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mercredi 15 avril 2015

FORMATION des VILLES ET VILLAGES de HAUTE-BRETAGNE( XIème-XIVème) : I - FOUGERES







Analyse morphologique de la ville de Fougères




Analyse des formes urbaines de la ville de Fougères à partir du cadastre napoléonien (les numéros figurant sur la carte renvoient aux commentaires).

   Vers 1030-1040, un lignage s’installe sur un rocher relativement étendu, ceinturé par un cours d’eau et des marais et entouré de collines. Un château est construit, certaines sections en pierre remonteraient probablement à la fin du XIe siècle (1). Rapidement, même si la documentation n’en fait état que tardivement, un premier bourg (burgus) est fondé, le Bourg Vieil (2), et avant 1092, un second apparaît sur les hauteurs avec le Bourg Neuf (3), celui-ci est rapidement dédoublé par une rue parallèle (3a), du moins avant la construction des remparts au début du XIIIe siècle.
   Au cours des années 1060-1090, de nombreux édifices religieux sont cités. Dans l’enceinte castrale, la famille seigneuriale disposait d’une chapelle castrale (1). Sur les hauteurs, les bourgeois furent d’abord accueillis dans l’église Saint-Nicolas (3b), dépendante de Marmoutier. Mais l’agglomération fougeraise s’étendant sur la paroisse de Lécousse, rattachée à Pontlevoy, celle-ci intervint et fonda une église concurrente, Saint-Léonard (3c). Saint-Nicolas perdit alors son rang, devint une chapelle au milieu du XIIe siècle et une aumônerie avant 1243. Dans la basse ville, installée sur une île au pied du château et citée vers 1090, Saint-Sulpice (5) est l’église la plus ancienne. Elle est rapidement menacée par l’installation de moines de Marmoutier dans le prieuré de la Sainte-Trinité. L’abbaye tourangelle eut le soutien de la famille de Fougères, qui lui céda un emplacement pour construire un établissement monastique (6) et deux bourgs, le premier, le Marchix, à l’emplacement du marché seigneurial (4) qui fut déplacé sur les hauteurs de l’agglomération (4a), et le second, le bourg Chevrel (6a) dont le nom suggère la mise en valeur de ce quartier marécageux. Les moines eurent l’intention d’ériger leur prieuré en centre paroissial. Ce fut un échec, conduisant vers 1100, à la rupture avec la famille de Fougères. Probablement au même moment, cette dernière se rapprocha d’autres établissements monastiques, notamment Pontlevoy, qui reçut un burgus, Rillé (7), cité seulement en 1143. C’est en son sein que les chanoines de la chapelle castrale s’installèrent au milieu du XIIe siècle quand ils décidèrent d’adopter la règle augustinienne. Ce fut la fondation de l’abbaye de Rillé (7). À cette occasion, les chanoines reçurent le bourg de Rillé et, en retour, l’abbaye de Pontlevoy obtint le droit de fonder un nouveau burgus, le bourg de l’Échange (7b), qui végéta.

    Une autre abbaye avait des biens en Fougères, Savigny en Normandie, fondation familiale qui possédait des terres et un moulin dans la basse ville (8). Le parcellaire indique d’autres formes dont certaines sont probablement médiévales. En direction de la Normandie, le faubourg Roger (9a) montre des parcelles régulièrement organisées ; au sud-est, vers le Maine, un autre faubourg (9b) s’élance depuis les remparts (10). À l’ouest, vers Rennes, le long d’une voie (via), un ensemble parcellaire laisse penser qu’il s’agit là aussi d’un lotissement médiéval (9c). Cette ouverture sur l’extérieur est renforcée par des preuves d’immigration dès le milieu du XIIe siècle, le mouvement s’intensifiant par la suite (Normands, Cahorsins...).

   Fougères présente les caractéristiques d’une ville castrale fondée ex nihilo, d’abord polynucléaire, son dynamisme lui a permis de se développer. L’érection de remparts, probablement au cours des années 1240, scelle la réussite d’une localité qualifiée de villa en 1200.




