de l’évêque d’Avranches ; et trois artisans, dont un charpentier, Hervé de la Crèche malheureux menuisier de La Bazouge-du-Désert qui chuta lourdement du toit sur lequel il travaillait, mais les saints le sauveront. Enfin, André de Laval, habitant de Mayenne, est désigné comme faber, probablement un orfèvre.




Le Livre des Miracles fidèle portrait de la société ?


Au final, l’auteur nous dresse non pas un fidèle portrait de la société médiévale telle qu’elle était, mais probablement telle que lui la voyait ou telle qu’on lui avait demandé de la transcrire dans son Livre. Le monde de la noblesse semble le plus important, mais cela ne s’explique-t-il pas par le fait que nobles et chevaliers sont les principaux donateurs de l’abbaye ? Ils donnent des terres, des rentes en argent ou en nature, des dîmes... L’approche de la mort reste le moment le plus propice à l’acte de donation, mais il n’est en rien exclusif. L’auteur soigne ici les relations privilégiées qu’entretiennent les moines avec les puissants, les nobles ne sont peut-être pas les plus nombreux à bénéficier des miracles, mais on prend soin de les distinguer des autres.



<><></>
Gravure d'après la revue Le Pélerin , fin XIXè,  illustrant trois moments édifiants ou merveilleux  de la vie du saint : au centre, le comte de Mortain et sa famille rendent visite à saint Vital dans son ermitage.  La miniature supérieure représente la chute du moine Osbert protégé  par saint Vital; sur la  miniature inférieure, saint Bernard de Clairvaux voit l'âme de Vital monter au ciel . Hippolyte Sauvage, Vie de saint  Vital,p.74.


    En nombre presque égal les religieux, mais là aussi on retrouve certains choix. Ce n’est certainement pas un hasard si les membres du clergé régulier sont beaucoup plus nombreux que les simples curés de paroisse. On retrouve ici une tension parcourant le clergé entre ceux qui veillent aux âmes dans l’au-delà, les moines, et ceux qui s’occupent des âmes ici-bas, les prêtres. Les réguliers sont représentés dans toute leur diversité, depuis l’abbé au convers en passant par le moine ; d’ailleurs l’auteur appartient à ce dernier groupe.


Noblesse et clergé sont surreprésentés, mais il convient de rappeler qu’il s’agit de deux groupes privilégiés, socialement, mais aussi économiquement et symboliquement. En cas de maladie ou d’accident, les nobles ont les moyens financiers de se déplacer, de venir en pèlerinage ; quant au clergé, si les réguliers sont si nombreux c’est peut-être parce qu’ils vivent à proximité des reliques. La césure au sein du clergé renvoie éventuellement à une opposition sociale, les séculiers vivant dans des conditions matérielles souvent plus difficiles que celles des réguliers.
« Ceux qui travaillent », le troisième ordre, sont mêlés les uns aux autres, certes les citadins paraissent les plus souvent cités, mais à plusieurs reprises le monde rural, celui des artisans et surtout des paysans, se devine, ces derniers étant très probablement les plus concernés par les miracles.


    Quant à la répartition des sexes, on note une plus grande proportion d’hommes (deux tiers) que de femmes (un tiers), le même type de différence s’observe à l’échelle de la France entière, il faut probablement faire un lien avec la plus grande sédentarité des femmes, les hommes, plus libres pour se déplacer, pouvaient se rendre plus facilement dans les sanctuaires. On ne peut oublier que le Livre est l’œuvre d’un clerc, un moine, qui vit éloigné des femmes depuis son entrée à l’abbaye; les cloîtres, les scriptoria et les écoles restaient des univers exclusivement masculins. Il parle d’un monde qu’il connaît très mal. Enfin, tous les âges sont concernés par les miracles. Sans être un fidèle reflet de la société médiévale du XIIIe siècle, le Livre des Miracles souligne néanmoins que tous peuvent être concernés par un signe de Dieu, l’auteur n’oublie personne indiquant par là que tous peuvent être sauvés.







