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vendredi 24 janvier 2020

Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères









 .

Chapelle Saint-Jacques de Marigny (cliché SHAPFougères)

OBJECTIFS  DE   LA  SOCIETE

La Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères s'intéresse aux évènements et aux personnages qui ont façonné l'Histoire dans la région de Fougères et les territoires
voisins;elle se tourne aussi vers les coulisses de la petite histoire, de la vie ordinaire et vers les contingences qui ont dessiné son paysage culturel. 

Attentive à la préservation du Patrimoine, elle y contribue en le faisant connaître et elle
         entretient  deux chapelles qui lui ont été léguées: la chapelle Saint-Clair en La Bazouge-du-Désert et la Chapelle Saint-Jacques de Marigny en Saint-Germain-en-Coglès,  toutes deux servies par la beauté  d'un cadre naturel vallonné et boisé.



Ce blog vise à faire  partager des informations sur les richesses du patrimoine régional suivant deux axes:


SITES DE MEMOIRE, PERSONNAGES  D'HISTOIRE.



 La reproduction des articles et des images  est interdite sans autorisation  écrite
 préalable de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères;






















mardi 25 février 2014

LES SOEURS DE CHATEAUBRIAND à Fougères, II: Julie et Lucile.







Maquette originale d'Armel Beaufils pour sa statue de Chateaubriand, érigée à l'entrée du Sillon de Saint-Malo.
 Le sculpteur fit don de cette ébauche à la Bibliothèque de Fougères en 1948. Cliché des Archives, Fougères.


Julie de CHATEAUBRIAND


(1763-1799)




« Julie, ma troisième soeur se maria au cours de ces deux années : elle épousa le comte de Farcy, capitaine au Régiment de Condé et s’établit avec son mari à Fougères, où habitaient déjà mes deux sœurs aînées, Mmes de Marigny et de Québriac. La mariage de Julie eut lieu à Combourg et j’assistai à la noce ».



                                             Julie de Chateaubriand, Mme de Farcy, (Collection privée D.R.)



En épousant, le 23 avril 1782, Annibal-Pierre de Farcy, Julie de Chateaubriand entrait dans une famille déjà alliée aux Chateaubriand. Lui avait 33 ans, elle 19. Les deux époux étaient assez mal assortis. M. de Farcy, issu d’une vieille famille venue de Normandie, avait aussi une forte personnalité. Capitaine au Régiment de Condé Infanterie, quelque peu prodigue, il préférait la vie militaire ; Julie était fort belle « avec ses cheveux bruns à gaufrures, ses mains et ses bras délicats, son sourire éclairant ses yeux bleus ». Elle avait aussi, au dire de son frère, « un vrai talent de poésie ». Elle apportait 30.000 livres de dot à son époux.




Le couple s’installa à Fougères, rue Nationale, à l’hôtel de Farcy qui était alors une grande maison à porche et à colombages. Il s’agit aujourd’hui de l’hôtel Danjou de la Garenne au numéro 32 de la rue Nationale. L’ancien hôtel de Farcy fut démoli en 1847 avec quelques maisons environnantes. Il avait fini par être acheté en totalité par la famille Lemercier de Cures dont l’un des héritiers, M. Danjou de la Garenne, archéologue et collectionneur connu pour son originalité devint seul propriétaire. Ce fut lui qui fit orner la nouvelle façade par un artiste renommé, M. Barré, de Rennes, de huit effigies en médaillons représentant François 1er, Henri II, la duchesse d’Etampes et Diane de Poitiers. En 1922, cette maison devint la propriété des Sœurs Oblates de Saint-Benoît, Servantes des Pauvres, qui revendirent l’immeuble à un particulier lorsqu’elles quittèrent la ville de Fougères il y a quelques décennies.

De cette union naquit une fille qui fut ondoyée en l’église Saint-Léonard de Fougères le 15 juin 1784, en présence du père de l’enfant et de sa grand-mère, Mme de Chateaubriand qui signe au registre « de Bédée de Chateaubriand ». L’enfant reçut les prénoms de Marie Zoë Pauline. Le couple se sépara à l’amiable après quatre ans de mariage et une séparation de biens fut prononcée le 23 octobre 1792 Cette situation ne les empêcha pas de se revoir et Annibal de Farcy resta toujours en bons termes avec la famille de Chateaubriand. Julie aimait briller dans les salons, partageait son temps entre Fougères et Paris.




