Affichage des articles dont le libellé est apôtres et fous de Dieu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est apôtres et fous de Dieu. Afficher tous les articles

samedi 10 novembre 2012

LES 439 MISSIONS DE JULIEN MAUNOIR

JULIEN MAUNOIR,
LE CHAMPION DE LA CONVERSION




Julien Maunoir prêche la mission à Plévin, église de Plévin,
Atelier G.Léglise,1926.
 
   L'ENVOI  EN MISSION



      Après une année de probation(1640) à Rouen pendant laquelle  il assure déjà plusieurs missions, Julien Maunoir est affecté à Quimper, alors que le Canada, nouvelle terre à évangéliser, semblait la destination  la plus probable. Cette nomination est conforme à ses souhaits car il avait fait le voeu d'évangéliser la Bretagne, après avoir été miraculeusement guéri de la gangrène en 1637. Cette  conviction d'avoir été un "miraculé" a pu renforcer sa vision de l'action divine dans le destin des croyants : dans ses rapports de missions, Julien Maunoir voit des miracles partout... Il  avait aussi promis à Michel Le Nobletz, prédicateur breton passionné, de continuer son oeuvre de reprise en main. L'implantation du catholicisme en Bretagne  est très forte : les saints bretons ont combattu le paganisme et, au cours des  siècles précédents, saint Vincent Ferrier (XVe) et les frères prêcheurs ont beaucoup semé  mais l'ignorance, les superstitions et les pratiques occultes ont reconquis l'espace. Ce sont les cibles de Julien Maunoir.

      C'est alors le début de 43 années de pérégrinations incessantes qui le conduisent à  parcourir les évêchés  bretons, à instruire et convertir les villes, les îles, les paroisses rurales, les prisons... et à revenir consolider l'édifice. Chaque année,  il assure  entre huit et dix missions, en fonction des distances, or la mission dure  trois ou quatre semaines. De cet infatigable apostolat, de cette énergie presque supranaturelle, les cahiers (1631-1650) du Journal  latin des  missions, rédigé par le Père Maunoir et destiné au supérieur général des Jésuites rendent bien compte, même si la version intégrale  n'existe plus.

     Julien Maunoir part sur les chemins avec, dans les premières années,  le père Bernard qui, à 56 ans, apprend un peu de breton et accepte l'aventure itinérante et des conditions de vie plus que spartiates.. Les missionnaires jésuites partaient évangéliser par groupes de deux ; au fil du temps, l'encadrement s'étoffe. La Basse-Bretagne est littéralement quadrillée.


  JULIEN MAUNOIR  AU PAYS DE FOUGERES


     La  Haute-Bretagne n'est pas oubliée : Julien Maunoir revient prêcher la mission à quatre reprises dans son pays natal à Saint-Georges-de-Reintembault  en 1648,1662,1666,1681. En 1648, il est aussi présent à Mellé, Monthault, Louvigné-du-Désert ; en 1661, on l'entend à La Chapelle-Janson, La Guerche-de-Bretagne, à la prison et à l'hôpital de Rennes. L'année 1662, il revient prêcher  à Saint-Georges et à Fougères. En 1666, on le revoit  à  Saint-Georges et à Fougères, il se rend aussi à La Boussac près de Dol ; il est à nouveau chez lui, à Saint-Georges, en 1681 et il assume  plusieurs missions près de Rennes.



Julien Maunoir,"An Tad Mad"(le bon Père) église de Plévin.
 


 DES MISSIONS DE CHOC

               Les missions sont un temps fort spirituel ; on y  fait apprendre la religion et c'est une nouveauté... Une part importante de  la population rurale bretonne  n'a jamais été scolarisée.
        Julien Maunoir a-t-il utilisé les cartes parcheminées ou tableaux peints, les "taolennou", conçus par Michel le Nobletz, illustrant de façon naïve les vertus et les vices et les chemins de Paradis? Ce n'est pas une certitude, bien que plusieurs représentations artistiques le montrent  tenant en main ou expliquant ces tableaux, par exemple le vitrail  de l'église de Mûr-de-Bretagne.  Toujours est-il qu'il n'en mentionne pas l'usage. 



