lundi 21 octobre 2013

RESISTANTS ET MILICE à SAINT-AUBIN-DU-CORMIER


 

 

               SAINT-AUBIN-DU-CORMIER 1943-1944

             arrestations de résistants   par la Milice

 

 

    Les Allemands surveillent Saint-Aubin-du-Cormier. Le département d’Ille-et-Vilaine vit dans la hantise  des exactions de l’occupant. La résistance s’organise dans le pays, d’une manière structurée.

 

      Les Veillard à la ferme de Tournebride

 

    La ferme de Tournebride est exploitée par Alexandre Veillard. Pierre Morel et Jean Thomas prennent contact avec la famille Veillard afin de stocker des armes à la ferme. C’est une forme de résistance qui se pratique beaucoup en Bretagne. Les parents Veillard acceptent de stocker des armes parachutées en août 1943. La parachutage a lieu, vers minuit, à Saint-Mauron, situé à Saint-Aubin et les armes enfouies la nuit même, hélas sans protection, car on remarquera quelques mois plus tard qu’elles baignaient dans l’eau.

   Le 29 novembre 1943, les Allemands font irruption dans la ferme. Le père, puis la mère sont battus à tour de rôle, avec le nerf de bœuf afin d’arracher des renseignements. Sans résultat, car les Veillard sont muets comme une tombe. Les Allemands menacent de les fusiller et ont fait venir Fred T. membre du réseau Oscar Buckmaster, prisonnier à la prison Jacques Cartier de Rennes. Ainsi le lieu de la cache est dévoilé et les armes ont été chargées dans le camion des Allemands par les occupants de la ferme. La maison est fouillée et tout le linge des armoires est raflé. Tout le monde est embarqué dans le camion ; les parents Veillard, les deux fils, Alexandre et Roger, le facteur Masson de passage, les ouvriers qui effectuaient des travaux de maçonnerie et de couverture. Dénonciation du dépôt a été faite par Fred T., alors étudiant à Rennes et témoin du parachutage qui n’a pas su ou pas pu se taire.



 Jean Thomas père, second à partir de la droite.



 
 

     Les Blanchet à la ferme de la Reudais

 

           Après l’arrestation de Tournebride, dans la même journée, va se reproduire le même scénario. A Saint-Jean-sur-Couesnon, proche d’environ 10 kms, la ferme de la Reudais, occupée par la famille Blanchet, abrite également un dépôt d’armes. Les otages de la ferme de Tournebride sont dirigés à la ferme et enfermés dans la maison. La famille Blanchet subit les mêmes coups que les Veillard. De plus, les Allemands ont festoyé avec les morceaux de viande, de charcuterie, étant donné que les Blanchet venaient de tuer le cochon. Selon le témoignage de Roger Veillard , enregistré il y a trois décennies, les Allemands étaient ivres et l’un des camions était allé au fossé lors du départ. Blanchet, père et fils, prénommés Louis, ainsi qu’un cousin, Pierre Blanchet,sont embarqués à leur tour.






  

    Un milicien partout présent

 

    Toutes les  arrestations sont attribuées à un milicien de sinistre mémoire, Joseph Ruyet, originaire du Morbihan. Il  se signale par ses infiltrations dans les maquis. Il se déguise souvent en résistant et relève les noms qu’il soumet à la police allemande. Il opère, juste avant le pays de Saint-Aubin, à Saint-Brieuc-des-Ifs, dans la ferme des Nobilet, grands résistants qui abritaient alors des armes  et un officier  anglais, détenteur d’un poste radio émetteur. Il fait arrêter toute la famille.  Toutes ces actions sont opérées sous le contrôle du SD de Rennes commandé par le colonel SS Hartmut Pulmer, ancien chef de la Gestapo  de Ciecjanow (Pologne). Après la guerre, Le Ruyet sera fusillé le 5 novembre 1946.

    Ces arrestations se concluent par la déportation des Veillard, père et fils, le 29 juin 1944, au camp de Neuengamme. Roger et le facteur échappèrent à la prison de Rennes, point de passage obligé avant les camps. Ils moururent de faim et de mauvais traitements, le père le 7 avril 1945 à Hambourg et le fils en février 1945 à Watenstedt. Ils reçurent la Légion d’honneur à titre posthume … en septembre 1954, soit 9 ans après leur mort.
 