« Quand je retrouvai Julie à Paris, écrit Chateaubriand, elle était dans la pompe de la mondanité ; elle se montrait couverte de fleurs, parée de ces colliers, voilée de ces tissus parfumés que saint Clément défend aux premières chrétiennes… Julie était infiniment plus jolie que Lucile ; elle avait des yeux bleus caressants et des cheveux bruns à gaufrures ou à grandes ondes. Ses mains et ses bras, modèles de blancheur et de forme, ajoutaient par leurs mouvements gracieux quelque  chose de plus charmant encore à sa taille charmante. Elle était brillante, animée, riait beaucoup, sans affectation, et montrait en riant des dents perlées…




Julie attirait les beaux esprits, sulfureux parfois : Guinguené, Parny, Chamfort et surtout le philosophe Delisle de Sales. Née poète, elle disait : « Que répondrai-je à Dieu pour lui rendre compte de ma vie ? Je ne sais que des vers ».




Revenue à Fougères au moment de la Terreur, Julie reçut chez elle sa sœur Lucile et sa belle-sœur, Céleste, l’épouse de François-René parti rejoindre l’armée des émigrés. Le 1er octobre 1793, Julie fut arrêtée ; le lendemain ce fut le tour de Céleste et de Lucile. Nous ne savons par qui la petite Marie Zoë de Farcy, âgée de 9 ans, fut recueillie pendant l’incarcération de sa mère qui dura treize mois. Etait-ce Mme de Marigny ou Mme de Châteaubourg, ses tantes, cela est probable.. D’abord enfermées au château de Fougères, elles furent transférées à la prison de la Tour-du-Bat, puis à celle du  Bon Pasteur à Rennes, d’où elles ne furent libérées que le 5 novembre 1794. Elle revinrent à Fougères et purent par un arrangement secret continuer à occuper une partie de l’hôtel de Farcy qui avait été vendu comme bien national.





 Ancienne demeure de Mme de Farcy et de Lucile de Chateaubriand.
Archives Municipales, Fougères.


Les épreuves subies par Julie au cours de cette période furent-elles la raison de sa conversion ? Anatole France dit qu’elle « échangea l’éventail contre le crucifix ». Quoi qu’il en soit, une rupture radicale s’opéra dans son existence : jeûnes, flagellations et prières en firent pour certains une sainte. Elle mourut à Rennes, à l’âge de 36 ans, au manoir du Gravot, alors dans l’agglomération de Rennes, chez une citoyenne Daniel, dans l’actuelle rue Claude-Bernard, le 26 juillet 1799.




Chateaubriand n’apprit la mort de sa sœur qu’un an plus tard. Il était alors exilé à Londres, comme il le dit dans la première préface du Génie du Christianisme. La mort de sa mère et  celle de sa sœur lui redonnèrent la foi : « Je suis devenu chrétien. Je n’ai point cédé, j’en conviens, à de grandes lumières surnaturelles : ma conviction est sortie du cœur, j’ai pleuré et j’ai cru ».Julie exerça toujours une influence positive sur l’écrivain. Elle lui annonça la mort de leur mère en ces termes : « Mon ami, nous venons de perdre la meilleure des mères : je t’annonce à regret le coup funeste… Quand tu cesseras d’être l’objet de nos sollicitudes, nous aurons cessé de vivre. Si tu savais combien de pleurs tes erreurs ont fait répandre à notre respectable mère, combien elles paraissent déplorables à tout ce qui pense et fait profession, non seulement de piété, mais de raison ; si tu le savais, peut-être cela contribuerait-il à t’ouvrir les yeux, à te faire renoncer à écrire… ». Ce reproche éclaira l’esprit de René et l’amena à un réel repentir, ce fut ainsi qu’il écrira le « Génie du Christianisme » après avoir publié « l’Essai sur les Révolutions » qui prédisait sa fin.






