vendredi 18 mai 2012

MEGALITHES II :LA PIERRE COURCOULEE

 SITES DE MEMOIRE :

Les mégalithes de la forêt de Fougères

La Pierre Courcoulée




Outre la Pierre du Trésor, la forêt de Fougères abrite un second mégalithe : la Pierre Courcoulée.  Les mêmes questions valent pour ce dolmen caché parmi les arbres,mieux conservé que le premier. 



Description de la Pierre Courcoulée


Cet ensemble mégalithique se situe dans la partie occidentale de la forêt de Fougères, non loin d’un chemin forestier, rejoignant le carrefour du Poulailler. Cernée par les arbres, la Pierre Courcoulée surgit alors.


On distingue très nettement un amas d’une quinzaine de pierres en granit, ce qui n’étonnera pas en forêt de Fougères. La Pierre Courcoulée paraît divisée en deux parties, mais tel ne devait pas être le cas à l’origine, il faut probablement imaginer un seul et même ensemble mégalithique avec ses piliers et sa dalle de couverture.


 La Pierre Courcoulée depuis le chemin forestier. On perçoit bien les deux parties du mégalithe :
 à droite, la partie la mieux conservée correspondrait au couloir et,
 à gauche, la partie la plus affaissée serait la cella. (Cliché J. Bachelier,2012.)


Si l’on restitue l’ensemble et que l’on admet que cette dernière a été brisée, elle mesure près de 5 mètres de long, large de 1 mètre et épaisse de plus 1,10 mètre. Cette table de recouvrement est actuellement cassée, elle l’était déjà au début du XIXe siècle lorsque l’on peut lire les premières descriptions. Certains ont estimé qu’elle ne formait qu’un seul et même bloc, mais on peut également penser qu’elle était bien divisée en deux parties dès la construction du monument, même si classiquement les autres mégalithes de cette forme n’étaient recouverts que d’une seule pierre. La brisure est particulièrement érodée, preuve que si la pierre appartenait à un même ensemble cette fracture est ancienne. On accuse parfois les chercheurs de trésors, mais les chrétiens ont aussi renversé des mégalithes, à défaut, en cas d’échec, ils ont christianisé le menhir, comme la Pierre Longue ou Lande Rosse en Noyal-sous-Bazouges. Parfois aussi, les destructions remontent bien haut dans le temps, les hommes préhistoriques ont parfois détruits ce que leurs devanciers, de quelques siècles, avaient érigé.


Étant donné la difficulté de savoir si la table de recouvrement formait un seul bloc, partons de l’existant. Arrivant du chemin, une première partie repose sur quatre piliers, à chaque angle. Malgré leur forme, qui paraît irrégulière, ceux-ci présentent des points communs. Leur hauteur varie entre 0,70 et 0,80 mètre et leur épaisseur oscille entre 0,40 et 0,50 mètre. Nonobstant les dégâts, on perçoit une certaine logique dans leur répartition, si leur base se touche, formant comme un muret, leur sommet laisse percer la lumière au sein de ce qui devait faire office de couloir. Avant d’en venir à la deuxième partie du mégalithe, on notera l’existence d’une pierre entre les deux sections, elle pourrait correspondre à une dalle transversale, barrant l’accès à la chambre depuis le couloir.


La deuxième partie de la table de recouvrement est beaucoup plus affaissée. Dans les années 1920-1930, elle reposait sur trois piliers, depuis elle semble avoir encore basculé et on peut difficilement employer le verbe « reposer ». La pierre a basculé sur son flanc septentrional et une seule pierre sert encore de support ; sous elle on devine un bloc.


Enfin, restent deux anciens piliers qui aujourd’hui ne supportent plus rien. Le premier se trouve entre les deux parties précédemment décrites. Quant au second, il se situe à l’extrémité du deuxième bloc, tout indique qu’il servait de support, mais sa partie haute paraît avoir été tirée vers l’extérieur, ce qui pourrait expliquer le basculement de cette partie de la table de recouvrement.


