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samedi 1 septembre 2012

LE CHATEAU DE LA FOLLETIERE,PARC BOTANIQUE DE HAUTE BRETAGNE, LE CHATELLIER




LE CHATEAU DE LA FOLTIERE





Parc Botanique de Haute Bretagne

 
                                    LE CHATELLIER





     Le château de la Folletière ou Foltière apparaît au milieu d'un bocage vallonné et frais où affleure le granit, posé sur les pentes douces du ruisseau de Fretay qui descend en serpentant du château voisin. Il est entré dans l'histoire du Pays de Fougères d'abord comme un simple manoir champêtre, devenu l'un des hauts lieux de la Chouannerie et de la  riposte royaliste, puis comme la résidence tranquille d'une illustre famille fougeraise ; enfin la métamorphose récente de son parc en un superbe espace dédié à la Couleur et à la Poésie des fleurs en a fait un site de référence.


DERNIER BAROUD DU COMTE DE PUISAYE



En 1796, La Folletière reçoit pendant quelques mois le comte de Puisaye, qui avait dirigé les armées fédéralistes vaincues à Pacy-sur-Eure. Revenu de Londres où il s'était réfugié après l'échec du débarquement de Quiberon, il s'installe à la Folletière, y fait chevaliers de Saint-Louis cinq des officiers de du Boisguy devant quatre mille hommes "formés en bataillon carré" et du Bois-Guy en personne ,rapporte-t-il dans ses Mémoires, et c'est là qu'il tente de fédérer les bataillons chouans, aventure sans grand lendemain.


 UNE DOUBLE METAMORPHOSE




        LES ORIGINES

       Le manoir  de la Folletière, dont le nom évoque les grandes frondaisons de hêtres, s'est inscrit dans le paysage au XVIe siècle. De 1513 à 1618, il appartient aux du Châtellier et à leurs descendants. De 1618  jusqu'au début du XIXè,le domaine de la Folletière fait partie des possessions de la famille d'Andigné, également propriétaire des   manoirs et fermes de Fretay, du Bas-Châtellier , de Ville-Courte,alors contigus , ainsi que de nombreux moulins et bois sur Le Châtellier ,Saint-Germain-en-Coglès et plusieurs communes du pays de Rennes.
     Jusqu'en 1818, la Folletière était la demeure de Mr et Mme de Saint-Gilles, fille unique de Joseph-Marie d'Andigné. L' année 1818 est celle du partage des biens en cinq lots ,attribués par tirage au sort : la Folletière échoit à Virginie de Saint-Gilles, Fretay à l'un de ses frères...
              Le 28 septembre 1820, le manoir  de la Folletière, les fermes de la Folletière et de Guémenard sont  vendus par  Virginie de Saint -Gilles, petite-fille du  chevalier Joseph-Marie d'Andigné à Jean-Marie-Alexandre Frontin des Buffards  (1). Une nouvelle page d'histoire s'ouvre alors.

 

      L'ASCENSION DE LA FAMILLE DES BUFFARDS



 La famille Frontin est originaire de Rouen où elle a rempli pendant plusieurs générations la charge de Conseiller à la Cour des Comptes de Normandie. Elle a été anoblie  en 1633 par Louis XIII. Au cours du XVIIè, l'un des Frontin exerce sa charge de  financier à Avranches.

 

Armorial d'Hozier.
A la fin du XVIIè, Jean Frontin, seigneur du Bugle, se fixe à Fougères ; son fils Julien-Guillaume (1706-1789),enseigne de la compagnie de garde-côtes de Cormeray près de Pontorson, épouse en 1732 Louise Longuet,  demeurant aux "Buffards", ferme autrefois située  entre la rue du Tribunal et la rue des Prés; le nom "des Buffards"est définitivement greffé sur le patronyme Frontin.

   De cette famille sont issues des bienfaitrices de Fougères, Gillette des Buffards appelée "la Mère des pauvres" et sa soeur, Madame de La Martinière qui ont assumé, avec mesdemoiselles Lemercier de Cures et de Bigaglia, la remise en ordre de l'Hôpital Saint-Louis établi en partie près de leur propriété des Buffards et agrandi à leurs frais. 
  A partir de 1787, par le jeu des alliances et des filiations, les familles Frontin des Buffards, de  Ruan, de Bigaglia de la Hellonnière, célèbres  verriers venus de Venise au XVIIè, se rejoignent.