Lucile de CHATEAUBRIAND
(1764-1804)


Sœur cadette de Chateaubriand, « Lucile devait partager les jeux de son frère et tisser avec lui beaucoup de rêveries. Partenaires de jeux et grands imaginatifs, ils cultivaient un amour réciproque. Lucile n’aima qu’une seule personne dans sa triste existence : René ». Au-delà des miniatures maladroites, le vrai portrait de Lucile fut tracé par son frère : « Lucile était grande et d’une beauté remarquable, mais sérieuse. Son visage pâle était accompagné de longs cheveux noirs ; elle attachait souvent au ciel ou promenait autour d’elle des regards pleins de tristesse ou de joie Sa démarche, sa voix, son sourire, sa physionomie avaient quelque chose de rêveur et de souffrant.





 Lucile de Chateaubriand.  (Coll privée, DR.)


Un passeport de 1799 donne le signalement suivant : « Taille de cinq pieds six pouces (1m65), cheveux et sourcils châtains, yeux bruns, nez long, bouche moyenne, menton rond, front élevé, visage ovale ». Prise par la tempête de l’histoire, Lucile ne sait où poser son cœur ; elle erre dans les demeures de ses sœurs et on la voit passer ses journées à se prosterner sur les dalles de Saint-Léonard ou devant la Vierge des Marais à Saint-Sulpice. Bien que fréquentant la noblesse chez ses sœurs, elle ne trouve personne susceptible de calmer ses tourments ; les incompréhensions vont grandissantes entre elle et ses sœurs chez lesquelles les rencontres se poursuivent pourtant. L’autorité de ses sœurs, surtout celle de Mme de Marigny, la contraignit à épouser le chevalier de Caud, né à Combourg en 1727, un militaire de carrière honorable, le dernier gouverneur du château de Fougères. Le mariage eut lieu à Rennes, civilement le 2 août 1796, et religieusement le lendemain en l’église Saint-Pierre-en-Saint-Georges. Le chevalier avait 69 ans, Lucile n’en avait que 32. Les sœurs de Lucile pensaient ainsi pouvoir la stabiliser et lui assurer un avenir décent.



Quelques jours avant le mariage de sa fille, Mme de Chateaubriand fait cette confession terrible à Louis de Tocqueville, un allié de la famille : « Avant de finir, lui écrit-elle, je vous apprendrai le mariage de Lucile, la ci-devant chanoinesse. Elle a pris un ancien homme, ci-devant maréchal de camp, croix de Saint-Louis ; l’honneur et la probité lui ont resté pour titres ; sa réputation est intacte ;il n’est pas riche, mais il lui donne tout ce qu’il a. Les circonstances l’ont décidée à chercher du pain ». Finalement, ce mariage qui ne dura que sept mois, fut une véritable catastrophe et de cette expérience malheureuse, Lucile devait ressortir meurtrie et plus solitaire que jamais. Le chevalier de Caud mourut à Rennes le 15 mars 1797, assisté de ses seuls domestiques qui firent l’avance de l’enterrement. Lucile fut nommée gardienne des scellés posés sur le domicile mortuaire… L’errance allait se poursuivre…

L’âme de Lucile ne battait que pour son frère cadet. Lorsque sa sœur Julie fut arrêtée par le Comité de Surveillance de Fougères, arrestation suivie le lendemain par celle de Céleste Buisson, l’épouse de François-René, Lucile, dans un geste de fidélité à son frère, demanda à être emmenée avec elle à la prison de Rennes : « J’ai tendu volontairement mes mains aux fers » écrira-t-elle à son frère. Cet amour pour son frère commandait son dévouement pour Céleste. Dans une autre lettre, elle dit : « Dans ces lieux destinés aux seules victimes vouées à la mort, je n’ai eu d’inquiétudes que sur ton sort ; sans cesse j’interrogeais sur toi les pressentiments de mon cœur ».