 
 Cathédrale Saint Tugdual de Tréguier, vitrail de la Vigne Mystique (détail), oeuvre de Hubert de Sainte-Marie, Quintin,1968. Au centre de la composition, Saint Yves
 avec le fléau de la Justice et, à droite, le Bienheureux Maunoir,
présentant un "taolennou".
 
 
    Grande innovation : il institue la leçon de catéchisme   incluant la récitation de prières et de chants : lui-même a rédigé en 1659 un catéchisme en breton très simple, avec les articles de foi essentiels et de nombreuses mises en garde contre le démon, thème obsessionnel.


 
      Et surtout Julien Maunoir  est le spécialiste du cantique : plusieurs livrets de cantiques publiés à partir de 1641 ont connu  un vrai succès. Certains s'inspirent de  mélodies populaires. Il  s'étonne d'ailleurs dans son Journal  de l'engouement qu' ils suscitent dès les premières missions et de leur efficacité pédagogique, ainsi sur l'île  d'Ouessant en 1641 : " Nous nous mettons à chanter en vers bretons des cantiques qui renfermaient  notre enseignement. Sur terre et sur mer, tout le monde fut charmé de cette nouveauté..."


  LA FORCE DU VERBE ET LA CHASSE AUX SORCIERS


      Autre moment privilégié : la  prédication.  Les sermons ,  trois par jour, ressassent des thèmes favoris : les pièges du démon, la peur de la mort,si présente dans la culture bretonne, la damnation, les supplices de l'Enfer. Et il faut croire que notre missionnaire savait épouvanter et convaincre quand on imagine les effusions de larmes (Lannévez, 1642) et les milliers de confessions indiqués dans ses rapports.
   Julien Maunoir appelle constamment son auditoire au redressement des moeurs : il exige le respect des églises qui à l'époque servent, à l'occasion, de salles des fêtes et abritent beaucoup d'abus : beuveries, veillées dansantes, accouplements, déjections... Curieusement, les danses, partie intégrante de la culture locale, sont suspectes, complices du diable,d'autant plus que les jeunes les préfèrent aux  sermons fâcheux, comme à Saint-Mayeux (1646) ou à Plougastel-Daoulas. Les musiciens provocateurs sont maudits.
       Devant une telle stature et une telle aura, les démons  cessent de harceler leurs victimes et prennent  la fuite, c'est le grand leitmotiv du Journal, les jeteurs de sort sont démasqués, les sortilèges anéantis, les  sabbats  confondus, les rites superstitieux interdits. Julien Maunoir apparaît comme le spécialiste de l'exorcisme,  il pratique d'ailleurs le manuel des Inquisiteurs Le marteau des sorcières que lui a donné Michel Le Nobletz.
    Le temps de la mission, c'est toujours  une irruption du merveilleux :  apparitions célestes et miracles se produisent : les paralytiques marchent (Quimper,1643) les malades guérissent, les muets retrouvent la parole, les sourds entendent, les aveugles voient(Ouessant, 1641)...



 Miracle de Julien Maunoir, église de Plévin,
Atelier G. Léglise,1926



 
  JULIEN  MAUNOIR, LE GENIE DE LA MISE EN SCENE



       Chaque mission se termine en beauté : c'est la procession liturgique, toujours grandiose, spectaculaire, bien en phase avec la  spiritualité de l'émotion voulue par le Concile de Trente.
    Julien Maunoir décrit par le détail dans son Journal des missions quelques-unes de ses  trouvailles liturgiques : sur un fond de cantique " infernal" de son invention, deux anges juchés sur un théâtre interrogent un groupe de damnés  dissimulés dans les profondeurs sur les supplices qu'ils subissent et leurs remords sans fin... Des scènes d'épouvante dignes  des  fresques de l'Enfer de Kernascléden...





 
 
   Les processions costumées sont ouvertes par les arquebusiers ; suivent  les Patriarches, les Prophètes et les Sybilles, les Apôtres avec les insignes de leur martyre comme  les statues familières des porches des églises bretonnes, les  Docteurs de l'Eglise, parfois les martyrs, les saints bretons de nos villages ; des cohortes de jeunes femmes en robe blanche , portant le voile des novices, précèdent le clergé  qui porte  le Saint-Sacrement et conduit le peuple en marche...
 