La famille des Buffards, propriétaire de plusieurs métairies sur les communes du pays de Fougères et en dehors du département étend progressivement son domaine foncier au cours du XIXe et s'entoure de plusieurs centaines d'hectares sur les communes du Châtellier et de Saint-Germain-en-Coglès. Par la force  de l'ordre social  à l'époque, elle est fortement impliquée dans la vie locale et deux d'entre eux ont été maires de la commune au XIXe. La propriété de la Folletière restera dans cette famille jusqu'en 1994, soit 168 ans.



La dernière à porter le nom est Yvonne des Buffards, mariée à James-Lionel Rogon de Carcaradec (1910); la famille se fixe alors près de Lannion où  se trouvent ses racines . Peu à peu, au fil des générations, le château de la Folletière devient résidence de plaisance, moins fréquentée à partir des années soixante, plusieurs fois "visitée" et finalement mise en vente. Le nom "des Buffards" s'est presque effacé du paysage fougerais, même si le café des Buffards, rue des Prés, en a longtemps maintenu le souvenir.
 
En 1994, le  château et le parc de la Folletière sont acquis par Monsieur et Madame Jouno  qui  y  créent le  Parc  floral de Haute-Bretagne.
 



La Folletière au début du XXè. (coll.privée)

        Le manoir ancien se trouvait au bord de l’étang ; il ouvrait sur l’allée principale bordée de hêtres, alors prolongée d’une digue aujourd’hui sous les eaux. Le logis principal, d'une longueur de 25 mètres, comprenait une grande salle basse et une cuisine au rez-de-chaussée ; un escalier conduisait à l'étage où se succédaient quatre chambres ; des jardins avec terrasse et tonnelles agrémentaient ce cadre frais. Les communs de taille modeste étaient répartis au sud et formaient un ensemble avec la métairie de la Folletière.











  UN PREMIER REVE : UNE DEMEURE  DE CHARME




     Le château actuel a été édifié entre les années 1830 et 1854, à l'initiative de Jean-Marie Frontin des Buffards, ancien capitaine dans la garde impériale, vétéran de plusieurs campagnes napoléoniennes, honoré du titre de chevalier. Le destin met brutalement fin à la réalisation de son rêve : il est emporté en quelques jours en mars 1837.

     Le château est alors  en construction : son fils et unique héritier, Gustave-Marie, avait treize ans au décès de son père ; sa mère était décédée depuis longtemps. Son oncle et tuteur Alexandre Trotry de la Touche est chargé d'achever la charpente, de faire couvrir le château, d'assurer la protection de la construction .
      Peu après sa majorité, Gustave-Marie complète les travaux de finition et organise l'aménagement intérieur. Le cadre est dégagé : l'ancienne métairie est en partie démolie en 1852.  Le château sera presque prêt en 1854, l'année de son mariage, pour accueillir sa fiancée Amanda.

     L' architecture dépouillée, héritée du XVIIIème siècle, rappelle celle des grandes malouinières marquée par la symétrie et la lumière : le rez-de-chaussée et les deux étages ne comptent pas moins de 20 croisées chacun... Cette demeure d'un style nouveau élevée sur deux étages au lieu d'un seul  prévu sur l'un des  plans initiaux ( vers 1830?), plus haute et plus étoffée que les malouinières classiques, a été conçue par l'architecte fougerais Jourdin.



Harmonie bleue



    Les deux façades présentent un dessin différent : au sud, deux ailes identiques de deux travées de chaque côté d’un avant-corps au fronton triangulaire, tandis qu'au nord , deux  frontons triangulaires encadrent la partie centrale. Les étages, les entablements des ouvertures et le bandeau de la corniche et des frontons sont soulignés par le granit. La physionomie de l'ensemble reste très sobre, sans prétention excessive, comparée aux réalisations de style néo-gothique en vogue à l'époque. A la fin du XIXè, Martenot, alors architecte de la ville de Rennes, apporte quelques modifications à la  distribution des pièces  et  affine le décor des deux entrées.




