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vendredi 24 janvier 2020

Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères









 .

Chapelle Saint-Jacques de Marigny (cliché SHAPFougères)

OBJECTIFS  DE   LA  SOCIETE

La Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères s'intéresse aux évènements et aux personnages qui ont façonné l'Histoire dans la région de Fougères et les territoires
voisins;elle se tourne aussi vers les coulisses de la petite histoire, de la vie ordinaire et vers les contingences qui ont dessiné son paysage culturel. 

Attentive à la préservation du Patrimoine, elle y contribue en le faisant connaître et elle
         entretient  deux chapelles qui lui ont été léguées: la chapelle Saint-Clair en La Bazouge-du-Désert et la Chapelle Saint-Jacques de Marigny en Saint-Germain-en-Coglès,  toutes deux servies par la beauté  d'un cadre naturel vallonné et boisé.



Ce blog vise à faire  partager des informations sur les richesses du patrimoine régional suivant deux axes:


SITES DE MEMOIRE, PERSONNAGES  D'HISTOIRE.



 La reproduction des articles et des images  est interdite sans autorisation  écrite
 préalable de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Fougères;






















jeudi 10 mai 2012

Le général FRANCOIS-RENE de POMMEREUL, amateur d'art


FRANCOIS-RENE de POMMEREUL,  esthète et mécène.




L'AMATEUR D'ART

           Si François-René de Pommereul a traduit plusieurs essais sur l'Art du critique italien Milizia, il a aussi exprimé ses propres conceptions ; adepte du néo-classicisme, il a préconisé l'édification de monuments publics pour familiariser la société avec l'art et il a voulu encourager la créativité des artistes principalement des graveurs : ses thèses sont exposées dans la seconde partie de l'ouvrage De l'art de voir dans les Beaux-Arts  : " Des institutions propres à encourager et perfectionner les Beaux-Arts en France "  p.233à 274, accessibles  en cliquant sur ce lien

      
          Pommereul a milité pour la création d'un musée public de gravure où seraient réunies les estampes des collections nationales et conservés les cuivres des graveurs ; il a voulu faciliter le commerce des épreuves de façon à soutenir la création des artistes, il est ainsi à l'origine de la CHALCOGRAPHIE du LOUVRE ou  Collection des estampes (1799) dont on peut voir l'historique en cliquant sur ce lien:


Gravure  d 'ex-libris (marque d'appartenance), d'inspiration néo- grecque ,
début XIX, Archives municipales de Fougères, fonds Pommereul.



UN GRAND BIBLIOPHILE

          Sa bibliothèque en partie conservée à la médiathèque de  Fougères allie la curiosité littéraire et scientifique à un goût d'esthète. L'exploration des lointains, le contact des civilisations proposent aux philosophes des Lumières une autre approche  du vrai et du beau :

Gravure de frontispice de Baquoy.
Description géographique de l'Empire de la Chine et de la
Tartarie Chinoise, par le père du Halde.
 Fonds  ancien, Médiathèque de Fougères.


       Ses collections offrent un reflet de sa culture  humaniste et encyclopédique. Elle est riche de milliers d'ouvrages qui couvrent les débuts de l'imprimerie et les trois siècles suivants : oeuvres de la littérature latine, premières éditions d'oeuvres littéraires, ouvrages artistiques, historiques et scientifiques, récits de voyages... Ces volumes  souvent parés de reliures de cuir somptueuses et de gravures d'artistes renommés sont à eux seuls des oeuvres d'art.



 Reliure Mosaïque luxueuse, fin XVIIIè . Voyage de La Pérouse autour du Monde.
 Paris, 1797. Médiathèque de Fougères, fonds patrimonial,12 B.


       En 1838, le général Gilbert de Pommereul (1774-1860) a fait don à la ville de Fougères de sa bibliothèque personnelle héritée de son père, soit 5 000 ouvrages du XVè au XVIIIè siècle et  une collection de très belles gravures;il a  ainsi permis la création d’une bibliothèque municipale. La rue Pommereul qui longe l'ancienne bibliothèque et s'ouvre à proximité de l'hôtel Bertin (aujourd'hui presbytère Saint-Léonard) - où Gilbert de Pommereul a accueilli son ami  Honoré de Balzac - perpétue le souvenir de cette illustre famille.