Eglise paroissiale de Savigny-le-Vieux, où reposent les reliques des saints de Savigny.
Chaque année, en septembre, on porte en procession les reliques des saints sur l'autel de l'abbatiale
détruite, par fidélité à l' héritage rituel.
                                                                                                     Texte:   Julien Bachelier

                                                                                              Clichés : J.PGallais
                                                                                                                    

 Bibliographie:      - Bachelier Julien, « Miracles et miraculés au milieu du XIIIe siècle d’après le Livre des Saints de l’abbaye de Savigny », dans Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, 2011, t. 88, fasc. 426.
 -Liber de Miraculis Sanctorum Savigniacensium publié dans Recueil des Historiens des Gaules et de la France, publ. par de Wailly, Delisles et Jourdain, 1894, t. 23.
-Pichot Daniel, Les cartulaires manceaux de l’abbaye de Savigny, Avranches, Société d’Archéologie d’Avranches-Mortain, tiré à part de « Les cartulaires manceaux de l'abbaye de Savigny : essai d'étude économique et sociale », dans Revue de l'Avranchin et du pays de Granville, t. 53, n. 286, 287, 288.

vendredi 13 avril 2012

SAVIGNY, SANCTUAIRE DES MIRACLES


Le Livre des  Miracles des saints de l’abbaye de Savigny

Comme la plupart des abbayes du Moyen Âge, Sainte-Foy de Conques (XIe siècle) Saint-Gilles du Gard (XIIe siècle) ou encore Notre-Dame de Chartres (XIIIe siècle), la Trinité de Savigny a fait rédiger un Livre de Miracles. Mais sa rédaction ne fut pas fortuite, elle correspondait à un moment particulier, celui de l’aboutissement de vastes travaux et du souci de diffuser le culte de ses saints.


Abbaye de Savigny: l'emplacement du cloître, la porte  saint-Louis ouvrant
 sur le réfectoire  et, à droite, les cuisines.


Un recueil du milieu du XIIIe siècle

L'auteur de ce Livre des Miracles  des saints est resté anonyme, moine à Savigny, il vécut au milieu du XIIIe siècle. Il donne suffisamment d’indications pour que l’on sache quand a été rédigée son œuvre : entre 1243/1244 et 1250. En effet, l’événement fondateur est le transfert, en 1243, des reliques des saints de Savigny de la chapelle Sainte-Catherine, où ils reposaient depuis les années 1180, vers la nouvelle basilique du monastère.

         L'historien  Hippolyte Sauvage a publié  en 1899 une traduction  de ce manuscrit : le récit des prodiges qui ont accompagné la translation des reliques et de quelques miracles est directement accessible sur ce site: pages 19 et suivantes.


       La cérémonie se déroula le 1er mai 1243, en présence d’ « une foule immense, près de 100 000 personnes, des deux sexes et de tous les âges », l’abbaye ne pouvant accueillir tout le monde, on pria jusque « dans les champs et les bois voisins ». Le nombre de participants a nécessairement une valeur davantage symbolique que réel. Le scribe en profite pour mettre en exergue la popularité de son abbaye. On ne peut toutefois exclure la présence de milliers de personnes, d’autres transferts de reliques des saints attestent d’une très forte participation. Malgré cette foule, il n’y a aucun blessé, afin de souligner l’esprit de paix qui régnait, l’auteur précise même que les jeunes chevaliers et clercs ne se sont pas querellés, comme il arrivait parfois...  Le moine a consigné près de 400 miracles afin de promouvoir le culte de ses saints. Le premier a lieu au moment du transfert des reliques et les suivants s’étalent sur plusieurs années.

Un livre et sa reliure de pierre

Le Livre des saints de l’abbaye de Savigny avait un objectif principal : assurer la gloire de l’abbaye et celle de ses saints. Mais ce recueil avait aussi un objectif plus matériel : attirer les pèlerins et, avec eux, les offrandes pour construire une nouvelle église, même si les moines normands possédaient un riche patrimoine et de nombreux revenus, tant en Normandie qu’en Bretagne, leur permettant de financer ces travaux.

Depuis sa fondation, vers 1112-1113, Savigny a presque constamment été en chantier. Dès 1173, la Chronique de Savigny évoque la construction d’une « nouvelle église », dont les travaux ne se terminent qu’un quart de siècle plus tard, en 1200. En 1220, une nouvelle église abbatiale est solennellement consacrée. Mais les moines poursuivirent les aménagements et l’année 1243 vit l’achèvement de travaux décidés par l’abbé Étienne de Lexington. Savigny se dota alors d’une nouvelle église et de nouveaux bâtiments religieux.


