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lundi 26 novembre 2012

FADHMA AMROUCHE, poétesse kabyle au pays de Fougères

Fadhma Amrouche,
de la Kabylie au pays de Fougères


     Quelle meilleure image que celle de l’arche entre deux mondes pour esquisser le mystère de cette femme, frontière entre le monde algérien et celui de laFrance ! Femme hors du commun qui ne cessa de recueillir les chants d’exil et les poèmes de son pays et qui finit par séjourner à l’hôpital de Saint-Brice-en-Coglès, près de Fougères, veillée par les Sœurs de la Sagesse, du 6 août 1965 au 25 février 1966, puis du 4 au 9 juillet 1967. L’ancrage breton de cette femme kabyle s’exprime à travers sa tombe au cimetière de Baillé où onpeut déchiffrer la date de sa mort, le 9 juillet 1967. Son employée, de Baillé, Fernande Simon s’était mise, à Paris, au service de Fadhma et de sa fille Marguerite Taos.



Fadhma Aït-Amrouche avec sa fille Taos
en Bretagne, 1966.




      Une vie d’exil


    Née en Kabylie en 1882, Fadhma connut une vie itinérante de village en village, puis elle rejoint Tunis et franchira la rive de la Méditerranée pour vivre à Paris. De cette vie écartelée, elle réunira les fragments dans des mémoires posthumes, Histoire de ma vie, d’abord parue aux éditions Maspéro en 1968, puis rééditée à la Découverte en 1991. Kateb Yacine, poète aujourd’hui disparu, devait rendre hommage à cette figure lors de sa disparition : « Je te salue Fadhma, jeune fille de ma tribu, pour nous tu n’es pas morte ! On te lira dans les douars, on te lira dans les lycées, nous ferons tout pour qu’on te lise ! »


      Une existence exposée aux difficultés et à l’hostilité


      Dans ses mémoires, Fadhma évoque ses parents : sa mère est originaire de Tizi Hibel ; son père ne voulut pas la reconnaître; elle-même n’eut pas de souvenir de son père. Sa mère, enceinte d’un homme qui l’aimait et qu’elle aimait, se heurta aux mœurs terribles des Kabyles : « Quand une femme a fauté, il faut qu’elle disparaisse, qu’on ne la voie plus, que la honte n’entache pas sa famille… » Tout est dit dans ces expressions lapidaires.

      Les conditions de vie sont exigeantes, voire hostiles : elle lave, carde, peint, file et tisse la laine. Elle laboure ses champs et cueille ses figues, ses raisins, ses olives. Fadhma est confiée alors aux Sœurs Blanches des ouadhias et ne cessera de rencontrer des prêtres et des religieuses.


      Elle est accueillie à l’école de Taddert-ou- Fella, également orphelinat, honorée par la visite de Emile Combes et de Jules Ferry. Fadhma est ensuite admise à l’hôpital des Aïth-Manegueleth comme pensionnaire, au service des malades. Une demande en mariage, celle de Belkacem Amrouche s’offre à elle. Le baptême et la cérémonie du mariage se déroulent en même temps , Fadhma abandonne l’Islam pour se convertir à la religion chrétienne, ce qui lui attire l’hostilité des musulmans qui l’entourent. Fadhma est alors berbère et chrétienne.



Fadhma en Kabylie,à 18 ans, avec son fils aîné Mohand Saïd.



      Une longue plainte chantée dans ses poèmes


    Fadhma eut la douleur de voir partir cinq de ses fils, sur les sept enfants mis au monde, bercés et pleurés. Dans un de ses poèmes composés afin de soulager sa peine, elle se livre à son improvisation, dans sa langue maternelle. Elle rejoint le fil avec les aèdes, « les clairchantants inconnus. »


« Je suis comme l’aigle blessé

L’aigle blessé entre les ailes

Tous ses enfants se sont envolés. »


    Belkhacem, son mari, obtient une place aux Chemins de Fer de Constantine, puis rejoint la ville de Tunis. Le couple déménage et connaît ce qu’on appelle l’exil.


Fadhma Aït-Amrouche (cl N. Treatt) avec
l'autorisation de Laurence Bourdil pour Le Pays n.102.