 

 


   Le café près de l’église à Saint-Aubin

 

     Les exactions de la Milice se poursuivent en 1944, dans le bourg même de Saint Aubin. Nous disposons d’un témoin privilégié avec Monique, alors âgée de 15-16 ans au moment de l’arrestation de résistants bien connus dans le pays, pratiquement de la première heure, tant l’occupation allemande était honnie. La famille Thomas, tel est le nom, tient un café tout près de l’église de Saint -Aubin et le père Jean  a son propre atelier, aidé de son fils portant le même prénom. Jean Thomas (père) réunit au café des anciens combattants de la guerre 14-18. Il appartient aussi au réseau Buckmaster (anglais) à partir de 1943 et héberge des gars de Martigné-Ferchaud dans des fermes. C’est dire son engagement dans la Résistance. Monique elle-même écoute à la radio les messages codés, selon le tour de garde. Le premier, « La nuit les chats sont gris », le second qu’elle se souvient avoir parfaitement entendu et transmis « A la  mémoire de Johny, ami Souci (ou Suzy) ».

    Le dimanche 30 juillet 1944, Jean Thomas-père-se trouve à la messe, il est prévenu par le prêtre que la milice est là. Il  doit gagner la sacristie,  fuir à travers champs, et se camoufler. Il se rend dans une ferme, il couche sur la paille. Le lendemain, il téléphone à Martigné-Ferchaud où on lui donne à manger. Il ne reviendra à Saint-Aubin que le 15 août.





 Jean Thomas fils, né le 4 juillet 1920.

 
   Le fils se fait arrêter par la milice, le matin même du 30 juillet. Monique se rappelle la présence d’au moins cinq miliciens, le camion des Allemands et l’occupation de l’école. Les enfants étaient instruits à domicile. Jean suit le mouvement du père. Avec Robert Pupetto, corse d’origine (membre du réseau Buckmaster) et Jean Masson (de la même appartenance), il est transféré à Rennes, rue de l’Echange. Là, Pupetto est littéralement massacré, flanqué  par terre avec une plaque. Jean Thomas clame que son père ne voulait pas le voir avec lui. Il n’empêche qu’ils se trouvent embarqués dans le train qui part de Rennes début août. Ils réussissent à sauter du train, tous les trois, sur un passage à niveau, dans la nuit du 3 au 4 août 1944, à Saint-Mars-du-Désert, près de Nantes. L’évasion était risquée, quatre détenus sont tués à Saint Mars. Les auteurs de l’arrestation de 1944 sont des miliciens, leur identité n’est pas sûrement attestée, bien qu’on parle encore de la main toujours cruelle de Joseph Le Ruyet.

   Monique se souvient qu’un milicien a vidé l’armoire et s’est emparé de la vaisselle et du linge. Seul un tiroir n’a pas été ouvert ; par chance, car il contenait des brassards avec les lettres FFI piquées sur une bande de velours, afin d’accueillir les libérateurs- le Débarquement a eu lieu le 6 juin 1944 sur les côtes normandes. Monique risquait gros si la cache avait été découverte.

 

   François Vallée et Pierre Morel

 


    L’enchaînement des évènements dans le pays de Saint-Aubin-du-Cormier est très logique sur ces deux années 1943-1944. La dénonciation opère comme à Saint-Marc-sur-Couesnon où sont tués des maquisards (maquis de l’Everre). Le démantèlement des groupes de résistants s’accompagne de tortures, de vols et de comportements grossiers. Le réseau Buckmaster en Ille-et-Vilaine était la cible principale de la Gestapo. François Vallée, parachuté en France le 17 juin 1943, prend contact avec des membres du réseau parmi lesquels joue un rôle actif, Pierre Morel, né le 13 avril 1923, à Saint-Aubin-du-Cormier.  François Vallée, dit Oscar, coordonne la résistance en Bretagne et commande les activités du groupe  d’Ille-et-Vilaine.





 François Vallée, officier français.


