vendredi 1 février 2013

FALLAIT-IL RASER LES URBANISTES?


LE COUVENT DES URBANISTES

 aujourd'hui CENTRE CULTUREL













RETROSPECTIVE






     Le Couvent des Urbanistes a été construit entre 1680 et 1689 pour les religieuses Clarisses arrivées à Fougères dès 1633. Cet ordre mendiant avait été crée en 1213 par sainte Claire, sœur de François d’Assise, lui-même fondateur de l’ordre des Frères mineurs ou franciscains.

      Les Clarisses dites Urbanistes avaient obtenu en 1263 du Pape Urbain IV un allègement de la Règle leur permettant de posséder des biens en commun et d’avoir des revenus réguliers pour assurer leur subsistance.

      Installées d’abord dans une maison de Bonabry en 1633 avec l'agrément du Pape Urbain VIII (bulle du 29-11-1634), puis au Clos-Morel sur le site de la Retraite, les Urbanistes, dites aussi les « Dames Sainte-Claire »,font édifier leur couvent dans un champ situé en la paroisse de Laignelet, nommé « le Champ aux Belles Femmes »,cédé par M. Le Jeune, sieur de la Tendrais en Parigné, dont la fille était religieuse.

       Les Urbanistes se recrutaient dans les familles de la bonne bourgeoisie et de la noblesse. Les filles d’origine plus modeste étaient admises comme sœurs converses et assuraient les tâches ménagères. Parmi elles, Jeanne Le Royer (1731-1798) dite Sœur de la Nativité, originaire de La Chapelle-Janson, s'est singularisée par son mysticisme et sa prescience de l'avenir ; ses visions et ses prophéties ont été rapportées par le Père Genest, alors chapelain des Urbanistes.

     Le 27 septembre 1792, les religieuses furent expulsées du couvent par les autorités révolutionnaires.




UNE ARCHITECTURE CLASSIQUE


Le chevet de la chapelle et le logis de l'abbesse.(cl. Archives municipales, Fougères)

   L'ensemble présente une remarquable unité et une sobriété très classique. L'édifice élevé sur deux étages est rythmé par des lucarnes aux frontons triangulaires et curvilignes alternés. Le cloître est éclairé par neuf arcades surbaissées sauf sur l'aile-Est, inachevée.
    Au centre de la façade-Sud, s'ouvrent deux portes cintrées superposées, correspondant au rez-de-chaussée et à l'étage ; elles sont disposées dans un discret avant-corps de granit appareillé et soulignées par un beau jeu d'arcatures ; le couronnement de cette entrée monumentale porte un médaillon martelé cerné par une ceinture de sainte Claire.



Poinçon de charpente d'époque, Ecole de dessin.

LES CANTONNEMENTS MILITAIRES


    Pendant la période révolutionnaire, le couvent des Urbanistes échappe à la vente comme bien national, il est mis à la disposition de la ville pour y loger les nombreuses troupes de passage, envoyées pour rétablir l'ordre et pacifier le pays.

    Jusqu’en 1815, le couvent reçoit des cantonnements de troupes de passage qui commettent de nombreuses dégradations. Pour comble de malheur, cette même année, un ouragan détruit 150 m² de toitures et les troupes prussiennes d’occupation marquent leur passage.

    Un rapport de l’autorité militaire, en 1816, précise que la caserne est « dans un état de délabrement qui la rend absolument inhabitable » . Des travaux s’imposent si la municipalité veut obtenir, comme elle l’a maintes fois demandé, l’implantation d’un régiment à Fougères. Elle fait alors réaliser, entre 1816 et 1818, les réparations nécessaires et, en 1821, un régiment de Chasseurs arrive aux Urbanistes. La Ville met à sa disposition une pièce de terre pour lui servir de champ de manœuvres.

     Aux Urbanistes, se succèdent ensuite plusieurs compagnies d’Artilllerie, des régiments du Génie et de Cavalerie jusqu'au milieu du XIXe.



