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vendredi 13 avril 2012

SAVIGNY, SANCTUAIRE DES MIRACLES


Le Livre des  Miracles des saints de l’abbaye de Savigny

Comme la plupart des abbayes du Moyen Âge, Sainte-Foy de Conques (XIe siècle) Saint-Gilles du Gard (XIIe siècle) ou encore Notre-Dame de Chartres (XIIIe siècle), la Trinité de Savigny a fait rédiger un Livre de Miracles. Mais sa rédaction ne fut pas fortuite, elle correspondait à un moment particulier, celui de l’aboutissement de vastes travaux et du souci de diffuser le culte de ses saints.


Abbaye de Savigny: l'emplacement du cloître, la porte  saint-Louis ouvrant
 sur le réfectoire  et, à droite, les cuisines.


Un recueil du milieu du XIIIe siècle

L'auteur de ce Livre des Miracles  des saints est resté anonyme, moine à Savigny, il vécut au milieu du XIIIe siècle. Il donne suffisamment d’indications pour que l’on sache quand a été rédigée son œuvre : entre 1243/1244 et 1250. En effet, l’événement fondateur est le transfert, en 1243, des reliques des saints de Savigny de la chapelle Sainte-Catherine, où ils reposaient depuis les années 1180, vers la nouvelle basilique du monastère.

         L'historien  Hippolyte Sauvage a publié  en 1899 une traduction  de ce manuscrit : le récit des prodiges qui ont accompagné la translation des reliques et de quelques miracles est directement accessible sur ce site: pages 19 et suivantes.


       La cérémonie se déroula le 1er mai 1243, en présence d’ « une foule immense, près de 100 000 personnes, des deux sexes et de tous les âges », l’abbaye ne pouvant accueillir tout le monde, on pria jusque « dans les champs et les bois voisins ». Le nombre de participants a nécessairement une valeur davantage symbolique que réel. Le scribe en profite pour mettre en exergue la popularité de son abbaye. On ne peut toutefois exclure la présence de milliers de personnes, d’autres transferts de reliques des saints attestent d’une très forte participation. Malgré cette foule, il n’y a aucun blessé, afin de souligner l’esprit de paix qui régnait, l’auteur précise même que les jeunes chevaliers et clercs ne se sont pas querellés, comme il arrivait parfois...  Le moine a consigné près de 400 miracles afin de promouvoir le culte de ses saints. Le premier a lieu au moment du transfert des reliques et les suivants s’étalent sur plusieurs années.

Un livre et sa reliure de pierre

Le Livre des saints de l’abbaye de Savigny avait un objectif principal : assurer la gloire de l’abbaye et celle de ses saints. Mais ce recueil avait aussi un objectif plus matériel : attirer les pèlerins et, avec eux, les offrandes pour construire une nouvelle église, même si les moines normands possédaient un riche patrimoine et de nombreux revenus, tant en Normandie qu’en Bretagne, leur permettant de financer ces travaux.

Depuis sa fondation, vers 1112-1113, Savigny a presque constamment été en chantier. Dès 1173, la Chronique de Savigny évoque la construction d’une « nouvelle église », dont les travaux ne se terminent qu’un quart de siècle plus tard, en 1200. En 1220, une nouvelle église abbatiale est solennellement consacrée. Mais les moines poursuivirent les aménagements et l’année 1243 vit l’achèvement de travaux décidés par l’abbé Étienne de Lexington. Savigny se dota alors d’une nouvelle église et de nouveaux bâtiments religieux.


 Maquette de l'abbatiale d'après Louis Saint-Pois. Savigny-le Vieux, Terroirs 2000.

L’abbatiale était alors de vastes dimensions (longueur : 82,33 - largeur de la nef : 26,66 - largeur du transept : 50m) , mais il n’en reste plus que des ruines qui auraient été aptes à susciter l’intérêt de Victor Hugo et d’autres romantiques. Selon Lucien Musset, ce devait être « l’un des plus beaux ensembles gothiques de Normandie. » Aujourd’hui n’émergent plus de la campagne normande que quelques bâtiments, voire de simples pans, tel le célèbre portail du réfectoire.