Indication bibliographique : Julien Bachelier, Villes et villages de Haute-Bretagne (XIe-début XIVe s.). Analyses morphologiques, Saint-Malo, Centre Régional d’Archéologie d’Alet, Les Dossiers du CeRAA, n° AK, 2014, p. 86-87.






mardi 16 décembre 2014

Parution: ACTES du COLLOQUE, centenaire de la Société d'Histoire

      
 LES ACTES du COLLOQUE
sont parus le13 décembre 2014 sous le titre


  CENT ANS D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE EN PAYS DE FOUGERES


   160 pages, près de 100 illustrations.
    Prix:20€, en librairie
    Par courrier: frais de port 4€








 Renseignements:julien_bachelier@hotmail.com



  Le COLLOQUE du CENTENAIRE


         de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères

                    s'est tenu  à Fougères  le Samedi 14 septembre 2013

                          


 Cl. Archives  municipales, Fougères.



                                              Communications:
-  Introduction
     par Bernard Heudré, Président de la Société.


- Discours d'ouverture
  par Madame Evelyne Gautier-Le Bail, adjointe au Maire, déléguée à la Culture.



 : Le Château de Fougères: un siècle de recherches.
     par Julien Bachelier.



-Occupation du  paysage sur le site de Plaisance  (Les Vairies), à Saint-Sauveur- des- Landes, de l'époque gallo-romaine à l'époque moderne.
      par Aurélie Reinbold et Jean-Charles Oillic.



- Etude architecturale de l'église de Tremblay   par Anne Lunven.



 - Présentation  d'Albert Durand, fondateur de la Société d'Histoire et du Syndicat d'Initiative.
     par Dominique Le Marois.



- Amédée Fleury, artisan-photographe: regards sur le monde rural du pays de Fougères.
     par Sophie Planchet.



Architecture du XVIIIè siècle: immeubles de la Haute Ville et résidences aristocratiques du pays de Fougères.
     par Isabelle Letiembre.









Hôtel de La Bélinaye, XVIIIe, Coll. privée.





                                               source et contact:  histarcheo35300@gmail.com


vendredi 12 septembre 2014

LES SEIGNEURS de FOUGERES II: Main II de Fougères


Les seigneurs de Fougères (2e partie) :


Main II de Fougères



Main II reste le premier membre du lignage à porter le nom de « Fougères » dans des actes contemporains. Ceci indique que le site était devenu le lieu de résidence de la famille. Avec lui, la documentation est plus importante, on parvient à le cerner, lui, sa famille et sa politique.




« Main de Fougères »

Main II apparaît au cours des années 1020-1030, les difficultés à dater les actes avec plus de rigueur empêchent d’être plus précis. Le document le plus ancien le concernant remonte aux années 1008-1030, il doit avoir succédé à son père depuis peu de temps puisqu’il apparaît au sein de la liste de témoins comme étant le « fils d’Alfred ». Comme son père, Main figure en bonne place dans les actes ducaux.

Entre 1015 et 1022, il apparaît dans un acte du duc breton, Alain III, avec la dénomination suivante : « Main de Fougères », mais cet acte est un faux rédigé ultérieurement. Il faut attendre les années 1040-1047 pour avoir la certitude que Fougères est bien occupée par ce lignage.




L'église de Saint-Sauveur-des-Landes.





Ainsi, au cours de cette décennie, Main II, qui prit le nom « de Fougères », confirma le don de son grand-père à Marmoutier de l’église de Louvigné-du-Désert ainsi que de divers biens et revenus (bourg, cimetière, droits...). Il ne se contenta pas de confirmer les dons, mais il les augmenta. Main II réactiva le lien avec l’abbaye et fit en sorte que la localité ne périclite pas alors que Fougères se développait. Un second texte des années 1040-1047 évoque Fougères. Main II donna à Marmoutier l’église de Saint-Sauveur-des-Landes, il permit aux moines d’établir un prieuré et leur offrit trois maisons, une située en Louvigné-du-Désert, une autre en Bazouges-la-Pérouse et la dernière localisée « dans le castrum de Fougères », qui ne correspond pas au château, sens premier de castrum, mais à l’agglomération se développant alors à l’ombre du site fortifié. Cet acte fixe aussi les limites de la seigneurie fougeraise. Main II eut un rapport particulier avec le prieuré de Saint-Sauveur puisqu’il y fut inhumé.



Un seigneur entre Bretagne et Normandie


Si d’aucuns ont vu en Main un seigneur breton, que l’on orthographiait bien souvent Méen, les actes conservés nous montrent une autre politique de la part du seigneur fougerais.