     Deux enfants écrivains et passeurs de littérature


     Jean Amrouche est indéniablement le grand intellectuel de cette période. Il donne une audience à des écrivains, comme Claudel, Gide et Mauriac, à travers des entretiens radiophoniques. Il est ainsi à l’origine des questionnements qui se développeront à la télévision. Ces interviews ont été éditées dans la série des 33 tours. Il serait bon qu’ils soient repris en CD. Jean prend position pur l’indépendance de l’Algérie.

    Sa sœur Marguerite Taos est la première femme algérienne à publier un roman. Elle recueille les chants et proverbes connus par sa mère qu’elle traduit dans « Grain magique » (Maspéro).
L’un des meilleurs connaisseurs de Jean Amrouche est Réjane Le Baut et on doit l’édition des œuvres en France de Marguerite Taos à Joëlle Losfield.

    Depuis le 8 juillet 2007, jour de l'hommage rendu par la Coordination des Berbères de France, des rencontres répétées ont lieu entre l’ACEB (Association Culturelle des Berbères de Bretagne) et le Coglais. Puisse une modeste tombe de granit, à Baillé, conduire à l’œuvre de Fadhma Amrouche.

                                              Daniel Heudré


  
          Plusieurs vidéos consacrées à Fadhma Amrouche, Jean et  Taos       Amrouche sont proposées sur la toile:
 
AutoPlay
 


 

 

 

           

samedi 13 octobre 2012

JULIEN MAUNOIR ET LA RECONQUETE SPIRITUELLE DE LA BRETAGNE


Catégorie: Apôtres et "fous de Dieu"




 Julien Maunoir (1606-1683)
 entre Plévin et Quimper.





 
       Le nom de Julien Maunoir est bien connu dans le Pays de Fougères, son souvenir est  omniprésent à Saint-Georges-de-Reintembault : sa  maison est sanctuarisée, une chapelle de l'église paroissiale lui est dédiée, plusieurs institutions , collège, associations portent son nom. A Fougères,  l'église du Bienheureux Maunoir , un vitrail de l'église Saint-Léonard, une rue, une fresque de Louis Garin  conservent sa mémoire. Mais il  a  surtout marqué  la Bretagne de l'Ouest qu'il a maintes fois parcourue : Quimper, Saint-Pol-de-Léon, PLeyben, Tréguier...  A Plévin où il repose, il est encore  vénéré et la population l'honore de deux pardons annuels. La Bretagne reconnaît en lui l'un des grands apôtres de la  renaissance catholique voulue par le Concile de Trente. Par quelle magie entraînait-il les foules?







 Eglise de Plévin, Côtes d'Armor,dernière mission et
 dernière demeure de Julien Maunoir.



 

 
 

UN GRAND MISSIONNAIRE BRETON 

             

 
 
I- JEUNESSE ET FORMATION
 

          Jésuite, missionnaire infatigable,prédicateur de grande renommée, grammairien bretonnant, Julien Maunoir est né à Saint-Georges-de-Reintembault le 1er octobre 1606 dans une maison transformée en chapelle dès 1662. Ses parents, Isaac Maunoir et Gabrielle Deloris étaient, dit-on, « plus riches des dons de la piété que des biens de la fortune », élevant quelques vaches pour arrondir leur revenu de tisserands, vivant très modestement, ce qui ne les empêchait pas de se montrer d’une charité proverbiale.








   
                                           Maison natale de Julien Maunoir
                 et chapelle attenante,Saint-Georges-de-Reintembault.





 
       Les premiers biographes du Père Maunoir ont laissé, comme souvent dans la vie des saints, des histoires merveilleuses et  naïves destinées à frapper les esprits de l’époque mais transmises de génération en génération jusqu’à nos jours. Ainsi, on raconte qu’un jour le petit Julien, encore enveloppé dans ses langes, tomba des genoux de sa mère sur la pierre de l’âtre de la cheminée. La dalle de granit se faisant aussi molle qu’un oreiller de plumes se creusa doucement afin d’amortir le choc et garda même l’empreinte de la tête de l’enfant...
 