 Plan de la façade nord par J-B Martenot, 1895. (collection privée)



      Le château était agrémenté d’un parc à l’anglaise en vogue à la fin du XVIIIè, dessiné et en partie réalisé par Fontaine, maître-terrassier vers 1850. La variété et la profondeur des perspectives y ont une importance majeure. Dans le souci d'une meilleure visibilité, le comte fait araser plusieurs talus, "pour découvrir " selon son expression.
 
     Les abords du château et les massifs du parc sont plantés de cèdres du Liban, de sapins et d'épicéas... Des palmiers complètent la touche exotique indispensable aux parcs en vogue à l'époque.





L'un des plans  du parc à l'état de projet signé A. Fontaine, peu avant 1850 ; l'emplacement de l'ancien manoir apparaît près de  l'étang,
 la ferme projetée en 4  ne sera pas  implantée 
à cet endroit mais plus au nord, en 1852. 
Les diverses perspectives sont portées au crayon (coll. privée). 



 

     UN SECOND REVE REALISE :


 LE PARC BOTANIQUE DE HAUTE BRETAGNE



 


  
      Aujourd’hui encore, le visiteur peut flâner dans un parc inventif  et poétique : le Parc Floral de Haute-Bretagne, ouvert en 1995, aujourd'hui Parc Botanique.

     Le parcours propose vingt-quatre jardins qui s'harmonisent avec la configuration du paysage, et nous font découvrir les essences et traditions florales des cinq continents, en suivant "les Trois Ages de la vie", selon l'expression de leur créateur : les jardins de l'Arcadie, les jardins Romantiques et ceux du Crépuscule.



La source bleue.(coll.. Parc Floral)



 
     Le Jardin Perse où des jets d’eau s’ébattent parmi la végétation luxuriante, est une re-création des jardins orientaux, les « Paradis ». La Cité Antique met en scène une architecture gréco-romaine et son mur de clôture renoue avec les jardins homériques et les jardins clos du Moyen-Age. Des labyrinthes ludiques rappellent les parcours initiatiques. La Renaissance italienne est conviée dans le "jardin secret", réminiscence des figures savantes de Villa Lante près de Rome et des jardins médicéens. 

 



 Broderie végétale du jardin secret.




 

    Ce voyage dans le temps et l’espace peut continuer au pays du Soleil Levant, dans le jardin zen, sobrement dessiné ou le jardin de thé qui invite au silence. Partout peut  se tisser une connivence avec  la  nature -artiste pour qui sait s'arrêter au  creux du vallon des poètes, retraite végétale, ou au bord des disques stellaires du jardin des étoiles. Une immersion dans la couleur et les parfums au cœur d’un parc « florilège » au sens propre où s’allient décor naturel, création esthétique et culture humaniste.

                                                      Jean-Paul Gallais.







Le reposoir de l'Harmonie du soir.





    Sources:- Archives privées.
                 -Armorial de France,d'Hozier,Didot,1869.
                    -(1)Acte réalisé par Me Richelot, notaire à Rennes le 28 septembre 1820.
 
    La reproduction des textes et des illustrations n'est autorisée qu'avec l'accord écrit  de  la Société d'Histoire et des auteurs.
 
 
 Liens
 
    Promenade virtuelle au Parc Botanique de     
                                     Haute Bretagne :
 
 Cliquez sur ce lien                      http://www.jardin-garden.com


























Les jardins botaniques
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    Le site  Patrimoine.region-Bretagne  ( manoirs et châteaux du Coglais) propose une lecture de l'architecture et de nombreuses prises de vue.  Vous pouvez cliquer sur ce lien dans la colonne de droite.



































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Inventaire général du patrimoine culturel
Auteur de la notice : Dalibard Sabrina
Année de rédaction : 2010

Bretagne
Ille-et-Vilaine
Châtellier (Le)
Folletière (la)
Château

Vignette
Vue générale sud

 










 
































jeudi 24 mai 2012

LA FORTERESSE DE FOUGERES


            

                     LA FORTERESSE DE   FOUGERES ,
PIECE-MAITRESSE DE  LA FRONTIERE BRETONNE

 

 Gravure aquarellée, Bachelot de la Pylaie.(coll. privée)
 Le château au début du XIXè.