Lorsque René rentrera en France après des années d’absence, Lucile retrouvera un semblant de bonheur et reprendra le dialogue passionné avec son Frangin qu’elle rejoint à Paris. Elle l’accompagne dans sa passion pour Pauline de Beaumont, femme tourmentée, à la fois dolente et excessive, relation réprouvée par ses soeurs. Une fois encore, le destin de Lucile sera décidé par quelqu’un d’autre. Mme de Beaumont, en 1802, lui fera rencontrer le poète Chênedollé, ami de René. Ce sera, là aussi, le début d’une idylle malheureuse.

Leur rencontre à la Sécardais eut lieu en août 1803. Lucile alla l’attendre à Fougères chez Mme de Châteaubourg, à l’hôtel de Québriac. Finalement Chênedollé passa la nuit chez Mme de Chateaubriand, qui cherchait avant tout à soutirer des nouvelles de son mari alors en poste à Rome.

Sur la route de la Sécardais, alors que Chênedollé admirait le paysage, Lucile murmura : « Quand les hommes et les amis vous abandonnent, il nous reste Dieu et la nature ».Ils échangèrent des promesses sous les tonnelles de la Sécardais mais Lucile fut bien obligée de faire allusion au mariage contracté à Hambourg et jamais rompu de Chênedollé et colporté au sein de la famille. Chênedollé était abasourdi, Lucile ne l’était pas moins. Sa fragilité est ébranlée mais elle ne peut devenir la seconde épouse d’un bigame. A la fin du mois d’août, elle quitte la Sécardais,s’enfuit à Rennes et se cloître rue Saint-Georges dans une location au n° 11bis.

Désormais, Lucile vivra dans une claustration totale ; elle s’enfonça dans sa névrose, frôlant les abîmes de la folie. Elle écrit à François-René une lettre poignante dans laquelle elle gémit : « Mon frère, ne te fatigue ni de mes lettres ni de ma présence ; pense que bientôt tu seras pour toujours délivré de mes importunités. Ma vie jette sa dernière clarté, lampe qui s’est consumée dans les ténèbres d’une longue nuit, et qui voit naître l’aurore où elle va mourir».

Quittant le couvent des Augustines, elle prit pension rue d’Orléans-Saint-Marcel (aujourd’hui rue Daubenton). Son frère était parti rendre visite à son ami Joubert à Villeneuve-sur-Yonne lorsqu’il apprit la mort de Lucile, survenu le 9 novembre 1804. Tout comme Chênedollé, certains pensèrent à un suicide, rien cependant ne permet de l’affirmer.Chateaubriand fut prévenu   le 13 novembre   par  Mme de Marigny alors à Paris. D'après Les Mémoires d'Outre-Tombe,Lucile fut enterrée dans une fosse anonyme d’un cimetière voisin: c'est la version qu'il choisit.(1)

Chateaubriand  fut très affecté par la perte de sa soeur : « Elle m'a quitté ,cette sainte de génie. Je n'ai pas été un seul jour sans la pleurer. Lucile aimait à se cacher; je lui ai fait une solitude dans mon cœur: elle n'en sortira que quand j'aurai cessé de vivre. » écrivit-il dans Les Mémoires. Le   chapitre 6 du livre dix-septième" Mort de Madame de Caud" est  tout entier un éloge funèbre et une déploration. 
                                                                                 Marcel Hodebert


 Bibliographie:

 Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe, Tome I, La Pleiade p 114 sq.
Aubrée Etienne, Lucile et René de Chateaubriand chez leurs soeurs à Fougères. Paris, H Campion,1929.
Heudré Bernard, Chateaubriand, Terres et Demeures d'Outre-Temps p. 106-123 sq. 
  (1):cf  Notes de  l'édition critique  des Mémoires par Jean-Claude Berchet,LP 2008 p. 1464 à 1466.





vendredi 1 février 2013

FALLAIT-IL RASER LES URBANISTES?


LE COUVENT DES URBANISTES

 aujourd'hui CENTRE CULTUREL













RETROSPECTIVE






     Le Couvent des Urbanistes a été construit entre 1680 et 1689 pour les religieuses Clarisses arrivées à Fougères dès 1633. Cet ordre mendiant avait été crée en 1213 par sainte Claire, sœur de François d’Assise, lui-même fondateur de l’ordre des Frères mineurs ou franciscains.