 Maquette de l'abbatiale d'après Louis Saint-Pois. Savigny-le Vieux, Terroirs 2000.

L’abbatiale était alors de vastes dimensions (longueur : 82,33 - largeur de la nef : 26,66 - largeur du transept : 50m) , mais il n’en reste plus que des ruines qui auraient été aptes à susciter l’intérêt de Victor Hugo et d’autres romantiques. Selon Lucien Musset, ce devait être « l’un des plus beaux ensembles gothiques de Normandie. » Aujourd’hui n’émergent plus de la campagne normande que quelques bâtiments, voire de simples pans, tel le célèbre portail du réfectoire.

.

Des saints et des pèlerins

Depuis la fin de l’Antiquité tardive le culte des saints a connu un véritable succès, les moines n’hésitaient pas à voler des reliques à d’autres monastères afin que leur abbaye devienne un centre de pèlerinage...
        Savigny disposait de reliques  de saints. En premier lieu celles de son fondateur et premier abbé, Vital de Mortain. Geoffroy, le second abbé, fut aussi sanctifié par la dévotion populaire à sa mort. Deux autres moines furent distingués pour leur vertu, Hamon et Pierre d’Avranches, ainsi qu’un novice, Guillaume Niobé. Leurs corps furent donc transférés de la chapelle Sainte-Catherine vers la nouvelle église abbatiale. On déplaça leurs châsses, une plaque de plomb gravée indiquait quel saint reposait dans tel cercueil. Ils furent installés dans le chevet.

 Disposition des tombeaux  en hémicycle dans l'abbatiale; saints  Pierre d'Avranches,  Vital, Hamon, Guillaume Niobé,Geofroy, d'après Hippolyte Sauvage : Saint Vital et l'abbaye de Savigny,
ouvrage consultable sur votre écran dans notre chapitre II.

          Ces reliques étaient au cœur de pèlerinages et on peut deviner une concurrence entre abbayes. Ainsi, celle du Mont-Saint-Michel disposait depuis le XIe siècle d’un recueil de miracles. Le prestige de cette dernière faisait de l’ombre à Savigny.  Par exemple, au printemps 1256, Louis IX, de retour d’un pèlerinage au Mont, qui a retenu l’attention des historiens, s’arrêta aussi à Savigny, mais cet épisode est moins connu, pourtant, la Chronique de Savigny souligne qu’il est reçu avec grand honneur, accompagné d’une armée nombreuse et qu’il mangea dans le réfectoire avec les moines.









Dans l''armoire des reliques de l' église paroissiale de Savigny-le-Vieux,sont déposées,
outre des ossements des cinq saints de Savigny cités,  des reliques de sainte Adeline,
 de saint Thomas Becket, de saint Bernard de Clairvaux, de saint Calais, du bienheureux Serlon,
4ème abbé de Savigny.( cl. JP.Gallais. DR)


          L'une des  motivations principales des pèlerins était de prier sur la tombe des saints. Ces derniers faisant office d’intercesseurs auprès de Dieu. Les pèlerins souhaitaient guérir d’une maladie, retrouver un objet perdu, remercier les saints de les avoir secourus à un moment donné... Le flot ininterrompu des fidèles permettait à l’abbaye d’entretenir le culte de ses reliques, de financer ses travaux par le biais des donations et de diffuser sa réputation.



 Une double édification:

Le Livre des saints de l’abbaye de Savigny cherchait à réaliser une double édification, d’abord spirituelle, celle des chrétiens, puis une édification matérielle, celle de son église. Les miracles décrits concernent toute la population. Le recueil voulait montrer que tout le monde pouvait bénéficier de la protection des saints de Savigny. Toutefois Daniel Pichot l’a bien montré en recherchant le lieu d’origine des miraculés, l’essentiel de ces derniers venait d’un rayon de 50 km, Savigny demeure une abbaye au rayonnement régional.




<><></>

 Le  nombre des miracles est proportionnel à la taille des cercles noirs : 1,3, 5, 10, 15
 pour Savigny-même. (cliché J. Bachelier).
 Source : Daniel Pichot Savigny: une abbaye entre Normandie,Bretagne et Maine,
dans Quaghebeur J et Merdrignac B. Bretons et Normands au Moyen Age :
Rivalités, malentendus, convergences. Rennes P.U.R 2008 p.257.