  Une ceinture de citadelles dissuasives


        Pour  qui sait regarder entre ciel et terre, l’histoire se lit aussi dans la nature comme dans un livre ouvert. Pour cela il suffit  de lever les yeux et porter son regard vers les très nombreux vestiges jalonnant le territoire des marches de Bretagne au Moyen Age, lorsque celles-ci revêtirent la robe grise des premiers châteaux en pierre : gardiens de la frontière, pièces pétrifiées sur place d’une longue partie d’échecs perpétuant le souvenir des anciennes luttes ; témoins inertes d’un passé toujours présent, aujourd’hui ravivé par les songes de l’imaginaire. Des années 1150 jusqu’à la fin de la période médiévale, pas moins de trois siècles et demi de transformations continuelles imprimèrent leurs marques distinctives à chacune des grandes forteresses de première ligne.

 La tour  carrée de  la Haye Saint-Hilaire, percée de multiples
 meurtrières, fin du XIIè (collection  privée).

            De fait, celles-ci devinrent plus puissantes, plus solides, plus vastes…  et surtout plus confortables que les anciennes constructions charpentées de la première heure féodale : Fougères, Vitré, Châteaubriant, La Guerche, Ancenis, Clisson… mais aussi Rennes et Nantes, conférant toute son épaisseur à la zone d’intérêt proprement stratégique ; sans oublier  nombre de places comme Combourg, Landal, Aubigné, Hédé, Montmuran, Châteaugiron ou Châtillon reléguées au rang de seconde importance. Au temps de la féodalité et des seigneurs campés sur leurs antiques mottes, succéda le temps des princes et de la formation des Etats souverains : d’un côté,  le royaume de France en passe de s’affirmer de manière suzeraine ; de l’autre, le duché de Bretagne, en quête de sa propre existence. Point de meilleur exemple que la fondation de Saint-Aubin-du-Cormier – ordonnée par Pierre Mauclerc en 1225 – pour témoigner de cette évolution accompagnant la véritable naissance du pouvoir ducal en Bretagne au XIIIe siècle. Alors Saint-Aubin, ce n’est pas seulement un château, ni une belle ruine aujourd’hui confiée à la garde des oiseaux, c’est d’abord et avant tout un symbole : démonstration d’indépendance, affirmation politique, pari sur l’avenir, mémoire de la mortelle blessure infligée à l’identité bretonne… l’élévation de cet impressionnant donjon continue de signifier la volonté du duc d’édifier une authentique ligne de défense qui ne fût pas à la merci de certains de ses grands barons :  tels notamment ceux de Fougères et de Vitré, dont il avait toutes les raisons de se méfier et qui, dans le temps présent, s’apprêtaient à prendre la tête « d’un véritable parti français », délibérément hostile à sa politique.


 LE DEFI DE LA HAUTEUR






      Pendant ce temps à Fougères, la vie s’écoulait au rythme des jours ordinaires. Passent les générations et passent les seigneurs. En 1256 mourait le baron Raoul III, laissant sa fille Jeanne comme seule héritière de la baronnie. En épousant Hughes XII de Lusignan, Jeanne planta les jalons d’une nouvelle lignée qui devait régner sur Fougères jusqu’en 1314. Prestige, richesse, façons de construire directement importées des croisades et rêves de fécondation… se traduisirent à nouveau dans la pierre. De cette alliance, le rocher accoucha de la plus belle tour du château : magnifique fleuron d’architecture militaire posé en renouveau des anciennes structures ; situation inapprochable, assise parfaitement bloquée, généreuse et puissante ; impression saisissante de hauteur et remarquable pureté des lignes verticales… en forme d’invitation à scruter le sommet et, pourquoi pas, un soir, essayer de percer le secret de Mélusine : fée maternelle et bâtisseuse… et non moins très frénétique défricheuse ! Avec les Lusignan, le mythe devint réalité. Chose certaine pour Fougères, les années 1250-1300 furent des moments d’éclosion et de grandes constructions. Outre la tour Mélusine, émergèrent du sol la tour du Gobelin et l’enceinte urbaine, les églises Saint-Léonard et Saint-Sulpice ; plus grand nombre d’édifices civils et religieux, hélas aujourd’hui disparus.


  La tour  dite  Mélusine à la fin du XIXè. Collection Albert Durand,
 Médiathèque  La Clairière, Fougères. (cl. JPG.)



            Fières et pourtant vulnérables...