      Les Clarisses dites Urbanistes avaient obtenu en 1263 du Pape Urbain IV un allègement de la Règle leur permettant de posséder des biens en commun et d’avoir des revenus réguliers pour assurer leur subsistance.

      Installées d’abord dans une maison de Bonabry en 1633 avec l'agrément du Pape Urbain VIII (bulle du 29-11-1634), puis au Clos-Morel sur le site de la Retraite, les Urbanistes, dites aussi les « Dames Sainte-Claire »,font édifier leur couvent dans un champ situé en la paroisse de Laignelet, nommé « le Champ aux Belles Femmes »,cédé par M. Le Jeune, sieur de la Tendrais en Parigné, dont la fille était religieuse.

       Les Urbanistes se recrutaient dans les familles de la bonne bourgeoisie et de la noblesse. Les filles d’origine plus modeste étaient admises comme sœurs converses et assuraient les tâches ménagères. Parmi elles, Jeanne Le Royer (1731-1798) dite Sœur de la Nativité, originaire de La Chapelle-Janson, s'est singularisée par son mysticisme et sa prescience de l'avenir ; ses visions et ses prophéties ont été rapportées par le Père Genest, alors chapelain des Urbanistes.

     Le 27 septembre 1792, les religieuses furent expulsées du couvent par les autorités révolutionnaires.




UNE ARCHITECTURE CLASSIQUE


Le chevet de la chapelle et le logis de l'abbesse.(cl. Archives municipales, Fougères)

   L'ensemble présente une remarquable unité et une sobriété très classique. L'édifice élevé sur deux étages est rythmé par des lucarnes aux frontons triangulaires et curvilignes alternés. Le cloître est éclairé par neuf arcades surbaissées sauf sur l'aile-Est, inachevée.
    Au centre de la façade-Sud, s'ouvrent deux portes cintrées superposées, correspondant au rez-de-chaussée et à l'étage ; elles sont disposées dans un discret avant-corps de granit appareillé et soulignées par un beau jeu d'arcatures ; le couronnement de cette entrée monumentale porte un médaillon martelé cerné par une ceinture de sainte Claire.



Poinçon de charpente d'époque, Ecole de dessin.

LES CANTONNEMENTS MILITAIRES


    Pendant la période révolutionnaire, le couvent des Urbanistes échappe à la vente comme bien national, il est mis à la disposition de la ville pour y loger les nombreuses troupes de passage, envoyées pour rétablir l'ordre et pacifier le pays.

    Jusqu’en 1815, le couvent reçoit des cantonnements de troupes de passage qui commettent de nombreuses dégradations. Pour comble de malheur, cette même année, un ouragan détruit 150 m² de toitures et les troupes prussiennes d’occupation marquent leur passage.

    Un rapport de l’autorité militaire, en 1816, précise que la caserne est « dans un état de délabrement qui la rend absolument inhabitable » . Des travaux s’imposent si la municipalité veut obtenir, comme elle l’a maintes fois demandé, l’implantation d’un régiment à Fougères. Elle fait alors réaliser, entre 1816 et 1818, les réparations nécessaires et, en 1821, un régiment de Chasseurs arrive aux Urbanistes. La Ville met à sa disposition une pièce de terre pour lui servir de champ de manœuvres.

     Aux Urbanistes, se succèdent ensuite plusieurs compagnies d’Artilllerie, des régiments du Génie et de Cavalerie jusqu'au milieu du XIXe.



       LE TRAIN DES EQUIPAGES


    Le 12 avril 1874, Fougères est choisie comme ville de garnison pour les troupes du Train des Equipages, régiment de cavalerie légère du 10èmeCorps d’Armée. Ce régiment restera à Fougères jusqu’à la Guerre de 1914-1918, écrivant, 40 années durant, une page d’histoire de la ville.

    Pour le dépôt du matériel, la Ville achète un terrain de deux hectares au Chêne Vert, lieu encore connu sous le nom de « l’Annexe » où s’élèvent diverses constructions dont il ne reste plus aujourd’hui que le grand bâtiment administratif réhabilité en logements et un des deux petits pavillons de l’entrée. Pour mémoire, en 1921, l'abbé Bridel loue à l'Armée les locaux désaffectés des granges à matériel et à fourrage pour y installer la nouvelle Cristallerie, près du Chêne-Vert.