     Tout au long du parcours, on représente des tableaux vivants inspirés des Mystères médiévaux et des Vies de Saints bretons : on joue  des scènes de l'Ancien Testament et de l'Evangile, l'Annonciation, l'Adoration des bergers et des Mages,  puis "s'avance la foule écarlate des Innocents avec leur mère en habits de deuil..." (Journal, année 1645)
   Et les stations de la Passion sont  revécues ; les acteurs  sont les habitants  mobilisés et entraînés par les prédicateurs, dont le nombre grossit, pendant deux ou trois semaines. La procession de clôture, c'est vraiment une appropriation physique et mentale du message dans une communion générale. Les acteurs  vivent leur rôle, s'effondrent comme le Christ, les filles de Jérusalem gémissent et pleurent et la foule en fait autant... (missions de 1645, Landerneau, Logona, Roscanvel, Bénodet...). Les enfants qui jouent  dans les stations donnent à leurs parents le désir de s'instruire et le pari spirituel est gagné!
 
      On accourt de loin pour voir, pour  trembler, pour prier et chanter  les cantiques en choeurs alternés, au milieu des oriflammes... Par une sorte d'élan communicatif, la mission et plus encore la procession déplacent toujours des milliers de fidèles : quand Julien Maunoir tente d'estimer le nombre de personnes touchées par son enseignement, les milliers s'envolent, les chiffres se mettent à danser...
 

 
   PERIPETIES DE MISSIONS



        Une telle conquête des paroisses et des coeurs ne  se  passe pas sans revers ; elle soulève parfois l'hostilité des recteurs, les railleries, la résistance organisée, les calomnies. Des esprits malveillants détournent les foules, font  passer les prédicateurs pour des  sorciers, les  accusent d'envoûter les enfants. Les cantiques fredonnés sur des airs populaires légers se retournent contre leurs auteurs,accusés de frivolité.L'interdiction des danses nocturnes inspire de nombreuses provocations : à Mur-de-Bretagne, des musiciens viennent sonner pendant le sermon et font danser la jeunesse dans l'église. La parade des jeunes filles à la procession finale fait scandale. Intrigues, guet-apens, tentative d'empoisonnement, rien n'arrête jamais l'élan du père Maunoir et des autres missionnaires... Mais une fois les prêcheurs partis et la mission finie, les anciennes pratiques, les superstitions, les faiblesses regagnent de l'espace : il faut toujours consolider, remmailler les filets , ce qui explique  ces missions à répétition en Basse-Bretagne  et le relais des  missionnaires lazaristes, très présents en Haute-Bretagne, secondés par les séculiers acquis à la cause.Quant à certaines contrées, elles restent  longtemps hostiles et fermées à la vague missionnaire. 
      Et puis l 'Histoire s'embrouille: à partir de 1675, les révoltes bretonnes éclatent , Papier Timbré et Bonnets Rouges, les villes   s'embrasent, le pouvoir est défié: la répression est impitoyable. Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, sollicite l'aide de Julien Maunoir pour  raisonner les consciences : ce sont les missions dites "militaires". Avait-on alors le choix?





     Le discours de Julien Maunoir peut paraître radical, presque manichéen,il s'inscrit dans  le courant de  la Réforme catholique au XVIIe  et traduit le souci  doctrinal et pastoral de l'Eglise, une volonté d'implantation missionnaire qui a  sublimé les énergies et fait des héros et des saints;  certes les  armes de la  conversion -la culpabilité, la crainte, la beauté des cérémonies, le merveilleux chrétien - qui visent un public simple et souvent démuni  passent pour  rudimentaires  mais la conscience de servir  et d'éléver les coeurs reste  exemplaire.
 
                                        Jean-Paul Gallais

                                                     Clichés: auteur.




  Sources:
       -   Eric Lebec, Miracles et sabbats, Journal du Père Maunoir.Missions en Bretagne,1631-1650, traduit  du latin par Anne-Sophie et Jérôme Cras,Paris,1997.

        - Alain Croix, L'âge d'or de la Bretagne 1532- 1675.  Editions Ouest-France               université,1993.

       - Fanch Morvannou, Julien Maunoir: missionnaire en  Bretagne, Tome I     éd. Auteur.