On le voit surtout actif dans la région de Saint-Sauveur-des-Landes où l’abbaye de Marmoutier peine à s’installer rencontrant l’hostilité de l’élite locale au cours des années 1040. L’église était divisée en parts, comme cela était fréquent, quatre en l’occurrence. Il s’agit de droits tenus en fief reçus par les pères de quatre hommes. Ils devaient les avoir reçus de Main II, ou de son père, en échange de la protection de ce dernier. Ils s’estimaient ainsi dépouillés d’une partie de leurs revenus, mais aussi éloignés du sacré, rappelons que l’église venait d’être cédée aux moines de Marmoutier, or les religieux priaient pour les vivants et les morts, leur assurant ainsi leur salut. Revendiquer une partie de l’église pouvait revenir à briguer une partie des prières. Ainsi, le lignage Pinel posa plusieurs problèmes, non seulement à propos de Saint-Sauveur-des-Landes, mais aussi de Romagné. Le seigneur de Fougères dut donner de fortes sommes d’argent, des chevaux, un équipement de chevalier... La famille Pinel n’hésita pas à entrer en conflit avec le seigneur de Fougères, mais aussi le duc de Bretagne et l’abbaye de Marmoutier, probablement la plus prestigieuse de l’Ouest. Parmi les membres du lignage, l’un des plus importants, Kinouuaret, était vicarius, c’est-à-dire représentant local de l’autorité publique, du moins était-ce son titre, les réalités de la fonction devaient être différentes. Il avait dû capter une partie des prérogatives publiques à son profit et celle de son lignage. Sa famille était donc solidement implantée localement et l’installation de moines et donc d’une seigneurie monastique éveilla sa méfiance.




           La présence de Main II en Haute-Bretagne dans les actes écrits conservés.


Quand on observe les actes dans lesquels Main apparaît, on perçoit l’étendue de la seigneurie de Fougères, même s’il est impossible d’en dresser une carte avec des limites précises. On note que son pouvoir rayonnait à partir de centres (Louvigné-du-Désert, Bazouges-la-Pérouse, Saint-Sauveur-des-Landes et surtout le château de Fougères) et que son autorité s’étendait jusqu’à Vieux-Vy, Chauvigné et Sougéal. La mention de cette dernière localité permet d’aborder une évolution dans la politique de notre seigneur.

En effet, loin d’être un rempart breton comme les princes voisins, Main II a joué sa propre partition. C’est très certainement avec lui que le lignage de Fougères connut le début d’une autonomie relative importante, pas une indépendance. Ainsi passé le milieu du XIe siècle, Main fréquenta la cour du duc de Normandie, Guillaume. À deux reprises, il y figure comme témoin d’actes et dans un troisième texte, il confia l’église de Savigny-le-Vieux à Marmoutier. Or, il est bien noté dans ce document que Savigny relevait des terres contrôlées par le duc de Normandie. Il y a donc eu un rapprochement entre les deux hommes. Les actes ne sont pas assez explicites sur les motivations et il peut y avoir plusieurs hypothèses. Guillaume de Normandie a-t-il restitué des biens anciens qui appartenaient à la famille de Fougères avant sa prise de contrôle du Cotentin afin de se concilier un vassal ? Main n’aurait-il pas anticipé la menace normande car en ce milieu de XIe siècle, Guillaume se montre expansionniste et a des visées sur le nord-est du Rennais ? Habilement, les deux hommes auraient trouvé un terrain d’entente satisfaisant les deux parties. Main augmentait ses possessions foncières et seigneuriales et Guillaume s’assurait la fidélité d’un homme dont le lignage contrôlait un accès de la Bretagne. L’histoire des XIIe-XIIIe siècles, bien avant celle du XVe siècle, allait montrer que la situation frontalière de Fougères était stratégique pour les Bretons, mais tout autant pour les ducs normands devenus rois d’Angleterre.

Car par la suite, on ignore la politique suivie par Main II. Lors de la célèbre expédition de Guillaume en 1064 dans le nord de la Bretagne, brodée sur la Tapisserie de Bayeux, le seigneur fougerais et sa place forte sont absents. A-t-il participé à la conquête de l’Angleterre et au combat d’Hastings en 1066 ? Toute une tradition le prétend, mais sans certitude car la documentation est très lacunaire pour cette période (années 1060) au cours de laquelle Main II mourut.