 

     Les activités s’organisent autour de la recherche de renseignements, de l’instruction de groupes paramilitaires et de la préparation des parachutages. Huit sont programmés dans le département. Le premier eut lieu à Martigné-Ferchaud qui permit d’accueillir un officier radio britannique George, détenteur d’un poste émetteur. Ainsi des contacts étroits sont passés entre Martigné et Saint-Aubin. Les dépôts d’armes ou de matériel radio constituent un arsenal destiné à équiper les résistants et à pratiquer des opérations de sabotage.  Pierre Morel est traqué par la Gestapo. Le cousin de Monique Thomas, Paul Gommeriel et Pierre Morel traversent les Pyrénées, en mars 1944. Arrêtés comme Anglais, Ils  finissent  par être incarcérés dans des prisons, puis dans le camp de concentration de Miranda. Selon le témoin, Morel a été tabassé. Ils y restent  trois mois et sont  libérés. A partir du passage d’Andorre, Pierre Morel est ramené sur le dos de Paul Gommeriel.




 George Clément, officier britannique.

 

    Monique rappelle qu’à Tarbes, son cousin avait les pieds gelés et qu’il reçut les soins d’un médecin. Les deux compagnons rejoindront l’Angleterre, après toutes ces inquiétudes.   François Vallée adopta deux codes, celui d’Oscar pour son propre nom et celui de Parson celui du réseau, d’où le nom du réseau Oscar Parson (Buckmaster). Pierre Morel en fut le liquidateur en 1948. François Vallée, « George », de son nom Clément, Pierre Morel avaient des relais et des membres très actifs parmi les Veillard, les Blanchet et Jean Thomas. La milice cherchait à démanteler le réseau par des arrestations successives.

 

     La place des miliciens dans notre mémoire
 

               Que dire des miliciens et notamment du sinistre Joseph Le Ruyet ? C’étaient des cyniques, des collaborateurs qui haïssaient la société où ils n’avaient pu jouer de rôle. C’étaient des types perdus, pour eux-mêmes et pour leur propre pays. Des désespérés en somme engagés dans une démarche quasi suicidaire.

 Ces ombres très noires de Vichy ne peuvent être chassées  que par la lucidité.

 
 
                                                                           Daniel Heudré

 

Sources :
               Témoignage de Monique Beaujouan (née Thomas) de Saint-Aubin-du-Cormier.

                Témoignage de Michèle Delatouche, voisine de la famille Blanchet.
 
                Recherches de Daniel Jolys sur le réseau de résistance S.O.E Oscar  Buckmaster. 

               
               Philippe Aziz, Histoire secrète de la Gestapo en Bretagne, 2 tomes, Editions Famiot,   Genève 1975.
 

 
 

 

lundi 30 septembre 2013

SAINTE-ANNE de la Bosserie, ROMAGNE.

 Chapelle Sainte-Anne, XVIIe, route de Fougères , Romagné.
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              LA FONDATION VOTIVE


 
            Tout terroir, toute contrée incorpore dans son sol une part de secrets, une part de mystère livrant avec parcimonie quelques brides historiques. Sainte-Anne de la Bosserie, en Romagné, à la porte même de la cité médiévale fougeraise, est née avec le XVIIème siècle. Marie Eschard, épouse de Pierre Le Maignan, est la fondatrice de la chapelle. Son défunt mari avait fait un vœu, mais n’avait pu le réaliser. La grande Sainte, voulant être honorée au pays fougerais, vint rappeler à la veuve éplorée la promesse qui avait été faite, lui demandant de l’exécuter sans délai contre une prolongation de sa vie.  En 1602, la construction était terminée et depuis ce temps, le sanctuaire n’a jamais cessé d’être entouré d’une grande vénération.

            Mais pourquoi la promesse de l’édification d’une chapelle ?

            La famille Le Maignan-Eschard était issue d’une bourgeoisie fougeraise aisée, jouissant d’une excellente réputation parmi les citoyens de la cité qui n’hésitèrent pas, au cours des siècles, à confier à ses membres honorables d’importantes responsabilités locales.  Au cours du règne d’Henri IV, Pierre Le Maignan était miseur de la ville de Fougères, c’est-à-dire qu’il exerçait la qualité de comptable des affaires publiques, en même temps qu’il cumulait des fonctions municipales proches du gouverneur.
            Le XVIème siècle finissant voyait aussi finir lentement les guerres de religion. Le 21 mars 1589, le redoutable duc de Mercœur s’était emparé avec aisance de la place forte fougeraise, les Fougerais accordant toutes leurs sympathies au chef Ligueur. Henri IV ne devait pas l’oublier. Aussi, lorsque tous les chefs de l’insurrection se soumirent, y compris Mercœur, Pierre Le Maignan se vit confier par ses concitoyens la mission de défendre les intérêts de la ville de Fougères, tant ils avaient été compromis par cette alliance spontanée et malsaine avec Mercœur, mission qui consistait par un déplacement à Angers, où l’on retrouve le passage d’Henri IV, notamment au Traité d’Angers (29 mars 1598).