   Les« Tringlots » comme les appelaient familièrement les Fougerais font partie intégrante de la vie de la cité. Les cavaliers sillonnent la ville et la campagne environnante et participent aux manifestations festives ou aux opérations de maintien de l’ordre public, comme au moment des Inventaires des églises en 1906. La rue de la Caserne est constamment encombrée par les allées et venues des militaires, des chariots de la caserne, les approvisionnements de fourrage… Les permissions de militaires font grand bruit dans les parages... Puis les « Tringlots » laissent la place aux gardes mobiles qui occupent la caserne des Urbanistes de 1924 à 1940.





Le vaisseau de la chapelle des religieuses a été coupé en deux par un plancher, la pièce inférieure servait d’écurie, la pièce supérieure de logement. Les anciennes verrières ont été murées, d’autres fenêtres ont été ouvertes, le clocher a disparu.(Archives municipales, Fougères).








Un appentis crépi à chaux s'est appuyé sur le logis abbatial à droite ; au cours de la restauration, on a reconstruit la quatrième travée, beaucoup plus heureuse.




Certaines arcades du cloître ont été fermées par un mur pour servir d'écuries.




Bonheur estival.(Archives municipales,Fougères)







Après la Seconde Guerre mondiale, la Ville, très éprouvée par les bombardements alliés de 1944, revendique en 1949 la propriété de la caserne des Urbanistes afin d’y loger des réfugiés et des personnes sans-toits. Elle s’en porte acquéreur en 1957 mais n’en prend possession qu’en 1959. En 1961, elle cède gratuitement l’ancien couvent à l’Office public d’H.L.M. qui élève bientôt sur le site plusieurs immeubles.






En 1965, le couvent-caserne est complétement défiguré et délabré : la municipalité décide de le démolir pour libérer l'espace. Mobilisés par Albert Bourgeois, pharmacien et conseiller municipal, quelques Fougerais s'opposent à sa démolition ; leur cause est entendue par le Ministre de la Culture, André Malraux qui, le 15 juillet 1965,interdit in extremis la destruction du couvent.



 Ouest-France.Archives municipales de Fougères.





Plusieurs projets de remise en état sont abandonnés. Enfin la restauration complète est décidée en 1971 par la municipalité M. Cointat ; orchestrée par Raymond Cornon, architecte des Monuments Historiques, elle s'étale sur 15 ans. En 1986, les Fougerais découvrent un édifice dont ils ne soupçonnaient pas le prestige...




Vitraux de la chapelle, oeuvre de l'atelier Job Guével, composition sur le thème de la forêt
 sur dessin de l'artiste Maria Vieira Da Silva.Paysagisme abstrait.


     Dès 1978, l’Ecole de Musique prend possession de ses nouveaux locaux, bientôt rejointe par l’Ecole de Dessin et la galerie d'Art Contemporain Arcade qui y accueille les artistes jusqu'en 2009.

    A la fin de l'année 2004, les H.L.M. qui masquent le monument sont démolis et les Urbanistes s'intègrent pleinement au patrimoine architectural de Fougères.





 Phase finale de la démolition des HLM, Archives municipales de Fougères.





     
L'esplanade libérée devant la façade Ouest.( Archives de Fougères)


La plupart des photographies du régiment de Cavalerie, ont été acquises en 2005 par la Ville de Fougères qui les a achetées à un photographe rennais M. Rapilliard; lui-même les avait négociées sur un marché sans savoir de quelle caserne il s'agissait . Ses investigations l'ont conduit par hasard à Fougères où l'archiviste Marcel Hodebert les a identifiées . Les négatifs ont été pris à l’intérieur même de la caserne par un photographe militaire. Cette collection de 67 plaques de verre, totalement inédites, date des années 1890-1910,elle donne une image volontairement détendue , parfois cocasse de la vie militaire et elle est un peu la mémoire de cet espace.


 
Textes: - Marcel Hodebert
            - Jean-Paul Gallais.

