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vendredi 24 janvier 2020

Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères









 .

Chapelle Saint-Jacques de Marigny (cliché SHAPFougères)

OBJECTIFS  DE   LA  SOCIETE

La Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères s'intéresse aux évènements et aux personnages qui ont façonné l'Histoire dans la région de Fougères et les territoires
voisins;elle se tourne aussi vers les coulisses de la petite histoire, de la vie ordinaire et vers les contingences qui ont dessiné son paysage culturel. 

Attentive à la préservation du Patrimoine, elle y contribue en le faisant connaître et elle
         entretient  deux chapelles qui lui ont été léguées: la chapelle Saint-Clair en La Bazouge-du-Désert et la Chapelle Saint-Jacques de Marigny en Saint-Germain-en-Coglès,  toutes deux servies par la beauté  d'un cadre naturel vallonné et boisé.



Ce blog vise à faire  partager des informations sur les richesses du patrimoine régional suivant deux axes:


SITES DE MEMOIRE, PERSONNAGES  D'HISTOIRE.



 La reproduction des articles et des images  est interdite sans autorisation  écrite
 préalable de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères;






















samedi 25 juillet 2015

II- Les Bretons à ORANGE, Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.

L’Armée bretonne à Orange


Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier







Laissons la parole à l’abbé Vigoland[24] pour relater l’occupation d’Orange par les troupes bretonnes avant la célèbre et terrible bataille de Saint-Aubin-du-Cormier[25] du 28 juillet 1488 qui sonna le glas de l’indépendance bretonne :


« Le samedi 26 juillet 1488, des troupes considérables environnèrent Vieux-Vy et couvrirent peu à peu toutes les hauteurs qui dominent le Couesnon. Une animation extrême régnait en même temps autour du manoir féodal qu’habitait Jehan de Châteaubriant, l’héritier des derniers d’Orange. Jehan commandait l’arrière-garde de l’armée bretonne et il recevait ce jour-là dans son château le duc d’Orléans[26], le sire d’Albret et les principaux chefs de l’armée. Les soldats campaient dans l’ancienne station romaine et les retranchements de Bourgueil, sur les collines voisines et dans la plaine qui s’étend sur les rives de l’Aleron. « Il y avait là 7.000 Bretons, 800 Allemands, 900 Anglais, 1.000 Espagnols et 2.500 Gascons qui allaient combattre contre la France pour l’indépendance de la Bretagne.



 Colline d'Orange, 2015.

« Quelques jours auparavant, cette armée s’était concentrée à Rennes et avait décidé de marcher sur Fougères investie par les Français, mais comme la route était barrée à Saint-Aubin-du-Cormier, elle avait été obligée de remonter vers le Nord. Le 24 juillet avait lieu à Andouillé une revue générale, suivie d’un conseil de guerre où l’on avait résolu de courir les chances d’une bataille rangée. A ce moment, on croyait encore Fougères investie, mais elle était prise depuis deux jours et La Trémoille avait caché son succès pour tendre un piège aux Bretons. Ceux-ci décidèrent donc d’aller au-devant des Français, et pour avoir une route sûre et commode, ils prirent le chemin de Vieux-Vy dans la matinée du 26 juillet.

« L’armée suivit, à l’Ouest de Sens, l’ancienne voie romaine de Jublains à Corseul et arriva à Sautoger où le duc d’Orléans, commandant de l’avant-garde, avait déjà établi son quartier général. Elle eut soin d’élever de distance en distance des retranchements. L’après-midi, les troupes se remirent en marche, longèrent la Fontaine d’Abyme et la Ménardaye et s’arrêtèrent devant Orange où la plupart des Bretons devaient camper en attendant la bataille.


« Toute la soirée du 26 et la journée du lendemain qui était un dimanche furent consacrées à des préparatifs militaires. C’est alors qu’on apprit la capitulation de Fougères. « En même temps, dit un vieil homme, on sceut que l’ennemy marchait mesme route vers Saint-Aubin et l’on commença à s’assurer qu’il se donnerait bataille ». C’est pourquoi, ajoute-t-il, les soldats bretons se confessèrent et se mirent en état de communier.


« On continuait néanmoins de réparer les anciennes fortifications romaines, et dans la soirée du dimanche on éleva autour du camp de nombreux retranchements. Ceux-ci furent surtout construits dans la partie Sud qui était moins bien défendue par la nature. Les vieux murs furent également consolidés, on ferma les brèches par lesquelles l’armée ennemie aurait pu se frayer un passage et on éleva à la hâte, entre les rochers qui dominent le Couesnon, des murs épais qu’on peut voir encore de nos jours, au milieu des taillis.