             Pierre Le Maignan, consentit donc à effectuer ce voyage mais inquiet, à juste titre, des risques importants qu’il pouvait rencontrer sur des routes dangereuses et encore mal fréquentées parmi les bois et la méfiance humaine. Il fait le vœu de construire une Chapelle dédiée à Sainte Anne s’il revient vivant de cette expédition alors jugée lointaine. Pareille promesse peut paraître aujourd’hui excessive, mais bêtes et gens étaient à redouter à cette époque, on le sait.

             Le voyage de Pierre Le Maignan en Anjou fut couronné de succès ainsi qu’en témoigne ultérieurement la lettre d’amnistie du roi, et notre plénipotentiaire rentra dans sa famille avec la satisfaction du devoir accompli. Mais ce fut pour y mourir peu de temps après. Avant de fermer les yeux, il confia à son épouse ses préoccupations et sa promesse non exécutée.

            Devenue veuve avec sept enfants (ils vécurent tous), Marie Eschard ne voyait rien de mieux que de consacrer son temps à sa famille. Harassée de fatigue et tombant d’épuisement, Madame Pierre Le Maignan allait elle-même succomber lorsque Sainte Anne lui apparut (soit plus de 25 ans avant les événements d’Auray), lui rappelant le vœu qui avait été fait. "Je confierai le soin de cette construction à mes enfants, dit Marie Eschard à l’illustre visiteuse. Non, rétorqua Sainte Anne, ce sera vous-même qui la construirez et pour ce faire, je vous donnerai plus de quinze ans d’existence. Mais promettez-vous de la faire ? Oui, répondit Marie Eschard, je la bâtirai, je la bâtirai." Frémissante, mais totalement guérie, elle se leva et se mit immédiatement en prière avec sa famille réunie, cependant que Sainte Anne disparaissait, laissant dans la pièce un parfum suave que toute l’assistance put apprécier.

             Les travaux furent menés avec beaucoup de célérité, ce qui faisait dire aux maçons : plus les travaux avançaient, plus les fonds arrivaient presque en abondance. Et c’est ainsi que depuis Octobre 1602, il est donné d’admirer ce petit joyau tout simple, mais d’une grande et intense solennité, doté à l’époque de deux pièces de terre et d’un revenu, donation faite et signée par devant deux notaires royaux à Fougères, le 24 mai 1611. La chapelle est donc construite sur un bien de la famille Le Maignan, terre ancestrale la plus proche de Fougères.


           UNE  ORNEMENTATION SOBRE

L’édifice, d’une superficie approximative de 250 m² sans le prieuré, à la forme d’un T, orienté de l’Occident vers l’Orient. Deux arcades de granit séparent de chaque côté le chœur des transepts. Pas d’architecture particulière mais plutôt le reflet d’une architecture typique de la région fougeraise.
Toutefois, son maître-autel, adossé à un retable doré, est à remarquer. En effet, il est enrichi d’une belle peinture représentant Sainte Anne apprenant à lire sur un parchemin à Marie. Ce tableau s’inspire d’une œuvre originale de Jean Jouvenet (1644-1717), artiste peintre et décorateur auprès de Louis XIV. La même peinture, en dimension plus grande, est exposée à l’église paroissiale d’Auray.









 Le maître-autel de sainte Anne, le jour du pardon. 
 

 
   L’autel du transept gauche est sans recherche excessive. L’autel de Sainte Anne est, lui, presque somptueux avec ses têtes d’anges et des pattes de lion. Les trois autels sont gardés par des balustrades en bois et en fer forgé, où se trouve le monogramme S. A.
     Le clocheton octogonal se trouve être la particularité et l’originalité extérieure de l’édifice avec les trois croix latines de granit qui le surmontent.