       LE TRAIN DES EQUIPAGES


    Le 12 avril 1874, Fougères est choisie comme ville de garnison pour les troupes du Train des Equipages, régiment de cavalerie légère du 10èmeCorps d’Armée. Ce régiment restera à Fougères jusqu’à la Guerre de 1914-1918, écrivant, 40 années durant, une page d’histoire de la ville.

    Pour le dépôt du matériel, la Ville achète un terrain de deux hectares au Chêne Vert, lieu encore connu sous le nom de « l’Annexe » où s’élèvent diverses constructions dont il ne reste plus aujourd’hui que le grand bâtiment administratif réhabilité en logements et un des deux petits pavillons de l’entrée. Pour mémoire, en 1921, l'abbé Bridel loue à l'Armée les locaux désaffectés des granges à matériel et à fourrage pour y installer la nouvelle Cristallerie, près du Chêne-Vert.

   Les« Tringlots » comme les appelaient familièrement les Fougerais font partie intégrante de la vie de la cité. Les cavaliers sillonnent la ville et la campagne environnante et participent aux manifestations festives ou aux opérations de maintien de l’ordre public, comme au moment des Inventaires des églises en 1906. La rue de la Caserne est constamment encombrée par les allées et venues des militaires, des chariots de la caserne, les approvisionnements de fourrage… Les permissions de militaires font grand bruit dans les parages... Puis les « Tringlots » laissent la place aux gardes mobiles qui occupent la caserne des Urbanistes de 1924 à 1940.





Le vaisseau de la chapelle des religieuses a été coupé en deux par un plancher, la pièce inférieure servait d’écurie, la pièce supérieure de logement. Les anciennes verrières ont été murées, d’autres fenêtres ont été ouvertes, le clocher a disparu.(Archives municipales, Fougères).








Un appentis crépi à chaux s'est appuyé sur le logis abbatial à droite ; au cours de la restauration, on a reconstruit la quatrième travée, beaucoup plus heureuse.




Certaines arcades du cloître ont été fermées par un mur pour servir d'écuries.




Bonheur estival.(Archives municipales,Fougères)







Après la Seconde Guerre mondiale, la Ville, très éprouvée par les bombardements alliés de 1944, revendique en 1949 la propriété de la caserne des Urbanistes afin d’y loger des réfugiés et des personnes sans-toits. Elle s’en porte acquéreur en 1957 mais n’en prend possession qu’en 1959. En 1961, elle cède gratuitement l’ancien couvent à l’Office public d’H.L.M. qui élève bientôt sur le site plusieurs immeubles.






En 1965, le couvent-caserne est complétement défiguré et délabré : la municipalité décide de le démolir pour libérer l'espace. Mobilisés par Albert Bourgeois, pharmacien et conseiller municipal, quelques Fougerais s'opposent à sa démolition ; leur cause est entendue par le Ministre de la Culture, André Malraux qui, le 15 juillet 1965,interdit in extremis la destruction du couvent.



 Ouest-France.Archives municipales de Fougères.





Plusieurs projets de remise en état sont abandonnés. Enfin la restauration complète est décidée en 1971 par la municipalité M. Cointat ; orchestrée par Raymond Cornon, architecte des Monuments Historiques, elle s'étale sur 15 ans. En 1986, les Fougerais découvrent un édifice dont ils ne soupçonnaient pas le prestige...




Vitraux de la chapelle, oeuvre de l'atelier Job Guével, composition sur le thème de la forêt
 sur dessin de l'artiste Maria Vieira Da Silva.Paysagisme abstrait.


     Dès 1978, l’Ecole de Musique prend possession de ses nouveaux locaux, bientôt rejointe par l’Ecole de Dessin et la galerie d'Art Contemporain Arcade qui y accueille les artistes jusqu'en 2009.

    A la fin de l'année 2004, les H.L.M. qui masquent le monument sont démolis et les Urbanistes s'intègrent pleinement au patrimoine architectural de Fougères.





 Phase finale de la démolition des HLM, Archives municipales de Fougères.