L’assemblage de ces pierres indique l’existence d’un couloir et d’une chambre, ou cella. Le premier paraît extrêmement exigu avec à peine une trentaine de centimètres de large en certains endroits, on peine à croire que son état actuel soit conforme à ce qu’il était à l’origine. Quant à la cella  (partie la plus secrète d'un  édifice sacré), l’état de dégradation actuel rend délicat la moindre hypothèse, néanmoins elle pouvait mesurer près d’un mètre de long sur une cinquantaine de centimètres de large, la hauteur est difficile à estimer du fait de l’affaissement du sol et de la table de recouvrement. 






 Vue de face de la Pierre Courcoulée : il  s'agirait de l'entrée du couloir, mais la distance entre les
deux stalles laisse perplexe ; des restaurations auraient pu redresser les deux pierres en façade.
 (Cliché J. Bachelier,2012)


Tout autour de cet ensemble on devine un tracé ovalaire de 8-10 mètres de diamètre. Il est très dégradé et ne couvre que le tiers de l’enceinte, au sein de laquelle on observe quelques pierres. Sur ces dernières on peut émettre quelques hypothèses : ainsi devant le mégalithe, une première pierre pouvait servir à clore l’accès au dolmen. Mais on peut aussi imaginer que la Pierre Courcoulée était plus grande à l’origine.



Une pierre et plusieurs dénominations


La Pierre Courcoulée porte d’autres noms, d’ailleurs ce dernier semble lui avoir été tardivement attribué. Au XIXe siècle, on parlait davantage du Monument ou plus encore de la Pierre aux Huguenots.

Alexandre de Noual de la Houssaye est revenu sur ces noms derrière lesquels sommeillent des légendes. Il a recueilli les traditions locales et les habitants des environs pensaient que ces vieilles pierres étaient les restes d’une demeure des Templiers. Cet ordre du XIIe siècle, était composé des célèbres moines-soldats, il connut une forte diffusion au cours du XIIIe siècle, mais à aucun moment les Templiers ne furent présents à Fougères et sa région. Mais derrière ces derniers, les paysans les auraient confondus avec d’autres chrétiens, les Huguenots ! Avec ceux-ci, on réalise un nouveau bond dans l’histoire, puisque le terme désigne les protestants aux XVIe – XVIIe siècles. Ils n’ont pas plus de rapport avec la Pierre Courcoulée que les Templiers ! En fait, Alexandre de Noual de la Houssaye estime, et à juste titre, que pour les populations catholiques Huguenots et Templiers ne sont que des païens parmi d’autres. Dès lors, le bon sens populaire se trompait certes de quelques siècles, voire millénaires, mais le rôle religieux des mégalithes était pressenti.



Des objets funéraires ?

Si la Pierre Courcoulée a certainement connu de nombreuses fouilles sauvages, il semblerait toutefois qu’on y ait retrouvé des « anneaux bretons » qui dateraient du Néolithique final, soit vers 2500 av. notre ère. L’usage de ces derniers demeure flou, s’agissait-il d’armes, d’outils, d’instrument de musique, d’ornement de chevelure et/ou vestimentaires, de bracelets ou anneaux de cheville ? Les archéologues optent pour la prudence en estimant qu’il s’agit de mobilier funéraire, d’un dépôt pour le ou les défunts.



 Dolmen ou allée couverte?

La tradition populaire qualifie ce type de monument mégalithique de dolmen, historiens et archéologues lui préfèrent celui d’ « allée couverte ». Il s’agit d’une variante, généralement, les allées couvertes sont formées d’un long couloir, avec des dalles de même hauteur et une largeur constante. Parfois, à l’extrémité du monument est aménagée une petite cellule séparée par une dalle transversale. Afin de préserver la Pierre Courcoulée, elle a été classée monument historique en 1946.


                                                                                                                 Julien Bachelier