           UNE DEVOTION SECULAIRE

      Des processions sans fin furent organisées, notamment pour solliciter l’arrêt des épidémies si meurtrières en pays fougerais au temps de Louis XIII. En trente années d’existence, la chapelle devint l’objet d’une ferveur et d’une fréquentation qui ne s’est jamais démentie, sauf aux jours sombres de la fin du XVIIIème siècle. 
    L’année 1793 marqua un tournant dans son histoire. Elle fut pillée, saccagée, dévastée avant d’être vendue comme bien national. Madame Joseph Allix, née Anne Georgeault, habitante du hameau, s’attacha à restaurer cette chapelle si chère à son cœur bien qu’elle n’en fût pas propriétaire.

 
    Les Fougerais reprirent le chemin de la chapelle et la dernière génération peut encore témoigner d'une foule des pèlerins venant à pied le jour de la fête patronale. Les messes se succédaient sans interruption depuis l’aurore jusqu’à la grand’messe. 
Les grandes heures de la Libération, en Août 1944, ont aussi laissé un souvenir impérissable à la Bosserie, alors que l’ennemi dressait barricade et feux d’artillerie. Epoque angoissante entre toutes et que Sainte Anne désarma sans dommage pour les habitants du hameau de la Bosserie.

 
          LA RESTAURATION  RECENTE
 


 L'ancien  prieuré, 1981.
Malgré l’assiduité des pèlerins et visiteurs au sanctuaire de Sainte Anne, l’édifice devait connaître un certain état de laisser-aller et le temps s’apprêtait à accentuer ses ravages destructeurs. C’eût été la grande détresse à court terme : pignon Nord s’ouvrant dangereusement, plâtres effondrés, murs verdis, auréoles jaunâtres au plafond, tronc délabré, chaises bancales entassées près des confessionnaux muets et poussiéreux, vitrail éventré, fenêtre vermoulue au transept Nord où des sacs de papier transparent faisaient office de carreaux, table du maître-autel défoncée, clarté malicieuse dans les portes, sacristie effondrée, pendant que sur le Vieux Prieuré contigu les ardoises se dérobaient provoquant une humidité excessive dans le mur de refend, que les pierres se détachaient les unes après les autres, que les vitres des fenêtres étaient brisées, avec un escalier branlant et une cour ravinée, tout cet ensemble constituait un spectacle permanent de délabrement, presque d’abandon.

            Chaque visiteur attristé des lieux espérait néanmoins le salut pour ce cher patrimoine historique et religieux et… il est venu à point nommé. En effet, la Commune de Romagné s’apprêtait à voter la démolition pure et simple de la chapelle tant la désolation était grande. L’Association a appris cette nouvelle des années plus tard.
 
            L’encouragement pour la restauration de cet édifice est venu de divers horizons.  Lors d’une assemblée plénière effectuée en septembre 1981, à la mairie de Romagné, se réunissaient près de cent personnes ; quelques semaines plus tard, le Journal Officiel publiait, exactement le 14  novembre 1981, la déclaration de la constitution d’une Association des Amis de la Chapelle Sainte-Anne de la Bosserie, se donnant pour but la remise en état et la restauration complète du patrimoine délabré de Sainte-Anne, y compris l’ancien prieuré. Tâche immense qui n’a point rebuté les membres du bureau de l’Association. Mais, quelle que soit leur volonté de réussir, quel que soit leur souci d’arracher à l’usure du temps un témoin prestigieux du passé, leurs efforts eussent été presque vains si l’attention persévérante et sélective de la Fondation Langlois n’avait suscité et déterminé leur action qui devint alors décisive .
 

         LE  CULTE REVIVIFIE






          Aujourd’hui, après plus de trente années de labeur intense, l’édifice religieux renaît dans un environnement agréable et judicieusement tracé. Le sanctuaire illuminé et pimpant reçoit désormais l’hommage de nombreux visiteurs quotidiennement, la chapelle étant ouverte tous les jours ; les pèlerins affluent en grand nombre les jours de fêtes et du Pardon devenu régional. Comme depuis plusieurs années, ils étaient en juillet 2012 près de 2000 pèlerins à venir saluer la Grand-mère de Jésus et la Patronne des Bretons.





 Pardon 2012,  bannières de N-D.de Poilley, St-Martin de Javené, St-Pierre de Landéan...
 