Un lignage solidement implanté


Avec Main II le lignage de Fougères est solidement installé dans le nord-est du Rennais, à Fougères. La reconstitution de sa famille l’illustre. Main a épousé Adélaïde dont l’origine a longtemps posé problème. Elle fut parfois présentée comme la fille d’un seigneur normande, Giffard de Bolbec de Longueville ou Girois, seigneur du pays d’Ouche, parfois comme la fille d’un seigneur du Châtellier. Cette dernière hypothèse est la moins probable, Main II, personnage important, devait épouser une femme d’un niveau si ce n’est également au sien, sinon supérieur. Or, les récentes recherches de Florian Mazel permettent d’envisager une autre hypothèse à partir notamment des prénoms. Le choix d’un prénom n’était pas neutre au Moyen Âge, même durant ce XIe siècle qui prolonge en la matière certaines coutumes héritées du haut Moyen Âge. Un prénom définit la place d’un individu dans la famille mais plus encore dans la société. Dès lors, en observant les noms des personnes, on peut retrouver certains liens tus par les sources écrites car évidents pour les contemporains. Ainsi, Adélaïde portait un prénom en usage dans la famille comtale bretonne, deux des enfants du couple, Eudes et Juhel, portaient des prénoms comtaux. Dès lors, Adélaïde serait une fille du comte Eudes ; par son mariage, Main s’est hissé dans l’aristocratie régionale.







Main II eut au moins quatre enfants, donnée importante pour la perpétuation du lignage mais aussi ses alliances politiques, par le biais du mariage des filles. Eudes était l’aîné de la fratrie, cité plusieurs fois au cours de la décennie 1040, il mourut jeune, probablement avant 1047. Juhel, le cadet, devint donc l’héritier, on le voit poser son seing sur un document normand ; ce fut effectivement lui qui succéda à Main II. Ce dernier eut un troisième fils, Raoul, qui devint lui aussi seigneur. Le couple n’aurait eu qu’une fille, mais sur ce point, il convient d’être prudent, les sources les évoquent peu, d’autant plus qu’en se mariant elles quittent tôt la maisonnée. Godehilde, semble-t-il la seule fille, fut mariée à Jean Ier de Dol, membre d’un lignage très important en Bretagne qui a donné naissance aux seigneuries de Combourg et Dinan et contrôlait le siège (archi-)épiscopal de Dol.





 Généalogie de Main II

Conclusion

Avec Main II on devine ce que pouvait être une famille de l’aristocratie moyenne dans l’Ouest de la France. Les relations tissées par le lignage s’étendent aux régions voisines, particulièrement la Normandie, mais aussi les Pays de la Loire, par le biais de l’abbaye de Marmoutier. Le mariage apparaît comme un moyen de nouer de relations avec des familles d’un rang supérieur, signe d’une ascension. L’espoir du lignage repose aussi et peut-être même surtout sur l’épouse qui doit mettre au monde un garçon, voire plusieurs. Eudes disparaît tôt ; Juhel et Raoul furent les garanties de la survie de la Maison de Fougères. Main II fut donc le premier seigneur à porter le titre de « seigneur de Fougères », il est parvenu à enraciner sa famille à partir du château.




                                                       Julien Bachelier




Bibliographie

Christian Le Bouteiller, Notes sur l’histoire de la ville et du pays de Fougères, Bruxelles, éd. Cultures et civilisations, 1912-1914 (rééd. 1976), 4 vol., ici t. 2.

Florian Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines : pouvoir local et enjeux ecclésiaux à Fougères à l’époque grégorienne », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2006, t. 113-3, p. 105-135.

vendredi 1 juin 2012

LA SECONDE VIE DU CHATEAU DE FOUGERES

 Sites de Mémoire : le château de Fougères


      Une DEUXIEME VIE, A L'OMBRE DE LA FRONTIERE ENVOLEE




 Le château de Fougères à l'époque romantique. Lithographie de Cicéri, vue partielle.
 fonds  Patrimoine, Médiathèque de Fougères. 



     Après l'union de la Bretagne à la France en 1532, le rôle de la frontière s'estompe ; et la position stratégique du château de fougères - désormais partie intégrante du domaine royal - s'en trouve naturellement remise en cause .A deux reprises encore, il sera aux rendez-vous de ce que l'on appelle la grande Histoire. Disons plutôt qu'il sera rattrapé par elle : en 1589, durant les guerres de Religion, lorsqu'il est pris par le duc de Mercoeur, à la tête de la Ligue et qu'il en fait son quartier général pendant quelque temps ; à nouveau en novembre 1793, au plus fort de la Révolution, lorsque les Vendéens - dans le sillage de leur virée de Galerne - s'emparent de la ville avec le concours des Chouans...