                                                                     Texte : Julien Bachelier

                                                                                                                             Liens et clichés: Jean-Paul Gallais 
                                                                      Images  protégées: archeo133@gmail.com
                                                                            































               





.














jeudi 5 avril 2012

SAVIGNY V: une abbaye en éclats

 L'ABBAYE de SAVIGNY: oeuvres éparses , reliques d'un passé prestigieux.


           Après la  confiscation des bâtiments abbatiaux et surtout après  leur achat par les Jacquemont, l'abbaye est systématiquement dépouillée de ses oeuvres d'art, les édifices sont peu à démontés  et parfois vendus pierre par pierre. Les pièces  identifiées et conservées constituent un puzzle jamais achevé.

      Les reliques des saints de Savigny, Vital, Geoffroy, Hamon, Pierre d'Avranches, Guillaume Niobé, objets d'une grande vénération, ont été sauvées de la profanation par les fidèles et transférées dans l'église paroissiale en septembre 1791.
 Reliques de saint Hamon, église de Savigny-le-Vieux.( cliché JPG)



 Plusieurs éléments d'architecture datant du XIIè au XVIIIè ont été disséminés dans les églises, les fermes et  demeures nobles des environs: Savigny,  Loges-Marchis, Landivy, Fougerolles-du-Plessis, Le Teilleul, Mortain, Notre-Dame-du- Touchet...



Eglise de Fougerolles-du- Plessis.
          
 
         La nef de l'église de Fougerolles-du-Plessis (XIXè) est portée par deux rangées de sept piliers de faible hauteur réunis par des ogives à double voussure:ces piliers de granit proviennent, d'après la tradition, de la salle basse du réfectoire des moines de l'abbaye.

     Quelques éléments du mobilier  du monastère ont été sauvegardés : maître- autel et lampe de sanctuaire à Mortain - heureuse destination dans cette ville et cette église si étroitement liées à saint Vital - autels latéraux, chaire du réfectoire, boiseries, cénotaphe de saint Vital, rares gisants....


 Gisant d'un  Baron de Fougères, l'un des Raoul (XIIIè) mutilé et dégradé,acquis par le comte de La Riboisière,déposé au château de Fougères, actuellement objet d'étude.




Maître-autel de la collégiale Saint-Evroult,à Mortain ,en provenance de Savigny : oeuvre somptueuse du XVIIIè en marbre rouge et noir des environs de Laval .Cliché de l'Office de Tourisme du canton de Mortain.



 Lampe de sanctuaire de l'abbatiale de Savigny, collégiale Saint-Evroult, Mortain.
 Cliché: A.  Guillouet, Office de Tourisme de Mortain.

          Cette lampe de sanctuaire en bronze doré a lui dans le choeur de l'abbatiale dans la seconde moitié du XVIIIè : avec sa suspension, elle atteint une hauteur de 3 m.35,  la lampe elle-même mesurant 1m.65 ( données de la base Palissy). Elle porte les armoiries de l'abbaye : la lettre S et la tige de fougère.


Les grandes orgues de la cathédrale de Coutances.


     L'orgue de la cathédrale de Coutances provient de l'abbaye de Savigny : il a été  conçu par les facteurs parisiens Deslandes et Rohrer et réalisé entre 1724, année du contrat, et 1728. Acheté par le Département en 1790, il  a été  reconstruit et complété en 1812 par Louis Lair du Mans. Depuis, plusieurs campagnes de restauration ont enrichi ses jeux. Le buffet imposant et ouvragé est l'oeuvre de sculpteurs caennais du XVIIIè : il est supporté par quatre colonnes corinthiennes et deux solides atlantes gainés dans une parure florale proche du rococo. Les silhouettes aériennes des anges musiciens juchés sur les tourelles  tempèrent la monumentalité de  l'oeuvre.
Pour plus de détails:
                    http://cathedralecoutances.free.fr//       

        Sur place, une seule statue a survécu au partage des dépouilles de l'abbaye : elle  veille  toujours dans la chapelle des lépreux, dite du Désert   peut-être à sa place d'origine. C'est le centurion Longin : en contrebas, s'étale un champ de ruines. Après avoir percé le flanc du Christ,Longin s'est converti et tourné vers la vie contemplative,d'après la Légende Dorée: solitude stoïque sur ces lieux désolés!Deux autres statues ont fui le site pour l'église Saint Gervais d'Avranches et plusieurs pour une destination inconnue.