            Romagné mesure avec dignité, respect et amour ce patrimoine si heureusement restauré : il n’est ni fastueux, ni somptueux, mais il se révèle désormais avec élégance comme un pur témoignage d’antan, accueillant et gracieux comme la souveraine des lieux.
 

                                                                        Roger TANCEREL.
                                                                       
 
 
Clichés : R. Tancerel, Nicolas Garel ;droits réservés.

 

 
 



 

 


 

 



 

 

 


 

 

 

 

 
 

 

 

 



 


 



 

 
 

 

 

 
 



 

 

 



 


 



 

 



 

 



 















mardi 10 septembre 2013

Gilles RUELLAN dit ROCHER-PORTAIL, baron du TIERCENT, marquis de LA BALLUE


 UNE  ASCENSION  LEGENDAIRE
















 
             Gilles Ruellan, né à Antrain, à l'origine voiturier d'un marchand de toiles, expert en "bonnes affaires", devenu propriétaire richissime, fermier des impôts sur les vins pour la Bretagne, baron du Tiercent et du Rocher-Portail puis marquis de la Ballue, pourvoyeur de fonds à la Cour, allié des rois Henri IV et Louis XIII... a plusieurs traits d'un personnage de roman picaresque, voire de comédie satirique : on pense à Turcaret, le héros de Lesage, valet devenu "traitant" sans vergogne comme lui, l'ingéniosité en plus, le ridicule en moins.
 
        Tallement des Réaux, observateur de son temps et auteur de courtes biographies spirituelles et souvent caustiques l'a fait entrer dans sa galerie de portraits du Grand Siècle. Trois pages des "Historiettes" croquent ce personnage plutôt bariolé (p.237 à 239, tome I).






 Les historiettes de Tallemant Des Réaux : mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle. Tome 1 / publiés... par MM. Monmerqué,... de Chateaugiron et Taschereau...
 
 
          L'une de ses premières prouesses spéculatives remonte à l'époque de la Ligue :si lon en croit Tallement de Réaux,il revend chèrement au duc de Mercoeur, des armes acquises près des partisans du Roi. Au cours de ce long conflit, il  sait  louvoyer entre les deux partis, tantôt du côté de la Ligue, ainsi il a représenté Fougères aux Etats de Bretagne convoqués par Mercoeur en mai 1594, tantôt du côté du Roi ; a-t-il apporté sa médiation entre les antagonistes dans le rétablissement de la paix en 1598 ? Certains historiens le prétendent : pour ce service, le Roi  l'aurait  récompensé  d'un titre quelques années plus tard.
     Pendant plus de 24 ans, il occupe la fonction de fermier des impôts et billots en Bretagne, charge fort lucrative qui grossit  sa fortune. Tallement des Réaux ne manque pas d'attirer l'attention sur son habileté à s'enrichir :


 BARON DU TIERCENT ET DU ROCHER-PORTAIL 
 
       En 1596, Gilles Ruellan, simple roturier, acquiert le domaine du Rocher-Sénéchal  auquel il donne le nom de Rocher-Portail ou Portal. Il le fait reconstruire en bonne partie suivant les normes architecturales classiques du début du XVII ème siècle, ce qui ne manque pas d'étonner la noblesse des alentours. Cette même année, il achète plusieurs manoirs et domaines en Saint-Marc-le-Blanc et celui du Bois-Baudry en Tremblay puis, en 1602, il  devient propriétaire de la seigneurie du Tiercent.
    Il est anobli par le Roi en 1603  et devient chevalier. Le château de Monthorin en Louvigné-du-Désert est acquis vers 1607, ainsi que le manoir de la Branche et la Galesnais en Saint-Brice-en-Coglès. Les seigneuries du Tiercent et du Rocher-Portail sont érigées en baronnie en 1608, ce qui lui confère un nouveau titre et consacre son ascension.


 




 Château du Tiercent.( cl. M. Hodebert)


  
        Au cours de l'année 1610, il  est  promu chevalier de l'ordre de Saint-Michel, chevalier des Ordres du Roi. Il est aussi reconnu comme gentilhomme de la chambre du Roi. Sa fortune et son aura ne cessent de croître. 
     En 1615, il achète le château de la Ballue en Bazouges-la-Pérouse dont le domaine est très étendu et il ajoute à la liste de ses possessions le Plessis-Chasné en la Bazouge-du-Désert.