     
L'esplanade libérée devant la façade Ouest.( Archives de Fougères)


La plupart des photographies du régiment de Cavalerie, ont été acquises en 2005 par la Ville de Fougères qui les a achetées à un photographe rennais M. Rapilliard; lui-même les avait négociées sur un marché sans savoir de quelle caserne il s'agissait . Ses investigations l'ont conduit par hasard à Fougères où l'archiviste Marcel Hodebert les a identifiées . Les négatifs ont été pris à l’intérieur même de la caserne par un photographe militaire. Cette collection de 67 plaques de verre, totalement inédites, date des années 1890-1910,elle donne une image volontairement détendue , parfois cocasse de la vie militaire et elle est un peu la mémoire de cet espace.


 
Textes: - Marcel Hodebert
            - Jean-Paul Gallais.

Mise en oeuvre de l'exposition aux Ateliers:
             - Jean Hérisset
             -service des Archives municipales.









samedi 5 janvier 2013

L'OPPIDUM DU POULAILLER,SITE GAULOIS en forêt de Fougères ?






 Levée de terre de l'Oppidum  du Poulailler.(cliché JPG.)







L’OPPIDUM du POULAILLER : une agglomération gauloise ?


Le nom est quelque peu énigmatique, si la référence à un site de défense, voire militaire, un oppidum, est claire, son nom, le Poulailler interpelle. Que peut bien cacher cette désignation ? Et que révèle une visite sur place ?


Un site étendu et protégé


Situé sur la commune de Landéan, non loin de la ville de Fougères, l’oppidum du Poulailler domine cette partie de la forêt, il est en effet situé à des hauteurs proches de 130-140 mètres.Il est protégé de manière naturelle par deux escarpements au pied desquels coulent deux cours d’eau, à l’ouest le Nançon et à l’est le Ruisseau de Grande Rivière. Les flancs nord et sud ont été barrés par des structures talutées.





Plan de l'Oppidum du Poulailler,(cl.J.Bachelier 2010).








Au nord a été édifié un double rempart de terre, doté d’un large fossé creusé entre les deux talus ; quant au flanc sud, il n’est défendu que par une unique levée de terre. M. Wheeler signale l’existence de deux portes, la première au  nord et une seconde au sud. Il faut peut-être imaginer des entrées monumentales, on devine la trace de la porte méridionale dans un fatras de terre et de pierres formant un vaste monticule.

En de nombreux points, il est possible d’observer des talus, dont les hauteurs varient. Sur les flancs protégés de manière naturelle, la levée de terre ne dépasse que rarement un mètre, par contre, là où la pente est faible, dans les zones exposées, le talus peut atteindre trois, voire quatre mètres de haut, particulièrement au nord de l’oppidum. Bien qu’il n’y ait eu aucune fouille, la structure interne de certaines sections du talus peut s’observer lorsqu’un chemin forestier est venu le couper. Ainsi, au milieu de la terre, on distingue nettement des pierres, qui avaient très certainement vocation à renforcer la solidité de l’ensemble . La surface enclose est d’environ 25 hectares.





Structure interne d'un talus oriental, fait de terre et de bois (cl. J. Bachelier, 2007).


Le site dans son contexte


Aujourd’hui recouvert par la forêt, l’oppidum se trouvait dans un tout autre contexte au moment de son utilisation. Il faut imaginer que cette partie des bois était dépourvue d’arbres, la construction de la forteresse, de ses talus, de ses portes, mais aussi des habitations à l’intérieur a très certainement conduit à un défrichement important tout autour.

De plus, le Poulailler se situait à proximité du croisement probable de trois voies antiques, dont celle menant de Rennes à Bayeux. Une voie a d’ailleurs été fossilisée sous le couvert forestier actuel, au nord de Chênedet. Certes sa structure fait penser à une voie romaine, mais l’on sait qu’une partie du réseau routier était en place avant leur arrivée.