 Saint Longin, armé de sa lance;  bois peint, XIVè?
 chapelle du Désert, Prévoyante Savinienne.( cliché JPG)



 Texte: Jean-Paul Gallais.
Photos de  l'auteur et  de l'Office du Tourisme de Mortain ,www.mortain-tourisme.fr   (lieux de visite )

 Pour la  remise en valeur du site de  l'abbaye:

- Association" Les Compagnons de Savigny".

-Communauté de communes de Saint-Hilaire-du-Harcouët,
 propriétaire du site.








samedi 24 mars 2012

: ABBAYE DE SAVIGNY IV : la décadence


             L'ABBAYE DE SAVIGNY  sur la pente de la décadence



Ruines de l'abbaye dessinées d'après nature par Victor Pacoy en  octobre 1817, copiées par M.de Malfilastre en 1833(,31.3x23.5).   En 1817, on distinguait encore le vaisseau de l'abbatiale envahi par la végétation et l'imposant pavillon des hôtes.Collection des dessins (cote 135), Médiathèque de Fougères.( Cliché protégé .)


 LES VICISSITUDES DE L'HISTOIRE

       Si l'abbaye a connu son "âge d'or" au cours des XIIIè et XIVè siècles, le déclin ne va pas tarder.  La  prospérité de  Savigny est d'abord fragilisée par la guerre de Cent Ans : l'abbaye  est occupée par la troupe de pillards anglais du capitaine Venables ; libérée en 1433, elle se relève dans la seconde moitié du XVè mais, en 1517, elle tombe sous le régime de la "commende" : le roi peut désigner lui-même l'abbé d'un monastère. Les abbés dits "commendataires , choisis parmi les  membres du clergé le plus souvent mais aussi parmi des laïcs, bénéficient du tiers des revenus de l'abbaye et peuvent cumuler plusieurs  "commendes". Très souvent, ils ne résident pas à l'abbaye ou se contentent d'y passer quelques jours par intérêt...La communauté monastique est alors dirigée par un prieur claustral. Savigny a connu une exception : Dom Claude du Bellay, abbé commendataire de 1588 à 1603, demeurait sur place.
       Le système de la commende est fatal pour la vie monacale : il entraîne un relâchement de l'idéal et de la discipline.  A Savigny, le nombre de moines ne cesse de  baisser, ils ne sont plus qu'une trentaine vers 1550.
      Pendant les guerres de religion, l'abbaye est envahie en 1562 par les Huguenots qui y répandent le massacre, le pillage et mettent le feu à l'abbatiale. A la fin du siècle, Dom Claude du Bellay, alors abbé résident, s'efforce d'achever la reconstruction et d'y donner le goût de l'étude. Mais, au cours du XVIIè, l'abbaye se vide, les moeurs se relâchent à tel point que, dans l'élan de la réforme cistercienne dite "de stricte observance", l'abbaye-mère de Cîteaux tente un redressement moral et spirituel en envoyant vivre  sur place quelques moines;ce retour à l'austérité est  fort mal accepté.

L'ESPRIT DU XVIIIè SIECLE

      Pendant ce temps, les revenus de l'abbaye continuent à grossir alors  qu'elle accueille de moins en moins de religieux, à peine une quinzaine au début du XVIIIè. On entreprend une nouvelle construction, le "pavillon des hôtes",  dans le style des riches demeures spatieuses et lumineuses du XVIIIè  avec un corps central et deux ailes symétriques.  Les inventaires de 1743 et 1790  laissent imaginer un aménagement cossu avec, de part et d'autre d'un grand escalier, le "salon de compagnie" et la "grande salle à manger" lambrissée, neuf chambres luxueuses à l'étage et les appartements privés du prieur. L'immense dortoir des moines (107m. en longueur)  est transformé en chambres et appartements. Savigny, lieu d'ascèse et de sainteté à l'origine, est en train de se métamorphoser en une nouvelle Thélème...