Ex-libris du général baron François de Pommereul, gravé en taille-douce, style rocaille,figurant les armes du propriétaire: la feuille de fougère,
 le rempart crénelé, le canon et la plume.
Recueil de pièces servans à l'histoire de Henry III ..,1662. Médiathèque de Fougères 60A.
                                                                              Texte et clichés: Jean-Paul Gallais.
                                                                              Images protégées

 Ressources documentaires:
- Archives de Fougères, fonds Pommereul.
-Quelques biographies du XIXè, souvent partisanes...et incomplètes,
-  Encyclopédie wikipedia.
- Des éclairages brefs mais différents  dans ces publications:
     Revue "Le Pays de Fougères",article de Daniel Heudré, n. 141,1999.
     Docteur Poirier" Hauts lieux réputés au Pays de Fougères", 1983
     Depasse François, Fougères et ses environs ,Bastion,rééd. 1986.
                                                                               

samedi 7 avril 2012

COMMENT LES RESISTANTS FOUGERAIS ONT-ILS ETE TRAHIS ?


 COMMENT LES RESISTANTS FOUGERAIS ONT-ILS ETE TRAHIS ?


     Dans « Agents du Reich en Bretagne » Kristian Hamon, historien, apporte une réponse fortement renseignée.



 Ajours du vitrail de la Charité de saint Martin, protecteur de l'église de Mellé,
  suggérant les premières paroles du Chant des Partisans : "Ami, entends-tu le vol noir des
corbeaux sur nos plaines ?". Ce vitrail (fin1943), oeuvre de D. Darquet, maître-verrier
d'Amiens, adresse une supplique à saint  Martin pour le retour des  prisonniers de guerre.


    Les années noires, les heures tragiques de l’occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale ont déversé des eaux troubles où l’homme a exprimé le meilleur comme le pire de lui-même. L’ouvrage paru fin 2011 projette des lumières sur la Résistance comme sur les lâches compromissions des Organisations pronazies en action dans le Pays de Fougères et près des maquis bretons.


 L'INFILTRATION DU GROUPE RENE GALLAIS


     Le groupe Gallais a fait l’objet de nombreux récits auprès des lycéens par Huguette Gallais, fille de René Gallais, résistante et déportée. L’arrestation du groupe a lieu le 9 octobre 1941, après dénonciation. Après avoir été détenus à la prison d’Angers, puis transférés à la prison de Fresne et à celle de la Santé, à Paris, les 12 membres du réseau se retrouvent à Augsburg, puis à Munich. Le 23 février 1943, ils sont condamnés à mort. Le 21 septembre de la même année, René Gallais, François Lebossé, Raymond Loysance, Marcel Pitois, Louis Richer, Antoine Perez, Jules Frémont et Jules Rochelle sont exécutés à Munich. Andrée Gallais et sa fille Huguette, ainsi que Louise Pitois et Marcel Lebastard sont graciés et commencent un parcours dans l’univers concentrationnaire nazi. Qui les a perdus ?





 Mémorial de la Résistance, square René Gallais, Fougères.
"Ni haine ni oubli"

    Heures tragiques, activités de récupération d’armes avec la volonté de chasser l’occupant, mais aussi activités de délation et de marché noir qui s’apparentent à des nœuds de vipères prêtes à inoculer le plus mauvais venin. Dans l’ombre, parfois même au grand jour, travaillent des individus compromis avec les Allemands. L’un d’eux est clairement identifié ici : Alain Guerduel, à l’origine  membre du groupe Gallais à Fougères. Il est secondé par sa femme, apparemment fervente patriote,proche de la famille Gallais et d'autant plus dangereuse.  C’est le type même du double jeu avec un compagnonnage auprès des résistants et une présence active auprès de la Gestapo. A partir de 1941, Guerduel assure un travail d’interprète auprès de la Feldkommandantur  du Reich.