L’absence de fouille n’a pas empêché des découvertes ponctuelles, pour mémoire, on rappellera, sans pouvoir être plus précis sur le lieu de sa mise au jour qu’un trésor monétaire de 34 monnaies gauloises a été trouvé en 1935, près de Fougères. À proximité de l’oppidum, en Saint-Germain-en-Coglès, au lieu-dit Mont-Baron, près des Courbes, ce sont près de « 200 haches à douille, avec des moules, lingots de métal, scories, cendres » qui furent découverts en 1871, un tel ensemble fait penser à un atelier de bronzier.

Enfin, sous le couvert forestier actuel, nombre de talus et de fossés ressemblent à des enclos de fermes gauloises, certes en l’absence de fouille rien n’est certain, mais il ne serait pas étonnant qu’il y ait eu des exploitations autour de l’oppidum, rappelons que la forêt n’existait pas !


Un oppidum ?


Jules César a qualifié d’oppidum certaines des agglomérations gauloises qu’il rencontra lors de la conquête de la Gaule, il fut particulièrement impressionné par les fortifications et il a décrit le fameux murus gallicus, ou mur gaulois, talus de terre, renforcé par des poutres de bois et des assises de pierres. Le Poulailler pourrait-il être un oppidum ?

Son nom, son étendue, la présence de pierre dans les talus, l’existence de sites et de  voies contemporains de l’époque celtique... plusieurs indices concorderaient pour faire de l’oppidum du Poulailler une agglomération gauloise. Pour certains il s’agirait du camp général bâti par le peuple celte qui occupait à peu près l’actuel département de l’Ille-et-Vilaine, les Riedones. Ces derniers participèrent aux révoltes contre les Romains en 57 et 52 av. J.-C., mais la victoire de ces derniers aurait rendu le camp inutile, ce qui expliquerait pourquoi l’enceinte talutée ne couvre pas tout le site. Pour d’autres il s’agirait d’un refuge pour une partie des Riedones. Dans ces deux hypothèses, le caractère défensif du site est privilégié.

Mais l’on peut aussi estimer que l’oppidum était un centre de pouvoir, dominant les campagnes, les fermes que l’on devine tout autour étaient connectées à l’agglomération, formant un réseau d’approvisionnement. Les routes, même si toutes ne remontent pas à l’époque gauloise, permettaient à ce centre d’être relié aux autres oppida de l’Ouest, ainsi qu’aux fermes aristocratiques, ou non, qui parsemaient les campagnes. La présence de richesses naturelles dans le sous-sol de l’actuelle forêt était probablement sous le contrôle du groupe vivant à l’intérieur des remparts. L’atelier de bronzier doit se comprendre dans cette logique, certains auteurs évoquent aussi des sites aurifères.

Enfin, on rappellera qu’à l’heure actuelle, l’oppidum du Poulailler reste l’une des rares agglomérations connues du territoire des Riedones avec l’oppidum d’Orange en Vieux-Vy-sur-Couesnon. Pour le reste, il n’y a rien de sûr, quelques sites dits en éperons barrés dominent des cours d’eau et les littoraux, mais là aussi il n’y a pas eu de fouilles. Quant à Rennes, l’antique Condate, la cité semble bel et bien une fondation ex nihilo. Par comparaison avec d’autres régions, il serait tentant de faire du Poulailler, le centre d’un pagus gaulois, c’est-à-dire un petit territoire, une subdivision au sein du territoire riedon.




Les centres gaulois en Haute-Bretagne (J. Bachelier,2011-2012).









 Croix du Fouteau.

On soulignera enfin la proximité d’un toponyme énigmatique : la Croix du Fouteau. Son nom est dérivé du latin fagus, hêtre, arbre vénéré dans la religion celte, il existe des exemples jusque dans les Pyrénées. Il y avait peut-être un lieu de culte, un sanctuaire à proximité de l’oppidum qui fut christianisé par la suite. É. Pautrel a rapporté les croyances attachées à ce lieu : le hêtre avait pour vertu de guérir des fièvres, pour être soigné, il fallait tracer une croix sur l’écorce, puis faire le tour de l’arbre en balayant le sol avec une branche de houx et se prosterner devant... tout ceci est bien peu chrétien !