     Ultimes soubresauts, avant sa mise en retraite  des obligations militaires et les premiers signes d'abandon qui faillirent lui être fatals. En réalité, le  changement de vocation du château de Fougères commença très tôt : dès le XVIIème siècle, période durant laquelle  s'opérèrent les premiers travaux de démontage affectant notamment la troisième enceinte, devenue inutile et qui fut presque totalement démantelée pour la récupération de la pierre ; puis remblayée sur plusieurs mètres d'épaisseur ! Quant à la grande enceinte, elle fut en partie préservée, ce qui permit de convertir la place en lieu d'enfermement - à la fois prison et aire de cantonnement pour les régiments en transit - confié aux soins d'un gouverneur dépendant de l'administration royale.

    En 1784, le château fut afféagé au baron de Pommereul qui  devint propriétaire  en 1802, date à partir de laquelle les destructions s'intensifièrent au profit de nouveaux aménagements visant à transformer les bâtiments restants en lieux de casernement.  Ainsi disparurent le grand logis et la tour Coëtlogon, entièrement réduits à l'état de ruines, tandis que les tours Raoul et Surienne furent rehaussées  d'immenses greniers à fourrage, recouverts chacun d'une hideuse toiture à la Mansart... en prélude à l'installation d'une petite usine de filature  venue s'y loger un peu plus tard, en 1836 !


 La tour Raoul coiffée d'un toit à la Mansart abritant  les  réserves de fourrage.
 Photo d'Albert Durand, fin XIXè . Collection A. Durand,  Médiathèque de Fougères.


      Au terme de cette évolution, force est de reconnaître que le château en ressortit passablement défiguré, en attendant de devenir la proie de la végétation dévorante. Et ce, pour le plus grand étonnement des écrivains romantiques attirés par les fantômes du Moyen Age réinventé : Chateaubriand, Balzac, Hugo, Flaubert et Maxime Du Camp... tous sont tombés sous le charme de  "ce qui n'était plus qu'une immense ruine tremblante et lézardée, avec ses  tours délabrées, percées à jour et souvent fendues dans toute leur hauteur et d'où pendaient de traînants bouquets de ronces, de lierre,  de vigne vierge et d'églantine!" point d'autres mots pour dire en quel état se trouvait la vieille forteresse, dont l'entrée, complètement dénaturée, finit par se confondre avec une maison d'habitation directement accolée à la première enceinte... ainsi qu'on peut le voir sur d'anciennes cartes postales ou sur les dessins d'Albert Robida.



 Le château de Fougères ; lithographie de Robida, fin XIXè.
 Fonds Patrimoine, Médiathèque  de Fougères.

Prosper Mérimée, le sauveur!


     Entre temps, en 1841, Prosper Mérimée, alors Inspecteur général des Monuments Historiques , était passé à Fougères : point de départ de toutes les démarches qui aboutirent  au classement du monument et finalement à sa  restauration à partir de 1892, date à laquelle  la ville de Fougères  le racheta  à la famille de Pommereul pour une somme de 80000 francs, dont la moitié fournie par l'Etat. Grâce à cette  initiative, les travaux purent commencer sous la gouverne des architectes des Monuments Historiques, Denis Darcy, puis Paul Gout, qui s'activèrent principalement à sauver les tours  Raoul et Surienne rendues à leur "état gothique" en1909. Ainsi, fort de son passé réhabilité, le château fit son entrée dans le temps  présent... et, aux yeux de certains de ses nouveaux admirateurs, comme le jeune Thomas Edward - futur Lawrence D'Arabie - il devint  "le plus beau de tous, vraiment au-dessus et au-delà de tout ce que l'on peut dire !"


  Les nouvelles heures du château de Fougères.




 L'ancien musée de Peinture, Tour Mélusine.Archives municipales,Fougères.


      Les années 1890-1900 furent donc celles du renouveau mais aussi celles d'une nouvelle vie, trèe éloignée de sa vocation première. C'est à cette époque  qu'un musée municipal est installé dans les salles de la tour Mélusine jusqu'en1952, avec ses maquettes de la statue du général de Lariboisière, ses gravures et ses tableaux-numérotés mais pas tous identifiés ! - ses curiosités  archéologiques dont une collection de coquillages, ses faïences, ses monnaies exotiques, ses lances indiennes... des papillons et une momie ! Plus une collection de chaussures anciennes, des souliers et des sabots coréens du XIXème siècle, présentée au public jusque dans le courant des années 1970.
 Faïences de la collection Henri Roussin, ancien musée de Fougères :
Vierge d'accouchement, saint Jean-Baptiste, art populaire fin XVIIIè.