« On considérait l’action comme imminente et on s’attendait à chaque instant à voir apparaître l’armée française, mais la journée se passa sans incident. La Trémoille ne se souciait guère d’attaquer les Bretons dans une position à peu près inexpugnable. Pourtant, dans la soirée du dimanche, le camp d’Orange fut tout-à-coup en émoi. Ce n’était pas l’approche des Français qui causait cette alarme, mais le parti opposé au duc d’Orléans qui avait répandu le bruit que le duc était un traître et que l’armée bretonne était vendue à l’ennemi. La panique commençait à se répandre et l’on était sur le point d’en venir aux mains. Pour éviter un désastre, le duc d’Orléans et le prince d’Orange déclarèrent qu’ils renonçaient à commander en personne et qu’ils combattraient à pied comme de simples fantassins dans les rangs des Allemands. Tout s’apaisa dès lors, les chefs réglèrent l’ordre de la bataille et les troupes ne songèrent plus qu’au lendemain qui s’annonçait pour la Bretagne comme le jour de la grande victoire si impatiemment attendue.


« La Trémoille ne voulait pas attaquer les Bretons dans les cantonnements formidables de Vieux-Vy où il aurait certainement subi un échec. Aussi pour les attirer en dehors d’Orange, il envoya le lendemain matin quelques escadrons qui apparurent sur les coteaux de Pavée. L’armée bretonne tomba dans le piège, quitta les retranchements et s’avança vers les cavaliers français qui commencèrent aussitôt à battre en retraite. C’était ce qu’avait prévu La Trémoille qui, de son côté, marchait vers Saint-Aubin.


« Pendant ce temps, les divers corps de l’armée bretonne se déployaient sur les hauteurs. Là, ils se formèrent en trois divisions : l’avant-garde composée de 2.000 combattants et commandée par le maréchal de Rieux, le corps de bataille fort de 5.000 hommes sous les ordres du sire d’Albret et l’arrière-garde sous le commandement du sire d’Orange, Jehan de Châteaubriant. L’armée ainsi formée en ordre de bataille s’avança à travers les landes vers Saint-Aubin-du-Cormier.


« De son côté, La Trémoille, prévenu par ses éclaireurs, marchait lui-même vers Saint-Aubin qu’il traversait à midi et arrivait vers 2 heures au lieu dit de la Rencontre, près du ruisseau de Roquelin. C’est là qu’il trouva les Bretons déjà rangés en bataille. Mais au lieu de profiter de cet avantage, ceux-ci perdirent un temps précieux à discuter et La Trémoille put mettre à son tour ses troupes en lignes sans être inquiété. Le combat commença aussitôt. Abrités par une tranchée creusée à la hâte, l’artillerie française ouvrit le feu par une décharge générale, les Bretons y répondirent et les deux armées marchèrent l’une contre l’autre. Au premier choc, l’infanterie bretonne chargea l’ennemi avec une telle fureur qu’elle fit reculer les Français. Malheureusement, par suite d’une fausse manœuvre, la cavalerie ne sut pas se défendre et les troupes de La Trémoille la prirent à la fois de dos et de face. La panique se mit dans les rangs des Bretons qui lâchèrent pied : deux heures suffirent pour assurer la victoire.


« Dès lors, la déroute fut générale : ce ne fut plus un combat mais une boucherie, dit un vieil historien. Trois mille hommes restèrent sur le champ de bataille. Les autres s’enfuirent. Les gens de pied et la cavalerie se jetèrent dans la forêt où il voulurent en vain résister. La plupart des fuyards traversant Mézières revinrent vers Orange où ils comptaient trouver un refuge, mais ils furent poursuivis par l’armée victorieuse jusque sur les bords du Couesnon devant ce château féodal qu’ils avaient quitté le matin même avec l’espérance de la victoire.


« Alors, il fallut se rendre. Le duc d’Orléans lui-même, le futur roi de France, fut pris à son tour, dit-on, devant le moulin d’Orange dans le petit bois taillis situé près des immenses rochers qui dominent le Couesnon et portent encore le nom de Rochers du Roi. C’est là que se termina cette désastreuse journée. Et ce soir-là, sur ces blocs gigantesques, le seigneur d’Orange aurait pu, lui aussi, graver le mot du vieux chroniqueur : Finis Britanniæ. C’est ici le tombeau de la Bretagne.»

                   Marcel Hodebert ,Bulletin du Club javenéen d'Histoire locale, tome XXI 2008, p. 165 sq.




Mémorial des Bretons, Lande de la Rencontre,Saint-Aubin-du-Cormier, 1988 .