   Le Poulailler aurait donc eu un caractère défensif certes, mais peut-être aussi artisanal (monnaies ? et atelier) et religieux. L’enceinte talutée ne serait plus seulement un rempart, l’explication ne se limiterait plus à des considérations militaires et/ou défensives, mais elle manifesterait une délimitation à caractère urbain. L’oppidum du Poulailler pourrait être d’une certaine manière une place centrale aujourd’hui couverte par les bois.

 Enceinte talutée du Poulailler.(cl.JPG)



L’oppidum du Poulailler reste encore un site mystérieux qui peut, par comparaison, être rattaché à l’époque de la Tène tardive, vers 100 av. J.-C. Son caractère urbain doit être envisagé, même s’il faut souligner le poids des hypothèses dans les lignes qui précèdent. L'édifice, classé au titre des monuments historiques en 1970, mériterait des fouilles, au moins des sondages archéologiques.



                             Julien Bachelier




jeudi 20 décembre 2012

LE TRESOR DE SAINT-MARC-LE-BLANC au Musée des Thermes de Cluny

                         UN   TRESOR  ENIGMATIQUE        

 
 
 
 


 Trésor de Saint-Marc-le-Blanc. Musée National des Thermes de Cluny.
(Clichés:J.M. Gallais.)



        Comme dans  la légende...

       En 1854, un agriculteur du village de la Maison Neuve, en Saint-Marc-le-Blanc, près de Saint-Brice-en-Coglès, fait une découverte originale dans une haie : un vase d'argile renfermant plusieurs pièces d'orfèvrerie celte : bracelets, anneaux, bagues en or et quelques lingots.


 Bracelet lisse, à  quadruple révolution,185gr. âge du Fer.


 
 
        Certains  bijoux ont disparu mais neuf sont exposés au Musée National du Moyen Age, dans les Thermes de Cluny (Paris Vè) et, comme bon nombre d'objets de cette période, ils gardent une bonne part de leur mystère. Ils voisinent avec une chaîne en or découverte en 1843 dans le tumulus funéraire d'un prince-guerrier en forêt de Carnoët, près de Quimperlé, et avec une parure torsadée, plus ancienne que celle de Saint-Marc-le-Blanc, trouvée à Cesson.  


       Si  les anneaux appartiennent à la période du Bronze final (vers 1200-800 av. JC), les autres parures semblent remonter au VIè siècle avant notre ère. Les plus anciennes présentent un dessin simple, tandis que les dernières sont souvent torsadées, ornées de filets guillochés, plus affinées. Les archéologues y ont vu des analogies avec les objets d'orfèvrerie de la même époque fabriqués au nord-ouest de la Péninsule Ibérique (Galice, Asturies...)
    Leur présence à Saint-Marc -le-Blanc pose la question de leur origine: l' idée de l'existence d'ateliers bronziers à Saint-Marc est acceptée:  près du lieu-dit le Plessis,  on a découvert en 1861  des fragments d'armes,de haches de bronze,de glaives, des  pièces de moule,des scories de charbon.... L'archéologue Danjou de la Garenne  a fait  le même  constat, sur le site de Mont-Baron, à l'orée de la forêt de Fougères en Saint-Germain-en -Coglès où il a relevé en 1871 une centaine de petites haches de bronze,  une pièce de moule, des scories métalliques, des traces de charbon. L'existence d'un travail de l'or sur place, où le métal faisait défaut , n'est pas encore fondée. 


     
 


 
                      Collier à triple torsade, âge du Fer, et bracelet
                                             ouvré de chevrons.
 
 
 
    Ces créations nous disent la maîtrise des arts du feu chez les Celtes, pratique magique en connivence avec la nature, captation des énergies secrètes de la Terre. Elles parlent un langage dont nous n'avons pas les clés, bien que de nombreuses tentatives de lecture aient été ébauchées, notamment à partir des quatre cônes de l'âge du Bronze, comme celui d'Aventon (musée de Saint-Germain-en Laye) et celui de Berlin.
    Déposées dans la nature, loin des sites d'exploitation ou des sépultures, ces oeuvres  ont pu s'inscrire dans un rituel d'offrande et de conciliation. Marques d'un savoir-faire relié à l'absolu, elles ont gardé, au delà des siècles, leur charge d'immatérialité.