Mise en oeuvre de l'exposition aux Ateliers:
             - Jean Hérisset
             -service des Archives municipales.









samedi 5 janvier 2013

L'OPPIDUM DU POULAILLER,SITE GAULOIS en forêt de Fougères ?






 Levée de terre de l'Oppidum  du Poulailler.(cliché JPG.)







L’OPPIDUM du POULAILLER : une agglomération gauloise ?


Le nom est quelque peu énigmatique, si la référence à un site de défense, voire militaire, un oppidum, est claire, son nom, le Poulailler interpelle. Que peut bien cacher cette désignation ? Et que révèle une visite sur place ?


Un site étendu et protégé


Situé sur la commune de Landéan, non loin de la ville de Fougères, l’oppidum du Poulailler domine cette partie de la forêt, il est en effet situé à des hauteurs proches de 130-140 mètres.Il est protégé de manière naturelle par deux escarpements au pied desquels coulent deux cours d’eau, à l’ouest le Nançon et à l’est le Ruisseau de Grande Rivière. Les flancs nord et sud ont été barrés par des structures talutées.





Plan de l'Oppidum du Poulailler,(cl.J.Bachelier 2010).








Au nord a été édifié un double rempart de terre, doté d’un large fossé creusé entre les deux talus ; quant au flanc sud, il n’est défendu que par une unique levée de terre. M. Wheeler signale l’existence de deux portes, la première au  nord et une seconde au sud. Il faut peut-être imaginer des entrées monumentales, on devine la trace de la porte méridionale dans un fatras de terre et de pierres formant un vaste monticule.

En de nombreux points, il est possible d’observer des talus, dont les hauteurs varient. Sur les flancs protégés de manière naturelle, la levée de terre ne dépasse que rarement un mètre, par contre, là où la pente est faible, dans les zones exposées, le talus peut atteindre trois, voire quatre mètres de haut, particulièrement au nord de l’oppidum. Bien qu’il n’y ait eu aucune fouille, la structure interne de certaines sections du talus peut s’observer lorsqu’un chemin forestier est venu le couper. Ainsi, au milieu de la terre, on distingue nettement des pierres, qui avaient très certainement vocation à renforcer la solidité de l’ensemble . La surface enclose est d’environ 25 hectares.





Structure interne d'un talus oriental, fait de terre et de bois (cl. J. Bachelier, 2007).


Le site dans son contexte


Aujourd’hui recouvert par la forêt, l’oppidum se trouvait dans un tout autre contexte au moment de son utilisation. Il faut imaginer que cette partie des bois était dépourvue d’arbres, la construction de la forteresse, de ses talus, de ses portes, mais aussi des habitations à l’intérieur a très certainement conduit à un défrichement important tout autour.

De plus, le Poulailler se situait à proximité du croisement probable de trois voies antiques, dont celle menant de Rennes à Bayeux. Une voie a d’ailleurs été fossilisée sous le couvert forestier actuel, au nord de Chênedet. Certes sa structure fait penser à une voie romaine, mais l’on sait qu’une partie du réseau routier était en place avant leur arrivée.

L’absence de fouille n’a pas empêché des découvertes ponctuelles, pour mémoire, on rappellera, sans pouvoir être plus précis sur le lieu de sa mise au jour qu’un trésor monétaire de 34 monnaies gauloises a été trouvé en 1935, près de Fougères. À proximité de l’oppidum, en Saint-Germain-en-Coglès, au lieu-dit Mont-Baron, près des Courbes, ce sont près de « 200 haches à douille, avec des moules, lingots de métal, scories, cendres » qui furent découverts en 1871, un tel ensemble fait penser à un atelier de bronzier.

Enfin, sous le couvert forestier actuel, nombre de talus et de fossés ressemblent à des enclos de fermes gauloises, certes en l’absence de fouille rien n’est certain, mais il ne serait pas étonnant qu’il y ait eu des exploitations autour de l’oppidum, rappelons que la forêt n’existait pas !


Un oppidum ?