                     MARQUIS DE LA BALLUE



     Il  a  la confiance du roi Louis XIII qui  érige son domaine de  la Ballue en marquisat en 1622. Entretemps, profitant sans doute  de la ruine de nombreux domaines à la suite des guerres de la Ligue, il est devenu propriétaire de multiples fiefs à Antrain, Bazouges-la Pérouse, La Fontenelle, Landal... et il fait restaurer ou reconstruire ses châteaux : Le Rocher-Portail est  achevé en 1617, Le grand logis du Tiercent prend forme, La Ballue édifié vers 1620 sur les  salles souterraines de l'ancien manoir devient la résidence familiale. Le château de Monthorin est remanié et le logis principal, de style Louis XIII,  serait son œuvre,



 Le château de la Ballue.


 .Les historiettes de Tallemant Des Réaux : mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle. Tome 1 / publiés... par MM. Monmerqué,... de Chateaugiron et Taschereau...





 Château de Monthorin, Louvigné-du-Désert (cl. M. Hodebert)

      Parvenu au faîte de l'aisance financière, Gilles Ruellan a su s'attirer la  faveur des Grands : Richelieu en personne avait pour lui de la considération d'autant plus que Ruellan l'avait secondé dans la négociation du mariage de son neveu, François de Vignerot, avec sa petite-fille, Marie de Guémadeuc, héritière du domaine de Monthorin.

     Jusque dans les positions sociales et les alliances de ses huit enfants, il s'est  hissé au rang des grands seigneurs. Deux de ses  fils étaient conseillers au Parlement de Rennes ; Pierre de Ruellan  a été  maître des  requêtes. Ses cinq filles se sont alliées à de grandes familles de la noblesse de l'Ouest, "toutes bien mariées" écrit Tallement des Réaux, au regard de la fortune du moins. L'irascible Thomas de Guémadeuc, gouverneur de Fougères, époux de Jeanne Ruellan, finit en Place de Grève. 

    Alors qu'il est à Paris chez son gendre le duc de Brissac, Gilles de Ruellan s'éteint en mars 1627, après quelques jours de maladie.  Peu de jours avant sa mort, il s'honore d'un geste  magnanime : par testament, il demande à ses héritiers de faire bâtir un hôpital à Rennes et il le pourvoit d'une rente annuelle. Mais, dans  ce qui s'apparente à un déni de noblesse, sa veuve et ses enfants désavouent sa générosité et refusent cette clause qui prend sur leur part. Un procès s'engage : il faudra attendre 1659 pour trouver un compromis avec la ville de Rennes. Un trait est tiré sur la fondation de l'hôpital, moyennant le versement d'une somme forfaitaire destinée aux pauvres des hôpitaux de la ville.





 Chapitreau de l'église de la Selle-en- Coglès, édifié en 1609 par Gilles Ruellan.
 




     Gilles Ruellan offre l'image-type d'un parvenu sympathique, spéculateur  habile protégé par la légalité et prédateur redoutable sous des dehors bonhommes : il  orne la  longue galerie de ceux qui assoient leur prospérité sur la ruine des positions acquises et profitent du vacillement des valeurs ; il a incarné la séduction et le pouvoir de l'argent. A cet égard, il est  intemporel.

                                 Jean-Paul Gallais


 Sources et bibliographie:

 -  Tallement des Réaux, Historiettes, mémoires pour servir  à l'histoire du XVIIè siècle, BNF.


- Michel Cointat, La vie aventureuse de Gilles Ruellan, article très documenté, étayé par des documents d'archives, paru dans
Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères, Tome XXV, 1986.

    Le personnage de Gilles Ruellan a inspiré à Isabelle Huchet un roman d'intrigue au titre évocateur : Le marquis va-nu-pieds.  éditions J. C.Lattès, 2004.











 Lien: Château du Tiercent

 http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=MERIMEEIA35049021



 

Image plein-écran
 Armoiries des Ruellan, portail d'entrée, également
visibles sur l'église de St-Marc-le-Blanc.
Vignette
Vue du château depuis le sud-est.


     
 

 

           

 Château de la Ballue     


 http://www.laballuegarden.com/web/index.php