Ainsi s’éleva  la place forte de Fougères  dont la silhouette – singulièrement dominée par le beffroi – se calque point par point sur les nombreuses formes élancées de ses tours, de ses murailles et de ses clochers . Chacune des étapes de sa construction se reflète à travers la forme de ses différentes tours. Jusqu’à la fin du XIVe siècle, restèrent privilégiées les structures démesurément hautes, volontairement dissuasives et souvent retranchées dans des lieux particulièrement difficiles d’accès… Il est vrai qu’à cette date, la pratique de la guerre de siège, héritée des époques précédentes, reposait encore sur les techniques d’approche, d’encerclement, de sape, d’escalade et de jets de projectiles… destinées à venir à bout des systèmes défensifs ; fussent-ils les meilleurs du monde, en dépit des nombreux « raccoutrements » qui les caractérisaient et se présentaient comme autant de points faibles ! C’est pourquoi, tout au long du Moyen Age, il n’y eut guère de citadelles imprenables. Chacun sait ce qu’il advint de Fougères lors la fameuse nuit du 24 au 25 mars 1449, autrement appelée « la nuit de la surprise » : nuit tragique, au cours de laquelle la ville fut littéralement capturée par François de Surienne et sa poignée « d’échelleurs » professionnels qui, d’un seul bond d’un seul, s’en emparèrent sans le moindre coup férir… pendant le saint temps du Carême ! Au moins l’événement eut le mérite de précipiter la fin de la guerre de Cent Ans ; et ainsi, d’accélérer le cours de l’histoire.





 Préparation des charges. Gravure sur bois, Flavius Végèce,
 Du fait de guerre et fleur de chevalerie, 1536.
 Fonds Patrimoine, Médiathèque de Fougères. (cl. JPG.)

La période qui suit immédiatement annonce déjà l’arrivée de la guerre moderne avec les progrès fulgurants de l’artillerie à poudre. Dès lors les structures évoluèrent de manière spectaculaire, faisant apparaître toute une série de nouveaux ouvrages destinés à renforcer les parties les plus vulnérables de loin. Les tours Raoul et Surienne du château de Fougères, édifiées dans le courant des années 1480 sous l'autorité du duc François II, s’érigent en véritables merveilles d’adaptation à l’usage du canon : des constructions de type « fer à cheval », comme à Nantes, Clisson ou Dinan ; des murs d’une épaisseur exceptionnelle de 7 mètres à la base, une hauteur de 20 mètres affleurant au niveau de la courtine afin d’accentuer les effets de masse ; cinq étages surmontés d’une tourelle centrale et d’une vaste plateforme à canons ; nombreuses casemates aménagées dans les entrailles de la maçonnerie, débouchant par autant de petites embrasures évasées – signe de modernité ! – vers l’extérieur…



 Les tours Raoul et Surienne édifiées vers 1480.
  Des réalisations tout aussi impressionnantes que coûteuses qui, en définitive, s’avérèrent complètement inutiles face à l’énorme supériorité des forces françaises à compter du 9 juillet 1488, date à laquelle Fougères dut s’incliner une nouvelle fois devant le verdict des armes… en prélude à la terrible journée de Saint-Aubin-du-Cormier : une journée sans lendemain, placée sous les signes de la défaite et du démantèlement de l’Etat ducal… 


                                                                                                                                 René Cintré. 
   .    

                                           A suivre: La seconde vie du château de Fougères.

 La reproduction des textes et des illustrations est interdite sans l'accord écrit de la Société d'Histoire
























mercredi 25 janvier 2012

LE CHATEAU DU BOIS-GUY: une seconde jeunesse

LE CHÂTEAU du BOIS- GUY, Parigné.


                                  
UNE SECONDE JEUNESSE





La cour d'honneur vue du mail (cliché M. Hodebert)

                                   
Il fait bon  suivre la route de Villamée et s'arrêter au Bois-Guy : les grilles y sont maintenant largement ouvertes , des perspectives   sympathiques se dessinent et le château connaît une seconde  jeunesse.
 Abandonné depuis des décennies, occupé par une exploitation agricole, le château du Bois- Guy a bien failli tomber en ruines.  Vers 1994, une restauration hardie l’a réhabilité  et lui a redonné en partie son lustre d’antan et cette métamorphose continue.
C’est une belle construction du XVIIème siècle, de style Louis XIV, insérée entre une chapelle plus ancienne et  deux  puissantes tours défensives,  dont l’une est édifiée  sur les bases d’un édifice antérieur, sans doute du XVème ou XVIème siècle.