        Comme beaucoup d’enfants de son âge, le jeune Julien a gardé les vaches dans le voisinage du bourg. On dit encore qu'il confiait la garde des bêtes à Dieu et allait prier à l’église. La tradition locale ,prompte à décrypter les vocations précoces, rapporte qu'il dirigeait ses camarades en procession à  la "Croix du Lac" et qu'il les sermonnait déjà...Quoi qu’il en soit, le jeune garçon s'est fait remarquer très tôt par le recteur qui l'a initié au latin et envoyé au collège des Jésuites de Rennes récemment fondé en cette ville à la demande de l’évêque. Remarqué là aussi pour sa piété par le père Coton, ancien confesseur d’Henri IV, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus et est envoyé au célèbre collège de la Flèche  puis il enseigne  les humanités à Quimper (1630 -1633) où il rencontre un prédicateur passionné Michel Le Nobletz, son maître spirituel ; dès lors, il se met à apprendre le breton  avec  beaucoup de facilité . Certaines  fables disent qu'au cours d'un pèlerinage  à la chapelle de Ty-Mam-Doué en Kerfeunten près de Quimper  il avait reçu d'un ange le don  de la langue... Après quatre années de formation théologique, il est ordonné prêtre à  Bourges en 1637.


 
Fichier:Cathédrale Saint-Corentin de Quimper 2005 01.jpg
Le don miraculeux de la langue bretonne à Julien Maunoir
oeuvre de Yann'Dargent, cathédrale de Quimper.
 (cl. Michael Kranewitter,W.Commons)

                        Textes : Marcel Hodebert
                                            Jean-Paul Gallais
                                     

        











 
 



 

vendredi 28 septembre 2012

LE PARDON DE N-D DES MARAIS à FOUGERES


 RENCONTRE DE LA PIETE ET DE L'HISTOIRE

    EGLISE   SAINT-SULPICE, FOUGERES








 Notre-Dame des Marais  dans sa parure royale à l'occasion
du pardon 2006.  (cliché Sr Hélène R.)
.





 LA DECOUVERTE DE LA STATUE

 


La statue de Notre-Dame des Marais est vénérée à Fougères depuis le XIVe.L’origine de ce culte est auréolée de légendes : ensevelie sous les décombres de la chapelle Sainte-Marie du château au cours de la prise de Fougères par Henri II Plantagenêt en 1166, elle aurait été retrouvée au début du XIVe près des fossés marécageux du château, lors de travaux d’agrandissement de l’église primitive.





 

 Vitrail de l'Invention de la statue de Notre-Dame au pied du château
(Payan et Guyonnet, 1901).


 Un vitrail de Payan et Guyonnet daté de 1901 a ancré dans le verre la découverte providentielle : sous le regard ébloui des princes de la maison de Fougères, du clergé régulier et séculier et des  terrassiers,  les trois ordres de la société médiévale,la statue apparaît dans une blancheur surprenante, intacte... 






 Statue de Notre-Dame des Marais,
pierre de Caen polychrome.




Notre-Dame des Marais dont l’histoire a été longuement contée par le vicomte Le Bouteiller est une Vierge allaitante de la fin du XIVe. Cette image attendrissante de Marie nourricière est l’objet d’une grande vénération au Moyen Age. Elle exalte le rôle maternel et protecteur de Marie en même temps qu’elle met en valeur l’intimité charnelle entre l’humain et le divin. Les visages ont été refaits au XVIIIesiècle sans doute par le sculpteur fougerais Antoine Viollard, auteur talentueux des statues du chœur. Pourtant cette réfection partielle n’est pas des plus habile : l’expression manque un peu de naturel et l’enfant Jésus semble excessivement joufflu et mal proportionné, ces petits défauts n’ont jamais altéré la piété populaire, loin s’en faut…





DES  SIECLES DE DEVOTION



 La statue est très  vite vénérée, d'abord à l'extérieur de l'église dans un petit oratoire puis dans la chapelle Notre-Dame édifiée par la confrérie de la Mi-Août consacrée au début du XVè et desservie par sept chapelains, puis à nouveau à l'extérieur, pour une dévotion plus libre... Pendant plusieurs siècles, les pélerins affluent de loin, d'autant plus nombreux qu'on prête à la Vierge des pouvoirs miraculeux  de guérison.
 Selon le vicomte Le Bouteiller, même au cours de la période révolutionnaire, la dévotion ne faiblit pas malgré les interdictions officielles ; l’oratoire est fermé au culte, la statue est achetée par un paroissien et elle continue à être honorée chez lui. Au début du XIXe, elle regagne son  oratoire.
 