        Autrement,le château est fréquemment utilisé pour des cérémonies festives, des concours de gymnastique et des représentations théâtrales, grâce à l'aménagement d'un théâtre de verdure. Autant d'activités qui marqueront   les belles années du XXème siècle, en attendant le début des années 70 placées sous le signe des grands spectacles du Livre Vivant : Les Chouans de Balzac, Quatre-Vingt-Treize de Victor Hugo, le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier et tant d'autres, mis en scène par Michel Philippe jusqu'au milieu des années 1990. 









Répétition au" Théâtre de la Nature". Collection des Archives municipales.



     Depuis, à chaque retour de l'été, le festival Voix des Pays investit les lieux, offrant à ces vieux murs l'occasion de vibrer à l'unisson des chants venus du monde entier. Ainsi va le château de Fougères, poursuivant son voyage au long cours, plus accueillant que jamais, rajeuni par son parcours  scénographique et porté en avant par le nombre croissant de ses visiteurs. 
 
                                                                                                                     Texte : René Cintré
                                                                                            Clichés:Jean-Paul Gallais
                      

Pour prolonger la découverte, il suffit de cliquer sur ce lien et de choisir:

                                                                                                     


     N.B: la reproduction des articles et des clichés est  interdite sans l'accord écrit de la Société  d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères :histarcheo35300@gmail.com

jeudi 24 mai 2012

LA FORTERESSE DE FOUGERES


            

                     LA FORTERESSE DE   FOUGERES ,
PIECE-MAITRESSE DE  LA FRONTIERE BRETONNE

 

 Gravure aquarellée, Bachelot de la Pylaie.(coll. privée)
 Le château au début du XIXè.


  Une ceinture de citadelles dissuasives


        Pour  qui sait regarder entre ciel et terre, l’histoire se lit aussi dans la nature comme dans un livre ouvert. Pour cela il suffit  de lever les yeux et porter son regard vers les très nombreux vestiges jalonnant le territoire des marches de Bretagne au Moyen Age, lorsque celles-ci revêtirent la robe grise des premiers châteaux en pierre : gardiens de la frontière, pièces pétrifiées sur place d’une longue partie d’échecs perpétuant le souvenir des anciennes luttes ; témoins inertes d’un passé toujours présent, aujourd’hui ravivé par les songes de l’imaginaire. Des années 1150 jusqu’à la fin de la période médiévale, pas moins de trois siècles et demi de transformations continuelles imprimèrent leurs marques distinctives à chacune des grandes forteresses de première ligne.

 La tour  carrée de  la Haye Saint-Hilaire, percée de multiples
 meurtrières, fin du XIIè (collection  privée).

            De fait, celles-ci devinrent plus puissantes, plus solides, plus vastes…  et surtout plus confortables que les anciennes constructions charpentées de la première heure féodale : Fougères, Vitré, Châteaubriant, La Guerche, Ancenis, Clisson… mais aussi Rennes et Nantes, conférant toute son épaisseur à la zone d’intérêt proprement stratégique ; sans oublier  nombre de places comme Combourg, Landal, Aubigné, Hédé, Montmuran, Châteaugiron ou Châtillon reléguées au rang de seconde importance. Au temps de la féodalité et des seigneurs campés sur leurs antiques mottes, succéda le temps des princes et de la formation des Etats souverains : d’un côté,  le royaume de France en passe de s’affirmer de manière suzeraine ; de l’autre, le duché de Bretagne, en quête de sa propre existence. Point de meilleur exemple que la fondation de Saint-Aubin-du-Cormier – ordonnée par Pierre Mauclerc en 1225 – pour témoigner de cette évolution accompagnant la véritable naissance du pouvoir ducal en Bretagne au XIIIe siècle. Alors Saint-Aubin, ce n’est pas seulement un château, ni une belle ruine aujourd’hui confiée à la garde des oiseaux, c’est d’abord et avant tout un symbole : démonstration d’indépendance, affirmation politique, pari sur l’avenir, mémoire de la mortelle blessure infligée à l’identité bretonne… l’élévation de cet impressionnant donjon continue de signifier la volonté du duc d’édifier une authentique ligne de défense qui ne fût pas à la merci de certains de ses grands barons :  tels notamment ceux de Fougères et de Vitré, dont il avait toutes les raisons de se méfier et qui, dans le temps présent, s’apprêtaient à prendre la tête « d’un véritable parti français », délibérément hostile à sa politique.