      Notes


[24] « Monographie de la paroisse de Vieux-Vy-sur-Couesnon », par l’abbé M.F. Vigoland in les Annales de la Société Historique et Archéologique de l’Arrondissement de Saint-Malo (Année 1909), p.27 et suivantes.

[25] On peut également se reporter à l’article sur le sujet de notre collègue, M. Bertrand Guyon, dans le Bulletin et Mémoires du Club Javenéen d’Histoire Locale – Tome I, année 1988, pages 16 et suivantes ainsi qu’à l’article rapporté dans l’ouvrage sur Vieux-Vy : « Vieux-Vy-sur-Couesnon, d’hier à aujourd’hui » - par l’Association socio-culturelle de Vieux-Vy-sur-Couesnon – 1990, page 22.

[26] Le futur Louis XII.





mercredi 15 avril 2015

FORMATION des VILLES ET VILLAGES de HAUTE-BRETAGNE( XIème-XIVème) : I - FOUGERES







Analyse morphologique de la ville de Fougères




Analyse des formes urbaines de la ville de Fougères à partir du cadastre napoléonien (les numéros figurant sur la carte renvoient aux commentaires).

   Vers 1030-1040, un lignage s’installe sur un rocher relativement étendu, ceinturé par un cours d’eau et des marais et entouré de collines. Un château est construit, certaines sections en pierre remonteraient probablement à la fin du XIe siècle (1). Rapidement, même si la documentation n’en fait état que tardivement, un premier bourg (burgus) est fondé, le Bourg Vieil (2), et avant 1092, un second apparaît sur les hauteurs avec le Bourg Neuf (3), celui-ci est rapidement dédoublé par une rue parallèle (3a), du moins avant la construction des remparts au début du XIIIe siècle.
   Au cours des années 1060-1090, de nombreux édifices religieux sont cités. Dans l’enceinte castrale, la famille seigneuriale disposait d’une chapelle castrale (1). Sur les hauteurs, les bourgeois furent d’abord accueillis dans l’église Saint-Nicolas (3b), dépendante de Marmoutier. Mais l’agglomération fougeraise s’étendant sur la paroisse de Lécousse, rattachée à Pontlevoy, celle-ci intervint et fonda une église concurrente, Saint-Léonard (3c). Saint-Nicolas perdit alors son rang, devint une chapelle au milieu du XIIe siècle et une aumônerie avant 1243. Dans la basse ville, installée sur une île au pied du château et citée vers 1090, Saint-Sulpice (5) est l’église la plus ancienne. Elle est rapidement menacée par l’installation de moines de Marmoutier dans le prieuré de la Sainte-Trinité. L’abbaye tourangelle eut le soutien de la famille de Fougères, qui lui céda un emplacement pour construire un établissement monastique (6) et deux bourgs, le premier, le Marchix, à l’emplacement du marché seigneurial (4) qui fut déplacé sur les hauteurs de l’agglomération (4a), et le second, le bourg Chevrel (6a) dont le nom suggère la mise en valeur de ce quartier marécageux. Les moines eurent l’intention d’ériger leur prieuré en centre paroissial. Ce fut un échec, conduisant vers 1100, à la rupture avec la famille de Fougères. Probablement au même moment, cette dernière se rapprocha d’autres établissements monastiques, notamment Pontlevoy, qui reçut un burgus, Rillé (7), cité seulement en 1143. C’est en son sein que les chanoines de la chapelle castrale s’installèrent au milieu du XIIe siècle quand ils décidèrent d’adopter la règle augustinienne. Ce fut la fondation de l’abbaye de Rillé (7). À cette occasion, les chanoines reçurent le bourg de Rillé et, en retour, l’abbaye de Pontlevoy obtint le droit de fonder un nouveau burgus, le bourg de l’Échange (7b), qui végéta.

    Une autre abbaye avait des biens en Fougères, Savigny en Normandie, fondation familiale qui possédait des terres et un moulin dans la basse ville (8). Le parcellaire indique d’autres formes dont certaines sont probablement médiévales. En direction de la Normandie, le faubourg Roger (9a) montre des parcelles régulièrement organisées ; au sud-est, vers le Maine, un autre faubourg (9b) s’élance depuis les remparts (10). À l’ouest, vers Rennes, le long d’une voie (via), un ensemble parcellaire laisse penser qu’il s’agit là aussi d’un lotissement médiéval (9c). Cette ouverture sur l’extérieur est renforcée par des preuves d’immigration dès le milieu du XIIe siècle, le mouvement s’intensifiant par la suite (Normands, Cahorsins...).