    Le propre de l’auteur est justement de démêler les fils de la Résistance et des Organisations pronazies, dans la mesure où la dénonciation est souvent l’épée de Damoclès suspendue au-dessus des activités clandestines des résistants. En Bretagne, la formation Perrot , du nom de l’abbé Perrot, recteur de Scrignac, est une unité allemande composée de jeunes nationalistes français bretons, impliqués dans la police de sûreté de la SS (escadron de protection). Des Français exclusivement qui combattent sur le sol français contre d’autres Français. Cette formation à caractère militaire assure la protection des nationalistes bretons proches des Allemands et menacés par les résistants.


        Des autonomistes bretons, Fougères en compte une vingtaine de membres fin 1942, tous se livrant à des activités de marché noir et de délation. L’auteur nous donne le portrait de l’un d’eux, André Colin, agent de la Gestapo. Revêtu d’un manteau de cuir marron, coiffé d’un chapeau à bords relevés, botté de cuir, il se déplace souvent à moto en compagnie de Gérard Goavec, jeune adolescent de 17 ans, en recherche d’identité et d’autorité, et surnommé à juste titre  Lacombe Lucien, d’après l’excellent film de Louis Malle. Des profils inquiétants sans aucune morale et prêts aux pires exactions contre les résistants.



 LA DENONCIATION DE THERESE PIERRE



Thérèse Pierre. Collection D. Heudré


         D’une autre sensibilité que le groupe Gallais, Thérèse Pierre est chargée de la propagande du mouvement de résistance, le Front National, sous les ordres de Loulou Pétri.

      Elle est nommée professeur à l’EPS de Fougères et fabrique de faux papiers pour les réfractaires. Son nom et ses activités sont désormais bien connus grâce à Germaine Dulong, son agent de liaison. Le 21 octobre 1943, Thérèse Pierre est arrêtée  à son domicile, 32 rue des Prés, à Fougères. Elle est transférée à la prison Jacques Cartier à Rennes, torturée, flagellée par la Gestapo. Jamais Thérèse Pierre ne livra un seul nom et on la retrouva pendue  … du fait des mains criminelles de ses bourreaux.











LA  LIQUIDATION TRAGIQUE DU MAQUIS  D'EVERRE.




                 


Ruines informes du moulin d'Everre au bord du Couesnon incendié au soir
du 27 juillet 1944.


    Enfin, l’attaque, le 27 juillet 1944, du moulin d’Everre à Saint-Marc-sur-Couesnon, près de Fougères, marque la dernière expédition du PPF (Parti Populaire Français, organisation fasciste fondée par Jacques Doriot et collaboratrice  pendant la guerre) et du SD (Service de sécurité de la SS). L’enjeu est de taille, puisque cet endroit isolé sert de refuge aux réfractaires et déserteurs du Mur de l’Atlantique, conçu par Rommel. Par inexpérience et sans doute par indiscrétion, ils sont repérés par Goavec  et échouent dans leur tâche de neutraliser la Milice de Fougères.
   L'assaut dirigé sur le moulin à l'heure où treize résistants se retrouvent pour la soupe du soir  fait  plusieurs victimes: quatre résistants sont arrêtés et fusillés sur place. Cinq cultivateurs des fermes voisines sont pris en otages et déportés.


Stèle élevée à la mémoire d'André Chapron, Roger Crosnier, Joseph Lemoine,
Léon Pépin, fusillés au moulin d'Everre, membres du réseau de Résistance de Dinard
et Pleurtuit  dirigé par le commandant Louis Pétri ; la croix apposée sur l'arbre marque
l'endroit où l'un d'eux a été exécuté.



         Ce livre de Kristian Hamon Agents du Reich en Bretagne (édition Skol Vreizh,2011) très documenté et illustré par des portraits est à recommander car il éclaire des zones d’ombre et permet souvent de mieux cerner la complexité d’une période tissée de choix généreux et d’options exaltées aveugles.



                                        Article: Daniel Heudré.
                                        Clichés et publication; JPG.