 Torsade découverte à Cesson, début du Bronze final.

 
        Si travaillés qu'ils soient et si exceptionnelle qu'ait été leur découverte fortuite, ces objets n'égalent pas le raffinement de la tasse en or de Paimpont (1880), décorée d'une frise de canards très stylisés et de motifs en spirale sans doute solaires (vers 1250 av), déposée au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, visible d'un clic sur ce lien: 

                            
                                               Jean-Paul Gallais
       Droits réservés, Société d' Archéologie
 
      Clichés: J-M .Gallais. DR.
               
     Sources et bibliographie :
              - Musée national du Moyen Age, Thermes de Cluny, Ed 2003.          
             - Musée  des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye, éd.2004.



             - Eluère Christiane, L'art des Celtes, Cit.et Mazenod, 2004.
             - Duval Paul-Marie, Les Celtes, Gallimard, l'Univers des Formes,2009.
             - Bulletin Société Achéologique d'Ille-et-Vilaine, IX et XIII.







            




















 
                   

 

 



 
 

samedi 1 décembre 2012

UNE FERME GAULOISE A ST-SAUVEUR -DES-LANDES,SITE de PLAISANCE





 

 
A Plaisance en St-Sauveur-des-Landes :
un site gaulois
(IIIème siècle à Ier siècle avant J.C.)
 

 

     De juillet à novembre 2012, l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) a réalisé un important chantier de fouilles dans la ZAC de Plaisance. Au plus fort de l'activité, 17 archéologues ont été présents.


Une partie du champ de fouilles préventives de Plaisance.
 
 

        Des premiers sondages avaient identifié un site gaulois, une occupation médiévale et la présence d'un cours d'eau avec passage à gué. Conformément à la loi, Fougères Communauté, porteur du projet d'aménagement a pris en charge les coûts du chantier de fouilles qui représente 2,5 hectares, sur les 32 hectares de la zone.

 
     Plaisance est un lieu très humide, à moins d'un mètre de la nappe phréatique. Malgré cela et disséminés sur le site, plusieurs puits ont été mis à jours. Il s'agit de trous d'1,50 m de profondeur avec présence de quelques pierres servant de margelle pour faciliter le puisage.

 Excavations à fleur d'eau ( cliché V. Lotton ).


 
     Le choix du site reste une énigme : pourquoi des hommes se sont installés ici, en un lieu aussi détrempé, aussi inhospitalier ?
 
      Des suppositions peuvent être échafaudées dans toutes les directions : pisciculture, céréales, chanvre, élevage et tannage des peaux  … ? Tout peut donc être imaginé, mais seules les traces, les indices, les preuves matérielles sont prises en compte.

    Si l'humidité du sol a permis la conservation de bois et poteries, l'acidité de l'arène granitique a fait disparaître toute trace de métaux ou ossements. Les éléments recueillis permettent de situer la présence humaine pendant trois siècles, soit entre le 2ème siècle et le 1er siècle avant J-C. La fin d'une époque marquée par l'arrivée des Romains (au milieu du 1er siècle). Cette romanisation s'accompagne d'une réorganisation spatiale avec éradication du maillage gaulois. Les fermes gauloises, nombreuses dans la région, sont alors été désertées.




     

 
 
 Détail (cliché P. Bouyer.)

Mme Sicard, archéologue
 de l'INRAP responsable 
 du  chantier, présente la sole d'un four à pain.
(cliché V. Lotton.)