   Fougères présente les caractéristiques d’une ville castrale fondée ex nihilo, d’abord polynucléaire, son dynamisme lui a permis de se développer. L’érection de remparts, probablement au cours des années 1240, scelle la réussite d’une localité qualifiée de villa en 1200.




Indication bibliographique : Julien Bachelier, Villes et villages de Haute-Bretagne (XIe-début XIVe s.). Analyses morphologiques, Saint-Malo, Centre Régional d’Archéologie d’Alet, Les Dossiers du CeRAA, n° AK, 2014, p. 86-87.






lundi 19 novembre 2012

JULIEN MAUNOIR à FOUGERES et à LA CHAPELLE -JANSON


 Julien Maunoir prêche la mission
 à Fougères (1662 et 1666 )
 et à La Chapelle- Janson (1661)

Eglise  St-Léonard et chapelle St-Nicolas, gravure XIXe,
 Médiathèque Fougères-Communauté.D.R.

 
      Lorsque le Père Maunoir arrive au Pays de Fougères, la foi semble bien fragilisée, les structures sociales et religieuses ont été mises à mal par les terribles épidémies de peste. L’ignorance et l’indifférence religieuse se sont étendues.

       Comme on l'a vu précédemment, les missions suscitaient des affluences inimaginables aujourd’hui. En 1662, lorsque le Père Maunoir prêche sa mission à Fougères, plus de 40 paroisses viennent en procession, les maisons et les places étant pleines, il faut "camper" ,dans les champs. Le Père Boschet, auteur d'une biographie de Julien Maunoir (1697) écrit: " L'ardeur de se confesser  et de communier pour gagner l'indulgence était telle que plusieurs attendirent deux jours et deux nuits au confessionnal sans prendre de nourriture."  Cet entassement de population causait parfois des maladies graves, ce fut ainsi que « deux des missionnaires du Père Maunoir furent emportés par la fièvre après la mission de Fougères »…morts de la fièvre ou  d’épuisement.
 L'ouvrage du Père Boschet est accessible en cliquant sur ce lien:
    (Mission de Fougères p.244-245)
http://books.google.fr/books?id=nXzN4Kj7zNYC&pg=PA221&lpg=PA221&dq=tr%C3%A9guier+maunoir&source=bl&ots=o6HMAyYOKF&sig=QE5bqKPwqXPE77D9Tp9Jmwpd_bo&hl=fr&sa=X&ei=7e6cUIndIa_I0AW04YGoBg&sqi=2&ved=0CFYQ6AEwBw#v=onepage&q&f=false



 Eglise de la Chapelle-Janson.( cl. M Hodebert)



 
 LA CHAPELLE-JANSON



 
 



 





 
       En 1661, après  les visites de la prison et de l'hôpital de Rennes, Julien Maunoir arrive dans la paroisse de la Chapelle-Janson. Le Père Séjourné, autre biographe de Julien Maunoir(1895), écrit qu’à la Chapelle-Janson, on n’avait pas fait le catéchisme depuis 14 ans lorsque le prédicateur vint y prêcher une mission qui dura cinq semaines.

      A l’époque, sévissait dans la région une secte satanique appelée par les missionnaires les « Iniquités de la Montagne(1) » ; ce culte voué aux forces occultes, mêlé de sorcellerie, se pratiquait dans des réunions nocturnes au cours desquelles le mystère des mauvais sorts attisait les passions.
       De son passage à La Chapelle-Janson, le Père Maunoir lui-même, rapporta, dans un récit assez fantastique, une scène qu’il aurait vécue dans cette paroisse, constatant avec tristesse que « là aussi la secte infernale comptait de nombreux affiliés ». C’est ainsi qu’un petit pâtre de 12 ans qui accompagnait des voisins, fut surpris par la nuit. Arrivés à l’entrée de la forêt, ils y trouvèrent rassemblée une quantité de gens de toutes conditions. Au milieu d’eux siégeait une sorte de trône sur lequel était assis un personnage hideux qui lui demanda de l’adorer. Le pâtre s’y refuse, un inconnu  tire un pistolet de sa poche et l'en menace. Il fait le signe de la croix et la scène s’évanouit. Le lendemain, le petit berger gardait son troupeau lorsqu’un enfant d’une grande beauté descendit du ciel sous ses yeux et le félicita pour sa conduite de la veille... 
          Cette mission  est rappelée dans la belle église de La Chapelle-Janson par une fresque peinte par l'artiste Louis Garin en 1959.




Prédication du Bienheureux Julien Maunoir en la paroisse de La Chapelle-Janson
 Mission de 1661. Fresque de L.Garin (1888-1959 ).L'étendard qu'il brandit
 représente saint Michel  terrassant le démon, l'un de ses sujets favoris.
 