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Des saints et des pèlerins

Depuis la fin de l’Antiquité tardive le culte des saints a connu un véritable succès, les moines n’hésitaient pas à voler des reliques à d’autres monastères afin que leur abbaye devienne un centre de pèlerinage...
        Savigny disposait de reliques  de saints. En premier lieu celles de son fondateur et premier abbé, Vital de Mortain. Geoffroy, le second abbé, fut aussi sanctifié par la dévotion populaire à sa mort. Deux autres moines furent distingués pour leur vertu, Hamon et Pierre d’Avranches, ainsi qu’un novice, Guillaume Niobé. Leurs corps furent donc transférés de la chapelle Sainte-Catherine vers la nouvelle église abbatiale. On déplaça leurs châsses, une plaque de plomb gravée indiquait quel saint reposait dans tel cercueil. Ils furent installés dans le chevet.

 Disposition des tombeaux  en hémicycle dans l'abbatiale; saints  Pierre d'Avranches,  Vital, Hamon, Guillaume Niobé,Geofroy, d'après Hippolyte Sauvage : Saint Vital et l'abbaye de Savigny,
ouvrage consultable sur votre écran dans notre chapitre II.

          Ces reliques étaient au cœur de pèlerinages et on peut deviner une concurrence entre abbayes. Ainsi, celle du Mont-Saint-Michel disposait depuis le XIe siècle d’un recueil de miracles. Le prestige de cette dernière faisait de l’ombre à Savigny.  Par exemple, au printemps 1256, Louis IX, de retour d’un pèlerinage au Mont, qui a retenu l’attention des historiens, s’arrêta aussi à Savigny, mais cet épisode est moins connu, pourtant, la Chronique de Savigny souligne qu’il est reçu avec grand honneur, accompagné d’une armée nombreuse et qu’il mangea dans le réfectoire avec les moines.









Dans l''armoire des reliques de l' église paroissiale de Savigny-le-Vieux,sont déposées,
outre des ossements des cinq saints de Savigny cités,  des reliques de sainte Adeline,
 de saint Thomas Becket, de saint Bernard de Clairvaux, de saint Calais, du bienheureux Serlon,
4ème abbé de Savigny.( cl. JP.Gallais. DR)


          L'une des  motivations principales des pèlerins était de prier sur la tombe des saints. Ces derniers faisant office d’intercesseurs auprès de Dieu. Les pèlerins souhaitaient guérir d’une maladie, retrouver un objet perdu, remercier les saints de les avoir secourus à un moment donné... Le flot ininterrompu des fidèles permettait à l’abbaye d’entretenir le culte de ses reliques, de financer ses travaux par le biais des donations et de diffuser sa réputation.



 Une double édification:

Le Livre des saints de l’abbaye de Savigny cherchait à réaliser une double édification, d’abord spirituelle, celle des chrétiens, puis une édification matérielle, celle de son église. Les miracles décrits concernent toute la population. Le recueil voulait montrer que tout le monde pouvait bénéficier de la protection des saints de Savigny. Toutefois Daniel Pichot l’a bien montré en recherchant le lieu d’origine des miraculés, l’essentiel de ces derniers venait d’un rayon de 50 km, Savigny demeure une abbaye au rayonnement régional.




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 Le  nombre des miracles est proportionnel à la taille des cercles noirs : 1,3, 5, 10, 15
 pour Savigny-même. (cliché J. Bachelier).
 Source : Daniel Pichot Savigny: une abbaye entre Normandie,Bretagne et Maine,
dans Quaghebeur J et Merdrignac B. Bretons et Normands au Moyen Age :
Rivalités, malentendus, convergences. Rennes P.U.R 2008 p.257.

                                                                     Texte : Julien Bachelier

                                                                                                                             Liens et clichés: Jean-Paul Gallais 
                                                                      Images  protégées: archeo133@gmail.com
                                                                            































               





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jeudi 5 avril 2012

SAVIGNY V: une abbaye en éclats

 L'ABBAYE de SAVIGNY: oeuvres éparses , reliques d'un passé prestigieux.


           Après la  confiscation des bâtiments abbatiaux et surtout après  leur achat par les Jacquemont, l'abbaye est systématiquement dépouillée de ses oeuvres d'art, les édifices sont peu à démontés  et parfois vendus pierre par pierre. Les pièces  identifiées et conservées constituent un puzzle jamais achevé.