 LE DEFI DE LA HAUTEUR






      Pendant ce temps à Fougères, la vie s’écoulait au rythme des jours ordinaires. Passent les générations et passent les seigneurs. En 1256 mourait le baron Raoul III, laissant sa fille Jeanne comme seule héritière de la baronnie. En épousant Hughes XII de Lusignan, Jeanne planta les jalons d’une nouvelle lignée qui devait régner sur Fougères jusqu’en 1314. Prestige, richesse, façons de construire directement importées des croisades et rêves de fécondation… se traduisirent à nouveau dans la pierre. De cette alliance, le rocher accoucha de la plus belle tour du château : magnifique fleuron d’architecture militaire posé en renouveau des anciennes structures ; situation inapprochable, assise parfaitement bloquée, généreuse et puissante ; impression saisissante de hauteur et remarquable pureté des lignes verticales… en forme d’invitation à scruter le sommet et, pourquoi pas, un soir, essayer de percer le secret de Mélusine : fée maternelle et bâtisseuse… et non moins très frénétique défricheuse ! Avec les Lusignan, le mythe devint réalité. Chose certaine pour Fougères, les années 1250-1300 furent des moments d’éclosion et de grandes constructions. Outre la tour Mélusine, émergèrent du sol la tour du Gobelin et l’enceinte urbaine, les églises Saint-Léonard et Saint-Sulpice ; plus grand nombre d’édifices civils et religieux, hélas aujourd’hui disparus.


  La tour  dite  Mélusine à la fin du XIXè. Collection Albert Durand,
 Médiathèque  La Clairière, Fougères. (cl. JPG.)



            Fières et pourtant vulnérables...






Ainsi s’éleva  la place forte de Fougères  dont la silhouette – singulièrement dominée par le beffroi – se calque point par point sur les nombreuses formes élancées de ses tours, de ses murailles et de ses clochers . Chacune des étapes de sa construction se reflète à travers la forme de ses différentes tours. Jusqu’à la fin du XIVe siècle, restèrent privilégiées les structures démesurément hautes, volontairement dissuasives et souvent retranchées dans des lieux particulièrement difficiles d’accès… Il est vrai qu’à cette date, la pratique de la guerre de siège, héritée des époques précédentes, reposait encore sur les techniques d’approche, d’encerclement, de sape, d’escalade et de jets de projectiles… destinées à venir à bout des systèmes défensifs ; fussent-ils les meilleurs du monde, en dépit des nombreux « raccoutrements » qui les caractérisaient et se présentaient comme autant de points faibles ! C’est pourquoi, tout au long du Moyen Age, il n’y eut guère de citadelles imprenables. Chacun sait ce qu’il advint de Fougères lors la fameuse nuit du 24 au 25 mars 1449, autrement appelée « la nuit de la surprise » : nuit tragique, au cours de laquelle la ville fut littéralement capturée par François de Surienne et sa poignée « d’échelleurs » professionnels qui, d’un seul bond d’un seul, s’en emparèrent sans le moindre coup férir… pendant le saint temps du Carême ! Au moins l’événement eut le mérite de précipiter la fin de la guerre de Cent Ans ; et ainsi, d’accélérer le cours de l’histoire.





 Préparation des charges. Gravure sur bois, Flavius Végèce,
 Du fait de guerre et fleur de chevalerie, 1536.
 Fonds Patrimoine, Médiathèque de Fougères. (cl. JPG.)

La période qui suit immédiatement annonce déjà l’arrivée de la guerre moderne avec les progrès fulgurants de l’artillerie à poudre. Dès lors les structures évoluèrent de manière spectaculaire, faisant apparaître toute une série de nouveaux ouvrages destinés à renforcer les parties les plus vulnérables de loin. Les tours Raoul et Surienne du château de Fougères, édifiées dans le courant des années 1480 sous l'autorité du duc François II, s’érigent en véritables merveilles d’adaptation à l’usage du canon : des constructions de type « fer à cheval », comme à Nantes, Clisson ou Dinan ; des murs d’une épaisseur exceptionnelle de 7 mètres à la base, une hauteur de 20 mètres affleurant au niveau de la courtine afin d’accentuer les effets de masse ; cinq étages surmontés d’une tourelle centrale et d’une vaste plateforme à canons ; nombreuses casemates aménagées dans les entrailles de la maçonnerie, débouchant par autant de petites embrasures évasées – signe de modernité ! – vers l’extérieur…



 Les tours Raoul et Surienne édifiées vers 1480.
  Des réalisations tout aussi impressionnantes que coûteuses qui, en définitive, s’avérèrent complètement inutiles face à l’énorme supériorité des forces françaises à compter du 9 juillet 1488, date à laquelle Fougères dut s’incliner une nouvelle fois devant le verdict des armes… en prélude à la terrible journée de Saint-Aubin-du-Cormier : une journée sans lendemain, placée sous les signes de la défaite et du démantèlement de l’Etat ducal… 


                                                                                                                                 René Cintré. 
   .    