                                  
                  
 
     Un premier décapage a mis à jour un plan simplifié : plan quadrangulaire de ferme gauloise avec façades rectilignes et entouré de fossés dont les plus grands font 3 mètres de large pour 2 mètres de profondeur et sont bordés de talus. Il existe également un réseau secondaire de fossés moins profonds. Ces deux enclos concentriques délimitent un espace d'une surface d'un hectare et demi, ce qui est très supérieur aux enclos des fermes de cette époque dont la surface est de 3000 à 5000 m². L'enclos est parcouru de nombreux fossés secondaires créés pour assainir le lieu.

 

   A l'intérieur de cet enclos les fondations de l'habitation ont été mises à jour. La maison est importante également : 60 m² sachant qu'habituellement on est plus sur une surface de 30 m². Les traces de bois permettent également de penser que la maison disposait d'un étage et les murs faits de planches et aux angles arrondis, dont la partie basse était enterrée dans une tranchée. Cette maison pouvait être occupée par une famille élargie : la famille nucléaire ainsi que les grands parents et d'autres personnes, soit dix à vingt personnes.
 


 Charpente fictive permettant de visualiser la surface de la maison (cl. Pierre Bouyer)
 

      Dans l'enclos, il existe également des bâtiments annexes ou des activités étaient pratiquées : métallurgie, céramique. La ferme vivait en semi autarcie. Il existait pourtant des échanges avec l'extérieur, pour preuve un morceau d'amphore provenant du sud de la France. Localement, la poterie fabriquée était à destination de la cuisine ou du stockage des céréales.

      Les quelques scories de fer retrouvées permettent de penser qu'il y avait une petite pratique métallurgique : réparation d'outils ou ferrage de chevaux ?
     La découverte de nombreux lieux de stockage de céréales greniers et silos confirme bien la culture de céréales (blé, orge, épeautre), source de l'alimentation. Les silos des trous creusés dans le sol et tapissés intérieurement d'argile. Ils permettent de conserver des céréales d'une saison à l'autre, soit pour l'alimentation, soit pour les semailles.L'alimentation à base de céréales est attestée par la présence de nombreuses meules rotatives ou va-et-vient. La transition de la meule va-et-vient à la meule rotative s'effectue au 2ème siècle av JC.
 

 Meule brisée.(Cl. Pierre Bouyer.)
 

      La céramique est très présente sur le site. Chaque jour de fouilles, ce sont des kilos de poteries qui sont extraits. Plusieurs dizaines de vases et petits pots  ont étés retrouvés entiers. Le décor est simple : il se résume à des incisions, des formes de chevrons, des cannelures. La plupart sont fabriqués sur place ; quelques pièces ont été importées. Des jattes ont même gardé des traces de cuisson. Le tour de potier est plus tardif. La plus grande quantité des poteries est monté du colombin. Parmi les objets domestiques retrouvés à proximité de l'habitation principale, il faut noter les fusaïoles utilisées pour filer la laine sur les quenouilles.


Céramique locale (cl. Pierre Bouyer).
 
     Compte tenu de l'importance du site, les archéologues auraient souhaité disposer de davantage de temps, mais le contrat de la fouille doit respecter un calendrier. A l'issue du chantier, les zones sont "purgées" à la pelleteuse.

    Dans un premier temps un rapport de fouilles sera dressé puis dans un second temps et après des études plus poussées, un rapport archéologique sera publié.
Les outils d'étude sont nombreux et adaptés aux différents supports : étude et datation des céramiques au carbone 14, étude des pollens, des bois par la dendrochronologie (étude des cernes de bois), recoupement des cartes de prélèvements etc.

                                                            Bernard Chevallier



      Une  présentation  complète des  fouilles de Plaisance  sera    publiée dans le no 11de la revue "Entre  Everre et Minette."

          Clichés: droits réservés.


     Découverte récente  de l'INRAP: une vaste villa gallo-romaine  à Noyal-Chatillon-sur-Seiche, près de Rennes, pourvue de thermes de luxe.

Reportage-video possible en cliquant sur ce lien:

 http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources-multimedias/Audiovisuels/Reportages-videos/Reportages-2012/p-14987-Une-villa-gallo-romaine-en-Bretagne.htm