      Julien Maunoir revient prêcher dans son pays à St-Georges-de-Reintembault et à Fougères en 1666  et pour la quatrième fois  à St-Georges en 1681.  Il s'éteint à l'âge de 77 ans le 28 janvier1683, alors qu'il préparait la mission de Plévin (Côtes d'Armor) où il repose.
        Depuis trois cents ans, on se recueille sur la dalle qui marque l'emplacement de son tombeau  près du choeur dans l'église de Plévin et on invoque la statue de l'apôtre en prière.



Mort du Père Maunoir, atelier G. Léglise, 1926.


       Dès 1687, les Etats de Bretagne, réunis à Vitré, demandent aux  évêques bretons d'instruire le procès de béatification de Julien Maunoir, procès longtemps différé ; la cause  n'est retenue par Rome qu'en 1875. La béatification  est enfin proclamée par Pie XII  en 1951 et solennellement fêtée  en Bretagne .




Eglise de St-Georges-de-Reintembault, Vitrail de la chapelle du
 Père Maunoir, XXe.Sur l'autel se dresse la statue du prédicateur.

 
 Texte: Marcel Hodebert
Clichés : Jean-Paul Gallais.

DR




(I) Iniquités de la Montagne: expression empruntée à Bède le Vénérable désignant les oeuvres du      démon in Séjourné X-A, Histoire du vénérable serviteur de Dieu, Julien Maunoir, chapitre XVIII, Oudin, 1895.


 
 
 
 
 
 
 

samedi 10 novembre 2012

LES 439 MISSIONS DE JULIEN MAUNOIR

JULIEN MAUNOIR,
LE CHAMPION DE LA CONVERSION




Julien Maunoir prêche la mission à Plévin, église de Plévin,
Atelier G.Léglise,1926.
 
   L'ENVOI  EN MISSION



      Après une année de probation(1640) à Rouen pendant laquelle  il assure déjà plusieurs missions, Julien Maunoir est affecté à Quimper, alors que le Canada, nouvelle terre à évangéliser, semblait la destination  la plus probable. Cette nomination est conforme à ses souhaits car il avait fait le voeu d'évangéliser la Bretagne, après avoir été miraculeusement guéri de la gangrène en 1637. Cette  conviction d'avoir été un "miraculé" a pu renforcer sa vision de l'action divine dans le destin des croyants : dans ses rapports de missions, Julien Maunoir voit des miracles partout... Il  avait aussi promis à Michel Le Nobletz, prédicateur breton passionné, de continuer son oeuvre de reprise en main. L'implantation du catholicisme en Bretagne  est très forte : les saints bretons ont combattu le paganisme et, au cours des  siècles précédents, saint Vincent Ferrier (XVe) et les frères prêcheurs ont beaucoup semé  mais l'ignorance, les superstitions et les pratiques occultes ont reconquis l'espace. Ce sont les cibles de Julien Maunoir.

      C'est alors le début de 43 années de pérégrinations incessantes qui le conduisent à  parcourir les évêchés  bretons, à instruire et convertir les villes, les îles, les paroisses rurales, les prisons... et à revenir consolider l'édifice. Chaque année,  il assure  entre huit et dix missions, en fonction des distances, or la mission dure  trois ou quatre semaines. De cet infatigable apostolat, de cette énergie presque supranaturelle, les cahiers (1631-1650) du Journal  latin des  missions, rédigé par le Père Maunoir et destiné au supérieur général des Jésuites rendent bien compte, même si la version intégrale  n'existe plus.

     Julien Maunoir part sur les chemins avec, dans les premières années,  le père Bernard qui, à 56 ans, apprend un peu de breton et accepte l'aventure itinérante et des conditions de vie plus que spartiates.. Les missionnaires jésuites partaient évangéliser par groupes de deux ; au fil du temps, l'encadrement s'étoffe. La Basse-Bretagne est littéralement quadrillée.


  JULIEN MAUNOIR  AU PAYS DE FOUGERES


     La  Haute-Bretagne n'est pas oubliée : Julien Maunoir revient prêcher la mission à quatre reprises dans son pays natal à Saint-Georges-de-Reintembault  en 1648,1662,1666,1681. En 1648, il est aussi présent à Mellé, Monthault, Louvigné-du-Désert ; en 1661, on l'entend à La Chapelle-Janson, La Guerche-de-Bretagne, à la prison et à l'hôpital de Rennes. L'année 1662, il revient prêcher  à Saint-Georges et à Fougères. En 1666, on le revoit  à  Saint-Georges et à Fougères, il se rend aussi à La Boussac près de Dol ; il est à nouveau chez lui, à Saint-Georges, en 1681 et il assume  plusieurs missions près de Rennes.