<>
</>
 Maquette de Louis Saint-Pois : au fond, derrière le cloître, le pavillon des hôtes.




                 Partie refaite et sans doute  très approximative de l'hôtellerie du XVIIIè avec sa façade de granit
                                 en grand appareil; le pavillon de l'hôtellerie faisait, lui, 53 mètres de long.


             En 1745, on édifie  par surcroît sur le coteau de  Beaufour,à l'écart de l'abbaye, une résidence de campagne et  de jouissance assez fréquentée. Ce train  de vie  laxiste et opulent,attesté par les comptes de l'abbaye,  est mal perçu par le clergé séculier et les villageois de Savigny qui font courir sur ces joyeux épicuriens rumeurs  de débauche et chansons légères que la tradition orale a longtemps colportées. 
         L'esprit du siècle avait soufflé sur ces bons bourgeois  amateurs de plaisirs, lecteurs "éclairés", ouverts aux idées nouvelles ; à la veille de la Révolution, l'abbaye de Savigny compte encore 14 moines et 3 novices et elle n'est pas si mal pourvue car sur les 228 monastères cisterciens demeurés ouverts en France à l'époque, la plupart ne sont plus habités que par 2 à 10 moines, exception faite de Cîteaux, Clairvaux, la Trappe. La Révolution aura vite fait de balayer une institution souvent chancelante dont l'aisance matérielle  paraît  très insolente aux yeux du peuple.

               LE DEMANTELEMENT PROGRESSIF

        Au cours de l'été 1790,  treize religieux sur quatorze de Savigny prêtent  le serment  constitutionnel. Le 15 décembre de la même année, ils sont chassés de l'abbaye et  échouent dans les paroisses avoisinantes où ils remplacent les prêtres réfractaires ; ainsi les paroisses de Louvigné-du- Désert et de Parigné ont eu leur moine constitutionnel, d'ailleurs très mal reçus. Dès leur départ,  l'abbaye est ravagée et pillée frénétiquement. Sa fermeture pendant deux ans n'empêche pas les dégradations puisqu'elle n'est pas gardée...
Les reliques tant vénérées des Saints de Savigny sont portées dans l'église paroissiale où elles se trouvent encore.
         En 1791, on met en vente les fermes du monastère, une quarantaine dans la  contrée  de  Mortain, dont 26 sur la commune de Savigny, ainsi que les 9 étangs des moines réunis en un lot.
         Après une longue période de vacance, l'ensemble monumental, les jardins et dépendances sont adjugés en juillet 1793 au dixième de leur valeur à Joseph Jacquemont et Jean-Charles Ruault, habitants des environs.

         Comme des Vandales, les Jacquemont se chargent d'éventrer l'abbaye et d'en tirer profit : ouvrages d'art et objets précieux,  piliers romans, boiseries, grilles et portes ouvragées sont disséminés dans la région,  pour le bonheur de quelques amateurs éclairés ; les pierres médiocres ont dû encaisser les chemins, jusqu'à Mortain et au delà, dit-on. En 1845, Arcisse de Caumont , fondateur de la Société française d'Archéologie sauve la porte Saint-Louis , elle est devenue monument historique.




 Plan au sol de l'abbaye réalisé par F.Pougheol, architecte,1983. En rouge,les vestiges actuels
visibles hors du sol.
http://fr.wikipedia.org/wiki/abbaye_de_savigny
 

               L'abbaye n'est plus qu'un champ de ruines: rien, à part quelques pans de murs, ne laisse imaginer la grandeur, la spiritualité et le rayonnement d'un lointain passé.Au fil du temps, la fondation semble s'être retournée contre  son fondateur Vital, apôtre de l'ascèse et de la pauvreté .  L'Histoire elle-même,avec ses  débordements et ses paradoxes,a déchiré la trame que les siècles avaient tissée;il reste le silence et l'insignifiance , ce à quoi les premiers moines aspiraient...