      Les reliques des saints de Savigny, Vital, Geoffroy, Hamon, Pierre d'Avranches, Guillaume Niobé, objets d'une grande vénération, ont été sauvées de la profanation par les fidèles et transférées dans l'église paroissiale en septembre 1791.
 Reliques de saint Hamon, église de Savigny-le-Vieux.( cliché JPG)



 Plusieurs éléments d'architecture datant du XIIè au XVIIIè ont été disséminés dans les églises, les fermes et  demeures nobles des environs: Savigny,  Loges-Marchis, Landivy, Fougerolles-du-Plessis, Le Teilleul, Mortain, Notre-Dame-du- Touchet...



Eglise de Fougerolles-du- Plessis.
          
 
         La nef de l'église de Fougerolles-du-Plessis (XIXè) est portée par deux rangées de sept piliers de faible hauteur réunis par des ogives à double voussure:ces piliers de granit proviennent, d'après la tradition, de la salle basse du réfectoire des moines de l'abbaye.

     Quelques éléments du mobilier  du monastère ont été sauvegardés : maître- autel et lampe de sanctuaire à Mortain - heureuse destination dans cette ville et cette église si étroitement liées à saint Vital - autels latéraux, chaire du réfectoire, boiseries, cénotaphe de saint Vital, rares gisants....


 Gisant d'un  Baron de Fougères, l'un des Raoul (XIIIè) mutilé et dégradé,acquis par le comte de La Riboisière,déposé au château de Fougères, actuellement objet d'étude.




Maître-autel de la collégiale Saint-Evroult,à Mortain ,en provenance de Savigny : oeuvre somptueuse du XVIIIè en marbre rouge et noir des environs de Laval .Cliché de l'Office de Tourisme du canton de Mortain.



 Lampe de sanctuaire de l'abbatiale de Savigny, collégiale Saint-Evroult, Mortain.
 Cliché: A.  Guillouet, Office de Tourisme de Mortain.

          Cette lampe de sanctuaire en bronze doré a lui dans le choeur de l'abbatiale dans la seconde moitié du XVIIIè : avec sa suspension, elle atteint une hauteur de 3 m.35,  la lampe elle-même mesurant 1m.65 ( données de la base Palissy). Elle porte les armoiries de l'abbaye : la lettre S et la tige de fougère.


Les grandes orgues de la cathédrale de Coutances.


     L'orgue de la cathédrale de Coutances provient de l'abbaye de Savigny : il a été  conçu par les facteurs parisiens Deslandes et Rohrer et réalisé entre 1724, année du contrat, et 1728. Acheté par le Département en 1790, il  a été  reconstruit et complété en 1812 par Louis Lair du Mans. Depuis, plusieurs campagnes de restauration ont enrichi ses jeux. Le buffet imposant et ouvragé est l'oeuvre de sculpteurs caennais du XVIIIè : il est supporté par quatre colonnes corinthiennes et deux solides atlantes gainés dans une parure florale proche du rococo. Les silhouettes aériennes des anges musiciens juchés sur les tourelles  tempèrent la monumentalité de  l'oeuvre.
Pour plus de détails:
                    http://cathedralecoutances.free.fr//       

        Sur place, une seule statue a survécu au partage des dépouilles de l'abbaye : elle  veille  toujours dans la chapelle des lépreux, dite du Désert   peut-être à sa place d'origine. C'est le centurion Longin : en contrebas, s'étale un champ de ruines. Après avoir percé le flanc du Christ,Longin s'est converti et tourné vers la vie contemplative,d'après la Légende Dorée: solitude stoïque sur ces lieux désolés!Deux autres statues ont fui le site pour l'église Saint Gervais d'Avranches et plusieurs pour une destination inconnue.

 Saint Longin, armé de sa lance;  bois peint, XIVè?
 chapelle du Désert, Prévoyante Savinienne.( cliché JPG)



 Texte: Jean-Paul Gallais.
Photos de  l'auteur et  de l'Office du Tourisme de Mortain ,www.mortain-tourisme.fr   (lieux de visite )

 Pour la  remise en valeur du site de  l'abbaye:

- Association" Les Compagnons de Savigny".

-Communauté de communes de Saint-Hilaire-du-Harcouët,
 propriétaire du site.