                                           A suivre: La seconde vie du château de Fougères.

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jeudi 10 mai 2012

Le général FRANCOIS-RENE de POMMEREUL, amateur d'art


FRANCOIS-RENE de POMMEREUL,  esthète et mécène.




L'AMATEUR D'ART

           Si François-René de Pommereul a traduit plusieurs essais sur l'Art du critique italien Milizia, il a aussi exprimé ses propres conceptions ; adepte du néo-classicisme, il a préconisé l'édification de monuments publics pour familiariser la société avec l'art et il a voulu encourager la créativité des artistes principalement des graveurs : ses thèses sont exposées dans la seconde partie de l'ouvrage De l'art de voir dans les Beaux-Arts  : " Des institutions propres à encourager et perfectionner les Beaux-Arts en France "  p.233à 274, accessibles  en cliquant sur ce lien

      
          Pommereul a milité pour la création d'un musée public de gravure où seraient réunies les estampes des collections nationales et conservés les cuivres des graveurs ; il a voulu faciliter le commerce des épreuves de façon à soutenir la création des artistes, il est ainsi à l'origine de la CHALCOGRAPHIE du LOUVRE ou  Collection des estampes (1799) dont on peut voir l'historique en cliquant sur ce lien:


Gravure  d 'ex-libris (marque d'appartenance), d'inspiration néo- grecque ,
début XIX, Archives municipales de Fougères, fonds Pommereul.



UN GRAND BIBLIOPHILE

          Sa bibliothèque en partie conservée à la médiathèque de  Fougères allie la curiosité littéraire et scientifique à un goût d'esthète. L'exploration des lointains, le contact des civilisations proposent aux philosophes des Lumières une autre approche  du vrai et du beau :

Gravure de frontispice de Baquoy.
Description géographique de l'Empire de la Chine et de la
Tartarie Chinoise, par le père du Halde.
 Fonds  ancien, Médiathèque de Fougères.


       Ses collections offrent un reflet de sa culture  humaniste et encyclopédique. Elle est riche de milliers d'ouvrages qui couvrent les débuts de l'imprimerie et les trois siècles suivants : oeuvres de la littérature latine, premières éditions d'oeuvres littéraires, ouvrages artistiques, historiques et scientifiques, récits de voyages... Ces volumes  souvent parés de reliures de cuir somptueuses et de gravures d'artistes renommés sont à eux seuls des oeuvres d'art.



 Reliure Mosaïque luxueuse, fin XVIIIè . Voyage de La Pérouse autour du Monde.
 Paris, 1797. Médiathèque de Fougères, fonds patrimonial,12 B.


       En 1838, le général Gilbert de Pommereul (1774-1860) a fait don à la ville de Fougères de sa bibliothèque personnelle héritée de son père, soit 5 000 ouvrages du XVè au XVIIIè siècle et  une collection de très belles gravures;il a  ainsi permis la création d’une bibliothèque municipale. La rue Pommereul qui longe l'ancienne bibliothèque et s'ouvre à proximité de l'hôtel Bertin (aujourd'hui presbytère Saint-Léonard) - où Gilbert de Pommereul a accueilli son ami  Honoré de Balzac - perpétue le souvenir de cette illustre famille.


Ex-libris du général baron François de Pommereul, gravé en taille-douce, style rocaille,figurant les armes du propriétaire: la feuille de fougère,
 le rempart crénelé, le canon et la plume.
Recueil de pièces servans à l'histoire de Henry III ..,1662. Médiathèque de Fougères 60A.
                                                                              Texte et clichés: Jean-Paul Gallais.
                                                                              Images protégées

 Ressources documentaires:
- Archives de Fougères, fonds Pommereul.
-Quelques biographies du XIXè, souvent partisanes...et incomplètes,
-  Encyclopédie wikipedia.
- Des éclairages brefs mais différents  dans ces publications:
     Revue "Le Pays de Fougères",article de Daniel Heudré, n. 141,1999.
     Docteur Poirier" Hauts lieux réputés au Pays de Fougères", 1983
     Depasse François, Fougères et ses environs ,Bastion,rééd. 1986.