 
 

 
 
 




 
 
 

La chapelle néogothique  Notre-Dame des Marais
 (Archives municipales, Fougères) 
 
 
 
 
  Au cours des années 1869-1872, l'architecte  Tourneux  le  remplace  par une grande chapelle néo-gothique, édifiée en pierre de Caen. Jugée  inesthétique car elle formait un appendice peu harmonieux dont la couleur blanche rompait l'unité du granit sur le collatéral nord, elle est détruite  en 1960 par la volonté des Monuments Historiques.
 
 C'est alors qu'elle est placée devant le grand retable gothique  de la chapelle Notre-Dame où les Fougerais la prient aujourd'hui.








 

 
  LE COURONNEMENT


 Collection Archives  municipales, Fougères.

 
  
 Le Couronnement  de Notre-Dame des Marais a été célébré en grande pompe le 8 septembre 1923 dans l’enceinte du château  devant une assemblée considérable : le Journal de Fougères avance le chiffre de 20000 personnnes.Il est entré dans l’histoire de  la cité. 
 La faveur du  couronnement  avait été  sollicitée près du Pape par le chanoine Mathurin, curé de Saint-Sulpice, en 1922.  Le jour choisi est  celui  de la fête mariale de la Nativité. La  célébration comporte un premier  cortège de l'église au château, une  grand'messe pontificale,  le panégyrique de  Notre-Dame, le couronnement  solennel avec les couronnes  d'or offertes par les Fougerais - la tradition raconte qu'elles ont été fondues avec les bijoux des paroissiennes et donatrices; après les vêpres , la  procession  se dirige vers  les églises N-D de Bonabry et Saint-Léonard à travers les rues pavoisées , au milieu d'une foule inimaginable :"50000  étrangers, pour le moins, étaient venus" affirme le même journal sans doute peu sourcilleux sur l'exactitude... Il est vrai qu'on avait prévu des trains spéciaux partis de Vitré, Saint-Malo,Coutances,  Vire et Mortain. Et tous fredonnent le cantique populaire composé pour la circonstance, dans lequel  se croisent  assez curieusement la piété et l'histoire teintée de légende...



 
 Cantique  du Couronnement, dans sa première version, ici incomplète.
       Enfin la fête se termine  au château par un retentissant Te Deum et la  vieille cité  s'illumine...



 Procession du Couronnement, Archives municipales.

 
 
        LE PARDON DE NOTRE-DAME DES MARAIS

       Pour perpétuer cet hommage et donner plus de solennité à la dévotion  mariale, le curé de Saint-Sulpice institue en 1924 la célébration du Pardon. Cette tradition est toujours respectée. Le dernier dimanche de septembre, la statue est revêtue de son manteau de sacre fleurdelisé et doublé d'hermine  dont les mouchetures rappellent, pour les Fougerais du moins, l'appartenance bretonne si présente sur le retable du duc de Bretagne de l'actuelle chapelle Notre-Dame des Marais.


 Parure du Couronnement  et du Pardon.
      La paroisse  renoue avec un rite pluriséculaire : l'habillement de la statue, attesté dès le XVe dans les archives de Saint-Sulpice. Marque de vénération ou rite d'appropriation du sacré, cette coutume très anthropomorphique et fusionnelle  de la parure remonte aux pratiques  cultuelles antiques.

        La Vierge et l'Enfant sont coiffés de leurs couronnes  précieuses, autrefois dessinées par  l'historien Henri Le Bouteiller ou du moins de leur réplique. Même si la foule est moins dense,la procession se déroule toujours dans le quartier,comme pour se réapproprier chaque année l'espace spirituel.Les couplets du cantique marial ont été modérés mais la mélodie douce  est toujours chantée avec la même ferveur.
  
 
 
     En dépit des vents contraires, le culte de Notre-Dame des Marais empreint de merveilleux, de tradition et de foi sincère est resté profondément ancré dans la mémoire collective fougeraise et il est solidement entretenu par les paroissiens de Saint-Sulpice.       
 
       Jean-Paul Gallais.





 Passage du discours , bien inscrit dans l'Histoire de Fougères, prononcé
par le chanoine Mathurin lors du banquet du Couronnement, rapporté par
Le Nouvelliste de Bretagne, relayé par le Journal de Fougères, 15 -09-1923.
                               Archives municipales.
 
   Source:Le Journal de Fougères, 15 septembre1923. Archives municipales, Fougères.
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