Julien Maunoir,"An Tad Mad"(le bon Père) église de Plévin.
 


 DES MISSIONS DE CHOC

               Les missions sont un temps fort spirituel ; on y  fait apprendre la religion et c'est une nouveauté... Une part importante de  la population rurale bretonne  n'a jamais été scolarisée.
        Julien Maunoir a-t-il utilisé les cartes parcheminées ou tableaux peints, les "taolennou", conçus par Michel le Nobletz, illustrant de façon naïve les vertus et les vices et les chemins de Paradis? Ce n'est pas une certitude, bien que plusieurs représentations artistiques le montrent  tenant en main ou expliquant ces tableaux, par exemple le vitrail  de l'église de Mûr-de-Bretagne.  Toujours est-il qu'il n'en mentionne pas l'usage. 



 
 Cathédrale Saint Tugdual de Tréguier, vitrail de la Vigne Mystique (détail), oeuvre de Hubert de Sainte-Marie, Quintin,1968. Au centre de la composition, Saint Yves
 avec le fléau de la Justice et, à droite, le Bienheureux Maunoir,
présentant un "taolennou".
 
 
    Grande innovation : il institue la leçon de catéchisme   incluant la récitation de prières et de chants : lui-même a rédigé en 1659 un catéchisme en breton très simple, avec les articles de foi essentiels et de nombreuses mises en garde contre le démon, thème obsessionnel.


 
      Et surtout Julien Maunoir  est le spécialiste du cantique : plusieurs livrets de cantiques publiés à partir de 1641 ont connu  un vrai succès. Certains s'inspirent de  mélodies populaires. Il  s'étonne d'ailleurs dans son Journal  de l'engouement qu' ils suscitent dès les premières missions et de leur efficacité pédagogique, ainsi sur l'île  d'Ouessant en 1641 : " Nous nous mettons à chanter en vers bretons des cantiques qui renfermaient  notre enseignement. Sur terre et sur mer, tout le monde fut charmé de cette nouveauté..."


  LA FORCE DU VERBE ET LA CHASSE AUX SORCIERS


      Autre moment privilégié : la  prédication.  Les sermons ,  trois par jour, ressassent des thèmes favoris : les pièges du démon, la peur de la mort,si présente dans la culture bretonne, la damnation, les supplices de l'Enfer. Et il faut croire que notre missionnaire savait épouvanter et convaincre quand on imagine les effusions de larmes (Lannévez, 1642) et les milliers de confessions indiqués dans ses rapports.
   Julien Maunoir appelle constamment son auditoire au redressement des moeurs : il exige le respect des églises qui à l'époque servent, à l'occasion, de salles des fêtes et abritent beaucoup d'abus : beuveries, veillées dansantes, accouplements, déjections... Curieusement, les danses, partie intégrante de la culture locale, sont suspectes, complices du diable,d'autant plus que les jeunes les préfèrent aux  sermons fâcheux, comme à Saint-Mayeux (1646) ou à Plougastel-Daoulas. Les musiciens provocateurs sont maudits.
       Devant une telle stature et une telle aura, les démons  cessent de harceler leurs victimes et prennent  la fuite, c'est le grand leitmotiv du Journal, les jeteurs de sort sont démasqués, les sortilèges anéantis, les  sabbats  confondus, les rites superstitieux interdits. Julien Maunoir apparaît comme le spécialiste de l'exorcisme,  il pratique d'ailleurs le manuel des Inquisiteurs Le marteau des sorcières que lui a donné Michel Le Nobletz.
    Le temps de la mission, c'est toujours  une irruption du merveilleux :  apparitions célestes et miracles se produisent : les paralytiques marchent (Quimper,1643) les malades guérissent, les muets retrouvent la parole, les sourds entendent, les aveugles voient(Ouessant, 1641)...



 Miracle de Julien Maunoir, église de Plévin,
Atelier G. Léglise,1926



 
  JULIEN  MAUNOIR, LE GENIE DE LA MISE EN SCENE



       Chaque mission se termine en beauté : c'est la procession liturgique, toujours grandiose, spectaculaire, bien en phase avec la  spiritualité de l'émotion voulue par le Concile de Trente.
    Julien Maunoir décrit par le détail dans son Journal des missions quelques-unes de ses  trouvailles liturgiques : sur un fond de cantique " infernal" de son invention, deux anges juchés sur un théâtre interrogent un groupe de damnés  dissimulés dans les profondeurs sur les supplices qu'ils subissent et leurs remords sans fin... Des scènes d'épouvante dignes  des  fresques de l'Enfer de Kernascléden...