Autorisation de reproduction : Société d'Histoire et d'Archéologie 

 A suivre:III)Julien Maunoir à Fougères et à la Chapelle-Janson.

samedi 13 octobre 2012

JULIEN MAUNOIR ET LA RECONQUETE SPIRITUELLE DE LA BRETAGNE


Catégorie: Apôtres et "fous de Dieu"




 Julien Maunoir (1606-1683)
 entre Plévin et Quimper.





 
       Le nom de Julien Maunoir est bien connu dans le Pays de Fougères, son souvenir est  omniprésent à Saint-Georges-de-Reintembault : sa  maison est sanctuarisée, une chapelle de l'église paroissiale lui est dédiée, plusieurs institutions , collège, associations portent son nom. A Fougères,  l'église du Bienheureux Maunoir , un vitrail de l'église Saint-Léonard, une rue, une fresque de Louis Garin  conservent sa mémoire. Mais il  a  surtout marqué  la Bretagne de l'Ouest qu'il a maintes fois parcourue : Quimper, Saint-Pol-de-Léon, PLeyben, Tréguier...  A Plévin où il repose, il est encore  vénéré et la population l'honore de deux pardons annuels. La Bretagne reconnaît en lui l'un des grands apôtres de la  renaissance catholique voulue par le Concile de Trente. Par quelle magie entraînait-il les foules?







 Eglise de Plévin, Côtes d'Armor,dernière mission et
 dernière demeure de Julien Maunoir.



 

 
 

UN GRAND MISSIONNAIRE BRETON 

             

 
 
I- JEUNESSE ET FORMATION
 

          Jésuite, missionnaire infatigable,prédicateur de grande renommée, grammairien bretonnant, Julien Maunoir est né à Saint-Georges-de-Reintembault le 1er octobre 1606 dans une maison transformée en chapelle dès 1662. Ses parents, Isaac Maunoir et Gabrielle Deloris étaient, dit-on, « plus riches des dons de la piété que des biens de la fortune », élevant quelques vaches pour arrondir leur revenu de tisserands, vivant très modestement, ce qui ne les empêchait pas de se montrer d’une charité proverbiale.








   
                                           Maison natale de Julien Maunoir
                 et chapelle attenante,Saint-Georges-de-Reintembault.





 
       Les premiers biographes du Père Maunoir ont laissé, comme souvent dans la vie des saints, des histoires merveilleuses et  naïves destinées à frapper les esprits de l’époque mais transmises de génération en génération jusqu’à nos jours. Ainsi, on raconte qu’un jour le petit Julien, encore enveloppé dans ses langes, tomba des genoux de sa mère sur la pierre de l’âtre de la cheminée. La dalle de granit se faisant aussi molle qu’un oreiller de plumes se creusa doucement afin d’amortir le choc et garda même l’empreinte de la tête de l’enfant...
 

        Comme beaucoup d’enfants de son âge, le jeune Julien a gardé les vaches dans le voisinage du bourg. On dit encore qu'il confiait la garde des bêtes à Dieu et allait prier à l’église. La tradition locale ,prompte à décrypter les vocations précoces, rapporte qu'il dirigeait ses camarades en procession à  la "Croix du Lac" et qu'il les sermonnait déjà...Quoi qu’il en soit, le jeune garçon s'est fait remarquer très tôt par le recteur qui l'a initié au latin et envoyé au collège des Jésuites de Rennes récemment fondé en cette ville à la demande de l’évêque. Remarqué là aussi pour sa piété par le père Coton, ancien confesseur d’Henri IV, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus et est envoyé au célèbre collège de la Flèche  puis il enseigne  les humanités à Quimper (1630 -1633) où il rencontre un prédicateur passionné Michel Le Nobletz, son maître spirituel ; dès lors, il se met à apprendre le breton  avec  beaucoup de facilité . Certaines  fables disent qu'au cours d'un pèlerinage  à la chapelle de Ty-Mam-Doué en Kerfeunten près de Quimper  il avait reçu d'un ange le don  de la langue... Après quatre années de formation théologique, il est ordonné prêtre à  Bourges en 1637.