                 Ci-dessus, nous distinguons bien la partie du château qui n’a pas été reconstruite. Les 1er et 2ème étages ont fait place     à une terrasse entourée d’une balustrade de pierre et la tour de droite ne conserve plus que sa base.  





Le corps central du logis est généreusement éclairé par de hautes baies et son toit à la Mansart repose sur une couronne de corniches à modillons ; l’étage supérieur fait alterner frontons triangulaires et curvilignes suivant le goût du classicisme.
Avant que le château ne subisse toutes les agressions du temps et des intempéries, l’intérieur témoignait d’un souci de luxe et de confort évident. Les pièces étaient vastes et bien éclairées, les parquets de marqueterie étaient soignés, les plafonds décorés, les belles boiseries de chêne sculptées apportaient un certain raffinement à l’ensemble, tandis que des cheminées en marbre rose, de style Louis XV, répandaient la chaleur nécessaire à l’existence patriarcale chère aux gentilshommes bretons de l’époque. Au temps de sa splendeur, il existait même une petite salle de théâtre qui témoignait aussi des goûts artistiques de la famille du BoisGuy.

La cour est fermée sur un côté par les anciens communs, de la même époque que le château ; ils ont  retrouvé  une  élégance très  classique avec leurs pavillons à la Mansart, leurs ouvertures cintrées,  leurs oculi ovales,  leurs gerbières également cintrées et ouvragées. Convertis à l’usage de la ferme qui occupait le Bois-Guy, ces communs autrefois dégradés  offrent aujourd’hui de belles salles de réception.




                                                                                        Les anciens communs





   
 La chapelle dédiée à saint Martin, longtemps dépendance agricole, est retournée à  sa vocation première. Elle semble remonter au XVème siècle et elle conserve un beau petit retable du XVIIIème siècle. On y entre par une petite porte de style ogival et, à l’intérieur, une fenêtre flamboyante s’ouvre dans son chevet droit. Cette fenêtre, longtemps murée, a été rouverte lors de la restauration du retable. A l’entrée, une plaque commémorative rappelle aux visiteurs l’engagement   des trois frères, Aimé, Guy et Louis du Boisguy.
   Le château était posé  dans un cadre grandiose avec une grande cour d’honneur,  des douves - encore en partie visibles- et une ceinture de  bois de haute futaie et d’étangs : l’ensemble occupait alors 108 hectares. Peu à peu, les abords immédiats reprennent  leur cachet résidentiel et les jardins  retrouvent  leur ordonnance du Grand Siècle.

   
 Le château en ruines, envahi par les lierres vers1990.( Cliché M.Hodebert)







AIME PICQUET DU BOIS-GUY

 
   
        Le château était la résidence de campagne de la famille d’Aimé Picquet du Boisguy (1726-1839). Aimé Picquet du Boisguy se destinait à  servir dans la marine ; il a treize ans quand la Révolution s’enflamme. D’après son  beau-frère le colonel de Pontbriand,  il a partagé  très tôt l’idéal de La Rouërie, ami de la famille, chef de la Conjuration bretonne ; lors de la révolte de la Saint-Joseph qui éclate  le 19 mars 1793 à Landéan ,il prend la tête de l’insurrection chouanne :   il a alors quinze ans . Il dirige en redoutable tacticien une longue guerre d’embuscades dans les pays de Fougères et Vitré . En 1796, le comte de Puisaye qui tente de fédérer la Chouannerie le nomme général de l’armée de Rennes et Fougères.
     Longtemps irréductible, il ne cesse les hostilités qu'en 1800  mais il refuse de pactiser avec le Premier Consul qui lui offre d’entrer dans l’armée impériale . Avec le retour de Louis XVIII en 1815, il reprend un commandement militaire à Mézières dans les Ardennes et à Reims pendant la période du sacre de Charles X  mais , par fidélité aux Bourbons, il  refuse de reconnaître la Monarchie de Juillet en 1830.
Marcel Hodebert et Jean-Paul Gallais.
Clichés : Marcel Hodebert.      

                                               


                                          Lien :       http://www.bois-guy.fr/










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