 
 
   Les processions costumées sont ouvertes par les arquebusiers ; suivent  les Patriarches, les Prophètes et les Sybilles, les Apôtres avec les insignes de leur martyre comme  les statues familières des porches des églises bretonnes, les  Docteurs de l'Eglise, parfois les martyrs, les saints bretons de nos villages ; des cohortes de jeunes femmes en robe blanche , portant le voile des novices, précèdent le clergé  qui porte  le Saint-Sacrement et conduit le peuple en marche...
 
     Tout au long du parcours, on représente des tableaux vivants inspirés des Mystères médiévaux et des Vies de Saints bretons : on joue  des scènes de l'Ancien Testament et de l'Evangile, l'Annonciation, l'Adoration des bergers et des Mages,  puis "s'avance la foule écarlate des Innocents avec leur mère en habits de deuil..." (Journal, année 1645)
   Et les stations de la Passion sont  revécues ; les acteurs  sont les habitants  mobilisés et entraînés par les prédicateurs, dont le nombre grossit, pendant deux ou trois semaines. La procession de clôture, c'est vraiment une appropriation physique et mentale du message dans une communion générale. Les acteurs  vivent leur rôle, s'effondrent comme le Christ, les filles de Jérusalem gémissent et pleurent et la foule en fait autant... (missions de 1645, Landerneau, Logona, Roscanvel, Bénodet...). Les enfants qui jouent  dans les stations donnent à leurs parents le désir de s'instruire et le pari spirituel est gagné!
 
      On accourt de loin pour voir, pour  trembler, pour prier et chanter  les cantiques en choeurs alternés, au milieu des oriflammes... Par une sorte d'élan communicatif, la mission et plus encore la procession déplacent toujours des milliers de fidèles : quand Julien Maunoir tente d'estimer le nombre de personnes touchées par son enseignement, les milliers s'envolent, les chiffres se mettent à danser...
 

 
   PERIPETIES DE MISSIONS



        Une telle conquête des paroisses et des coeurs ne  se  passe pas sans revers ; elle soulève parfois l'hostilité des recteurs, les railleries, la résistance organisée, les calomnies. Des esprits malveillants détournent les foules, font  passer les prédicateurs pour des  sorciers, les  accusent d'envoûter les enfants. Les cantiques fredonnés sur des airs populaires légers se retournent contre leurs auteurs,accusés de frivolité.L'interdiction des danses nocturnes inspire de nombreuses provocations : à Mur-de-Bretagne, des musiciens viennent sonner pendant le sermon et font danser la jeunesse dans l'église. La parade des jeunes filles à la procession finale fait scandale. Intrigues, guet-apens, tentative d'empoisonnement, rien n'arrête jamais l'élan du père Maunoir et des autres missionnaires... Mais une fois les prêcheurs partis et la mission finie, les anciennes pratiques, les superstitions, les faiblesses regagnent de l'espace : il faut toujours consolider, remmailler les filets , ce qui explique  ces missions à répétition en Basse-Bretagne  et le relais des  missionnaires lazaristes, très présents en Haute-Bretagne, secondés par les séculiers acquis à la cause.Quant à certaines contrées, elles restent  longtemps hostiles et fermées à la vague missionnaire. 
      Et puis l 'Histoire s'embrouille: à partir de 1675, les révoltes bretonnes éclatent , Papier Timbré et Bonnets Rouges, les villes   s'embrasent, le pouvoir est défié: la répression est impitoyable. Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, sollicite l'aide de Julien Maunoir pour  raisonner les consciences : ce sont les missions dites "militaires". Avait-on alors le choix?





     Le discours de Julien Maunoir peut paraître radical, presque manichéen,il s'inscrit dans  le courant de  la Réforme catholique au XVIIe  et traduit le souci  doctrinal et pastoral de l'Eglise, une volonté d'implantation missionnaire qui a  sublimé les énergies et fait des héros et des saints;  certes les  armes de la  conversion -la culpabilité, la crainte, la beauté des cérémonies, le merveilleux chrétien - qui visent un public simple et souvent démuni  passent pour  rudimentaires  mais la conscience de servir  et d'éléver les coeurs reste  exemplaire.
 
                                        Jean-Paul Gallais

                                                     Clichés: auteur.




  Sources:
       -   Eric Lebec, Miracles et sabbats, Journal du Père Maunoir.Missions en Bretagne,1631-1650, traduit  du latin par Anne-Sophie et Jérôme Cras,Paris,1997.

        - Alain Croix, L'âge d'or de la Bretagne 1532- 1675.  Editions Ouest-France               université,1993.