 
Fichier:Cathédrale Saint-Corentin de Quimper 2005 01.jpg
Le don miraculeux de la langue bretonne à Julien Maunoir
oeuvre de Yann'Dargent, cathédrale de Quimper.
 (cl. Michael Kranewitter,W.Commons)

                        Textes : Marcel Hodebert
                                            Jean-Paul Gallais
                                     

        











 
 



 

mardi 28 février 2012

ABBAYE DE SAVIGNY II: SAINT VITAL

SAINT VITAL DE MORTAIN, fondateur de l'abbaye de     SAVIGNY (1050-1122).



          La première " Vie du bienheureux  Vital " est une oeuvre en latin écrite par Etienne de Fougères,  ecclésiastique et poète auteur du "Livre des manières", chanoine de la collégiale Saint-Evroult de Mortain avant d'être évêque de Rennes  de 1168 à  1178 ; lui-même  fréquentait beaucoup Savigny . Sur l'encouragement de Jocelin, abbé du monastère de Savigny, il  a consenti à écrire la " Vita  beati Vitalis " sans déroger aux codes qu'implique le genre hagiographique destiné à édifier et porté au merveilleux. Il  s'est  appuyé  sur des témoignages oraux et  sur le  Rouleau mortuaire de saint Vital (1). La vie de saint Vital   et celle  des saints de Savigny ont  inspiré  beaucoup de biographes ; au XVIIIème, dom Claude Auvry,  prieur  de Savigny, a écrit une "Histoire de la Congrégation de Savigny" et compilé  plusieurs récits traditionnels sur saint Vital ; ce manuscrit original, par ailleurs imprimé, est  toujours conservé à la médiathèque de Fougères (Ms VII). Ces récits de vie greffés sur  Etienne de Fougères et sur le Rouleau mortuaire de saint Vital, relus, revisités  par Hippolyte Sauvage "Saint Vital et l'abbaye de Savigny "en 1895 et par de nombreux chercheurs plus récemment composent un  long palimpseste  d'où  les zones d'ombre n'ont pas totalement disparu.



 Eglise Saint-Léonard, Fougères: saint Bernard de Tiron, qui fut ermite  dans les forêts de Craon, Fougères et Savigny,  saint Vital en abbé - étonnamment jeune , Julien Maunoir et  saint Hamon, moine de  Savigny originaire de Saint-Etienne-en-Coglès. Ateliers Lorin,1959.


      Vital est né vers 1050 à Tierceville près de Bayeux  dans une famille noble de moyenne fortune ; en  raison de ses qualités intellectuelles et de ses dispositions  spirituelles, on l'envoie étudier à l'université de Liège. Remarqué pour sa piété, il a été pressenti pour la prêtrise par l'évêque de Bayeux, Odon de Conteville. Devenu prêtre, il est appelé par le comte Robert de Mortain qui souhaite en faire son chapelain, en même temps il est chanoine de la collégiale Saint-Evroult.

 LE CHOIX DE LA VIE EREMITIQUE

        En 1093 , après  plusieurs années passées à  la cour du comte de Mortain, Vital décide de quitter le monde et de distribuer ses biens pour se retirer en ermite  dans les rochers du Neufbourg,  près  de la cité .
       De là, il rejoint les ermites de la forêt de Craon, devenue le refuge de nombreux ascètes à tel point qu'on l'a appelée la "Thébaïde du Maine". Robert d'Arbrissel, futur fondateur des abbayes de la Roë et de Fontevraud y  rayonnait déjà par la richesse de sa prédication, de même Raoul de la Futaie, fondateur de l'abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt près de Rennes. Bernard d'Abbeville, plus connu sous le nom de Bernard de Tiron ne tarde pas à les rejoindre.

  L'EXIGENCE EVANGELIQUE A LA LETTRE

 Le ministère de la prédication: moine enseignant,
 maître-autel, église de Savigny.
        En 1095, le pape Urbain II décide la première croisade  en vue d'une reconquête de la Terre Sainte et demande à Robert d'Arbrissel de prêcher dans l'Ouest pour une véritable conversion et pour le succès de l'entreprise ; Robert d'Arbrissel est secondé par Vital dont les talents d'orateur sont connus ; prédicateur itinérant infatigable, il porte la bonne parole  jusqu'en Angleterre.
 D'après Dom Auvry, il a participé en 1102 au Concile de Londres  réuni par saint Anselme, archevêque de Cantorbéry dans le cadre de la réforme grégorienne : "pour rétablir la pureté des moeurs parmi les fidèles  et dans le clergé".   Son message est vivant, incisif et intransigeant : "il était incapable de déguiser la vérité ni par la crainte  ni par la faveur des puissants" écrit Dom  Claude Auvry.