Jules César a qualifié d’oppidum certaines des agglomérations gauloises qu’il rencontra lors de la conquête de la Gaule, il fut particulièrement impressionné par les fortifications et il a décrit le fameux murus gallicus, ou mur gaulois, talus de terre, renforcé par des poutres de bois et des assises de pierres. Le Poulailler pourrait-il être un oppidum ?

Son nom, son étendue, la présence de pierre dans les talus, l’existence de sites et de  voies contemporains de l’époque celtique... plusieurs indices concorderaient pour faire de l’oppidum du Poulailler une agglomération gauloise. Pour certains il s’agirait du camp général bâti par le peuple celte qui occupait à peu près l’actuel département de l’Ille-et-Vilaine, les Riedones. Ces derniers participèrent aux révoltes contre les Romains en 57 et 52 av. J.-C., mais la victoire de ces derniers aurait rendu le camp inutile, ce qui expliquerait pourquoi l’enceinte talutée ne couvre pas tout le site. Pour d’autres il s’agirait d’un refuge pour une partie des Riedones. Dans ces deux hypothèses, le caractère défensif du site est privilégié.

Mais l’on peut aussi estimer que l’oppidum était un centre de pouvoir, dominant les campagnes, les fermes que l’on devine tout autour étaient connectées à l’agglomération, formant un réseau d’approvisionnement. Les routes, même si toutes ne remontent pas à l’époque gauloise, permettaient à ce centre d’être relié aux autres oppida de l’Ouest, ainsi qu’aux fermes aristocratiques, ou non, qui parsemaient les campagnes. La présence de richesses naturelles dans le sous-sol de l’actuelle forêt était probablement sous le contrôle du groupe vivant à l’intérieur des remparts. L’atelier de bronzier doit se comprendre dans cette logique, certains auteurs évoquent aussi des sites aurifères.

Enfin, on rappellera qu’à l’heure actuelle, l’oppidum du Poulailler reste l’une des rares agglomérations connues du territoire des Riedones avec l’oppidum d’Orange en Vieux-Vy-sur-Couesnon. Pour le reste, il n’y a rien de sûr, quelques sites dits en éperons barrés dominent des cours d’eau et les littoraux, mais là aussi il n’y a pas eu de fouilles. Quant à Rennes, l’antique Condate, la cité semble bel et bien une fondation ex nihilo. Par comparaison avec d’autres régions, il serait tentant de faire du Poulailler, le centre d’un pagus gaulois, c’est-à-dire un petit territoire, une subdivision au sein du territoire riedon.




Les centres gaulois en Haute-Bretagne (J. Bachelier,2011-2012).









 Croix du Fouteau.

On soulignera enfin la proximité d’un toponyme énigmatique : la Croix du Fouteau. Son nom est dérivé du latin fagus, hêtre, arbre vénéré dans la religion celte, il existe des exemples jusque dans les Pyrénées. Il y avait peut-être un lieu de culte, un sanctuaire à proximité de l’oppidum qui fut christianisé par la suite. É. Pautrel a rapporté les croyances attachées à ce lieu : le hêtre avait pour vertu de guérir des fièvres, pour être soigné, il fallait tracer une croix sur l’écorce, puis faire le tour de l’arbre en balayant le sol avec une branche de houx et se prosterner devant... tout ceci est bien peu chrétien !




   Le Poulailler aurait donc eu un caractère défensif certes, mais peut-être aussi artisanal (monnaies ? et atelier) et religieux. L’enceinte talutée ne serait plus seulement un rempart, l’explication ne se limiterait plus à des considérations militaires et/ou défensives, mais elle manifesterait une délimitation à caractère urbain. L’oppidum du Poulailler pourrait être d’une certaine manière une place centrale aujourd’hui couverte par les bois.

 Enceinte talutée du Poulailler.(cl.JPG)



L’oppidum du Poulailler reste encore un site mystérieux qui peut, par comparaison, être rattaché à l’époque de la Tène tardive, vers 100 av. J.-C. Son caractère urbain doit être envisagé, même s’il faut souligner le poids des hypothèses dans les lignes qui précèdent. L'édifice, classé au titre des monuments historiques en 1970, mériterait des fouilles, au moins des sondages archéologiques.



                             Julien Bachelier