       - Fanch Morvannou, Julien Maunoir: missionnaire en  Bretagne, Tome I     éd. Auteur.


Autorisation de reproduction : Société d'Histoire et d'Archéologie 

 A suivre:III)Julien Maunoir à Fougères et à la Chapelle-Janson.

samedi 13 octobre 2012

JULIEN MAUNOIR ET LA RECONQUETE SPIRITUELLE DE LA BRETAGNE


Catégorie: Apôtres et "fous de Dieu"




 Julien Maunoir (1606-1683)
 entre Plévin et Quimper.





 
       Le nom de Julien Maunoir est bien connu dans le Pays de Fougères, son souvenir est  omniprésent à Saint-Georges-de-Reintembault : sa  maison est sanctuarisée, une chapelle de l'église paroissiale lui est dédiée, plusieurs institutions , collège, associations portent son nom. A Fougères,  l'église du Bienheureux Maunoir , un vitrail de l'église Saint-Léonard, une rue, une fresque de Louis Garin  conservent sa mémoire. Mais il  a  surtout marqué  la Bretagne de l'Ouest qu'il a maintes fois parcourue : Quimper, Saint-Pol-de-Léon, PLeyben, Tréguier...  A Plévin où il repose, il est encore  vénéré et la population l'honore de deux pardons annuels. La Bretagne reconnaît en lui l'un des grands apôtres de la  renaissance catholique voulue par le Concile de Trente. Par quelle magie entraînait-il les foules?







 Eglise de Plévin, Côtes d'Armor,dernière mission et
 dernière demeure de Julien Maunoir.



 

 
 

UN GRAND MISSIONNAIRE BRETON 

             

 
 
I- JEUNESSE ET FORMATION
 

          Jésuite, missionnaire infatigable,prédicateur de grande renommée, grammairien bretonnant, Julien Maunoir est né à Saint-Georges-de-Reintembault le 1er octobre 1606 dans une maison transformée en chapelle dès 1662. Ses parents, Isaac Maunoir et Gabrielle Deloris étaient, dit-on, « plus riches des dons de la piété que des biens de la fortune », élevant quelques vaches pour arrondir leur revenu de tisserands, vivant très modestement, ce qui ne les empêchait pas de se montrer d’une charité proverbiale.








   
                                           Maison natale de Julien Maunoir
                 et chapelle attenante,Saint-Georges-de-Reintembault.





 
       Les premiers biographes du Père Maunoir ont laissé, comme souvent dans la vie des saints, des histoires merveilleuses et  naïves destinées à frapper les esprits de l’époque mais transmises de génération en génération jusqu’à nos jours. Ainsi, on raconte qu’un jour le petit Julien, encore enveloppé dans ses langes, tomba des genoux de sa mère sur la pierre de l’âtre de la cheminée. La dalle de granit se faisant aussi molle qu’un oreiller de plumes se creusa doucement afin d’amortir le choc et garda même l’empreinte de la tête de l’enfant...
 

        Comme beaucoup d’enfants de son âge, le jeune Julien a gardé les vaches dans le voisinage du bourg. On dit encore qu'il confiait la garde des bêtes à Dieu et allait prier à l’église. La tradition locale ,prompte à décrypter les vocations précoces, rapporte qu'il dirigeait ses camarades en procession à  la "Croix du Lac" et qu'il les sermonnait déjà...Quoi qu’il en soit, le jeune garçon s'est fait remarquer très tôt par le recteur qui l'a initié au latin et envoyé au collège des Jésuites de Rennes récemment fondé en cette ville à la demande de l’évêque. Remarqué là aussi pour sa piété par le père Coton, ancien confesseur d’Henri IV, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus et est envoyé au célèbre collège de la Flèche  puis il enseigne  les humanités à Quimper (1630 -1633) où il rencontre un prédicateur passionné Michel Le Nobletz, son maître spirituel ; dès lors, il se met à apprendre le breton  avec  beaucoup de facilité . Certaines  fables disent qu'au cours d'un pèlerinage  à la chapelle de Ty-Mam-Doué en Kerfeunten près de Quimper  il avait reçu d'un ange le don  de la langue... Après quatre années de formation théologique, il est ordonné prêtre à  Bourges en 1637.


 
Fichier:Cathédrale Saint-Corentin de Quimper 2005 01.jpg
Le don miraculeux de la langue bretonne à Julien Maunoir
oeuvre de Yann'Dargent, cathédrale de Quimper.
 (cl. Michael Kranewitter,W.Commons)

                        Textes : Marcel Hodebert
                                            Jean-Paul Gallais