   A son retour, il souhaite s'isoler dans la forêt de Fougères et s'impose un mode de vie très austère. Son aura attire  d'autres ermites : parmi eux se trouve  Bernard de Tiron  qui  choisit le site  depuis lors appelé le " Chênedet" et lui-aussi est suivi de nombreux  adeptes. Le  comte de Fougères, Raoul Ier, craignant pour la tranquillité de ses terrains de chasse favoris, demande  à Vital de  s'installer avec sa petite communauté  d'ascètes sur  une partie de ses possessions de la forêt de Savigny.

 Eglise du Neufbourg près de Mortain : saint Vital et sainte Adeline font l'offrande de leur fondation.

 Entre-temps, Vital aurait fondé en 1105 le monastère de la Sainte Trinité au Neufbourg avec l'aide de sa parente Adeline.  Au cours de ces années, il   implante  un ermitage à Dompierre  en Mantilly dans l'Orne, non loin de Savigny . Plusieurs moines le suivent dans ce vallon retiré de la  forêt de Passais où sinue  une petite rivière, la Colmont. Cet ermitage devient le prieuré de Dompierre en 1119,   quand  le roi d'Angleterre Henri 1er  Beauclerc lui octroie quelques terres.



       








                             
                                   Mantilly : état actuel  de l'ancien prieuré de Dompierre (propriété privée)
        décrit dans l'ouvrage d'Hippolyte Sauvage Saint Vital et l'abbaye de Savigny consultable sur le site de la BNF p.42 en ouvrant le lien qui suit:


           Voilà qu'en 1106 un conflit oppose deux fils de Guillaume le Conquérant : Robert Courteheuse, duc de Normandie et Henri Beauclerc, roi d'Angleterre: Vital s'interpose en vain, il ne peut empêcher la bataille de Tinchebray et, comme il se trouve lié aux  comtes de Mortain, les grands perdants, les  terres attachées à la fondation de la Trinité du Neufbourg lui  sont confisquées.

 L A FONDATION DE L'ABBAYE DE SAVIGNY

 

        Vers 1108, Vital crée un ermitage dans la forêt de Savigny, il est entouré d'une communauté d'ascètes ; la même année,  Bernard de Tiron quitte son ermitage de "Chênedet"  et se dirige vers la forêt de Savigny où il retrouve  Vital et les siens, pour peu de temps car  Bernard s'en va fonder son abbaye à Tiron, près de Nogent-le-Rotrou.
 C'est en 1112 que  le comte de Fougères  Raoul Ier   octroie officiellement   la forêt de Savigny à Vital qui lui en a fait la demande, cette donation est confirmée  par  le duc de Normandie, roi d'Angleterre, Henri Ier Beauclerc en mars 1113. 
 La communauté s'organise et s'agrandit , on construit une première église de bois; Vital   donne à  cette communauté la règle de saint Benoît. A quelques centaines de mètres,  au lieu-dit "la Prise aux Nonnes", on  pose les bases d'une communauté des femmes, à l'image des abbayes doubles fondées par Robert d'Arbrissel.
 Vital mène de front sa fondation et son apostolat: il n'a pas renoncé au ministère de la parole et, en 1119,  il aurait encore participé au concile de Reims .
  Il s'éteint  au prieuré de Dompierre en 1122, pendant l'office. 
 
  Eglise de Savigny-le -Vieux: cénotaphe de saint Vital ( XVII ème ).  L'inscription latine mentionne un miracle
de saint Vital:la résurrection d'un soldat.


 (1): Le Rouleau mortuaire ou obituaire de saint Vital est  constitué de quinze feuilles de  parchemin cousues (9m50x22.5cm) sur lequel on a écrit l'éloge  du fondateur défunt et qui a  voyagé d'une abbaye à l'autre, selon la tradition  de l'époque. Chacune y ajoutait  son hommage et ses prières.

                       Texte et photos : Jean-Paul Gallais.