Ruines de l'abbatiale.
                                                                                                        Texte et photos:
                                                                                                       Jean-Paul Gallais  


 A l'occasion du 900ème anniversaire:
 Colloque de Cerisy : L'abbaye de Savigny, un chef d'ordre anglo-normand.
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/programme.html


 Sources: bibliographiques:
 - articles  de J. Durand de Saint-Front et du Général Jean Barreau   parus dans le bulletin  de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères,déjà cités.
- "Savigny-le Vieux"  brochure collective éditée par "Terroirs 2000".






mardi 28 février 2012

ABBAYE DE SAVIGNY II: SAINT VITAL

SAINT VITAL DE MORTAIN, fondateur de l'abbaye de     SAVIGNY (1050-1122).



          La première " Vie du bienheureux  Vital " est une oeuvre en latin écrite par Etienne de Fougères,  ecclésiastique et poète auteur du "Livre des manières", chanoine de la collégiale Saint-Evroult de Mortain avant d'être évêque de Rennes  de 1168 à  1178 ; lui-même  fréquentait beaucoup Savigny . Sur l'encouragement de Jocelin, abbé du monastère de Savigny, il  a consenti à écrire la " Vita  beati Vitalis " sans déroger aux codes qu'implique le genre hagiographique destiné à édifier et porté au merveilleux. Il  s'est  appuyé  sur des témoignages oraux et  sur le  Rouleau mortuaire de saint Vital (1). La vie de saint Vital   et celle  des saints de Savigny ont  inspiré  beaucoup de biographes ; au XVIIIème, dom Claude Auvry,  prieur  de Savigny, a écrit une "Histoire de la Congrégation de Savigny" et compilé  plusieurs récits traditionnels sur saint Vital ; ce manuscrit original, par ailleurs imprimé, est  toujours conservé à la médiathèque de Fougères (Ms VII). Ces récits de vie greffés sur  Etienne de Fougères et sur le Rouleau mortuaire de saint Vital, relus, revisités  par Hippolyte Sauvage "Saint Vital et l'abbaye de Savigny "en 1895 et par de nombreux chercheurs plus récemment composent un  long palimpseste  d'où  les zones d'ombre n'ont pas totalement disparu.



 Eglise Saint-Léonard, Fougères: saint Bernard de Tiron, qui fut ermite  dans les forêts de Craon, Fougères et Savigny,  saint Vital en abbé - étonnamment jeune , Julien Maunoir et  saint Hamon, moine de  Savigny originaire de Saint-Etienne-en-Coglès. Ateliers Lorin,1959.


      Vital est né vers 1050 à Tierceville près de Bayeux  dans une famille noble de moyenne fortune ; en  raison de ses qualités intellectuelles et de ses dispositions  spirituelles, on l'envoie étudier à l'université de Liège. Remarqué pour sa piété, il a été pressenti pour la prêtrise par l'évêque de Bayeux, Odon de Conteville. Devenu prêtre, il est appelé par le comte Robert de Mortain qui souhaite en faire son chapelain, en même temps il est chanoine de la collégiale Saint-Evroult.

 LE CHOIX DE LA VIE EREMITIQUE

        En 1093 , après  plusieurs années passées à  la cour du comte de Mortain, Vital décide de quitter le monde et de distribuer ses biens pour se retirer en ermite  dans les rochers du Neufbourg,  près  de la cité .
       De là, il rejoint les ermites de la forêt de Craon, devenue le refuge de nombreux ascètes à tel point qu'on l'a appelée la "Thébaïde du Maine". Robert d'Arbrissel, futur fondateur des abbayes de la Roë et de Fontevraud y  rayonnait déjà par la richesse de sa prédication, de même Raoul de la Futaie, fondateur de l'abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt près de Rennes. Bernard d'Abbeville, plus connu sous le nom de Bernard de Tiron ne tarde pas à les rejoindre.

  L'EXIGENCE EVANGELIQUE A LA LETTRE

 Le ministère de la prédication: moine enseignant,
 maître-autel, église de Savigny.
        En 1095, le pape Urbain II décide la première croisade  en vue d'une reconquête de la Terre Sainte et demande à Robert d'Arbrissel de prêcher dans l'Ouest pour une véritable conversion et pour le succès de l'entreprise ; Robert d'Arbrissel est secondé par Vital dont les talents d'orateur sont connus ; prédicateur itinérant infatigable, il porte la bonne parole  jusqu'en Angleterre.
 D'après Dom Auvry, il a participé en 1102 au Concile de Londres  réuni par saint Anselme, archevêque de Cantorbéry dans le cadre de la réforme grégorienne : "pour rétablir la pureté des moeurs parmi les fidèles  et dans le clergé".   Son message est vivant, incisif et intransigeant : "il était incapable de déguiser la vérité ni par la crainte  ni par la faveur des puissants" écrit Dom  Claude Auvry.

   A son retour, il souhaite s'isoler dans la forêt de Fougères et s'impose un mode de vie très austère. Son aura attire  d'autres ermites : parmi eux se trouve  Bernard de Tiron  qui  choisit le site  depuis lors appelé le " Chênedet" et lui-aussi est suivi de nombreux  adeptes. Le  comte de Fougères, Raoul Ier, craignant pour la tranquillité de ses terrains de chasse favoris, demande  à Vital de  s'installer avec sa petite communauté  d'ascètes sur  une partie de ses possessions de la forêt de Savigny.

 Eglise du Neufbourg près de Mortain : saint Vital et sainte Adeline font l'offrande de leur fondation.

 Entre-temps, Vital aurait fondé en 1105 le monastère de la Sainte Trinité au Neufbourg avec l'aide de sa parente Adeline.  Au cours de ces années, il   implante  un ermitage à Dompierre  en Mantilly dans l'Orne, non loin de Savigny . Plusieurs moines le suivent dans ce vallon retiré de la  forêt de Passais où sinue  une petite rivière, la Colmont. Cet ermitage devient le prieuré de Dompierre en 1119,   quand  le roi d'Angleterre Henri 1er  Beauclerc lui octroie quelques terres.



       








                             
                                   Mantilly : état actuel  de l'ancien prieuré de Dompierre (propriété privée)
        décrit dans l'ouvrage d'Hippolyte Sauvage Saint Vital et l'abbaye de Savigny consultable sur le site de la BNF p.42 en ouvrant le lien qui suit:


           Voilà qu'en 1106 un conflit oppose deux fils de Guillaume le Conquérant : Robert Courteheuse, duc de Normandie et Henri Beauclerc, roi d'Angleterre: Vital s'interpose en vain, il ne peut empêcher la bataille de Tinchebray et, comme il se trouve lié aux  comtes de Mortain, les grands perdants, les  terres attachées à la fondation de la Trinité du Neufbourg lui  sont confisquées.

 L A FONDATION DE L'ABBAYE DE SAVIGNY

 

        Vers 1108, Vital crée un ermitage dans la forêt de Savigny, il est entouré d'une communauté d'ascètes ; la même année,  Bernard de Tiron quitte son ermitage de "Chênedet"  et se dirige vers la forêt de Savigny où il retrouve  Vital et les siens, pour peu de temps car  Bernard s'en va fonder son abbaye à Tiron, près de Nogent-le-Rotrou.
 C'est en 1112 que  le comte de Fougères  Raoul Ier   octroie officiellement   la forêt de Savigny à Vital qui lui en a fait la demande, cette donation est confirmée  par  le duc de Normandie, roi d'Angleterre, Henri Ier Beauclerc en mars 1113. 
 La communauté s'organise et s'agrandit , on construit une première église de bois; Vital   donne à  cette communauté la règle de saint Benoît. A quelques centaines de mètres,  au lieu-dit "la Prise aux Nonnes", on  pose les bases d'une communauté des femmes, à l'image des abbayes doubles fondées par Robert d'Arbrissel.
 Vital mène de front sa fondation et son apostolat: il n'a pas renoncé au ministère de la parole et, en 1119,  il aurait encore participé au concile de Reims .
  Il s'éteint  au prieuré de Dompierre en 1122, pendant l'office. 
 
  Eglise de Savigny-le -Vieux: cénotaphe de saint Vital ( XVII ème ).  L'inscription latine mentionne un miracle
de saint Vital:la résurrection d'un soldat.


 (1): Le Rouleau mortuaire ou obituaire de saint Vital est  constitué de quinze feuilles de  parchemin cousues (9m50x22.5cm) sur lequel on a écrit l'éloge  du fondateur défunt et qui a  voyagé d'une abbaye à l'autre, selon la tradition  de l'époque. Chacune y ajoutait  son hommage et ses prières.

                       Texte et photos : Jean-Paul Gallais.