samedi 25 juillet 2015

II- Les Bretons à ORANGE, Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.

L’Armée bretonne à Orange


Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier







Laissons la parole à l’abbé Vigoland[24] pour relater l’occupation d’Orange par les troupes bretonnes avant la célèbre et terrible bataille de Saint-Aubin-du-Cormier[25] du 28 juillet 1488 qui sonna le glas de l’indépendance bretonne :


« Le samedi 26 juillet 1488, des troupes considérables environnèrent Vieux-Vy et couvrirent peu à peu toutes les hauteurs qui dominent le Couesnon. Une animation extrême régnait en même temps autour du manoir féodal qu’habitait Jehan de Châteaubriant, l’héritier des derniers d’Orange. Jehan commandait l’arrière-garde de l’armée bretonne et il recevait ce jour-là dans son château le duc d’Orléans[26], le sire d’Albret et les principaux chefs de l’armée. Les soldats campaient dans l’ancienne station romaine et les retranchements de Bourgueil, sur les collines voisines et dans la plaine qui s’étend sur les rives de l’Aleron. « Il y avait là 7.000 Bretons, 800 Allemands, 900 Anglais, 1.000 Espagnols et 2.500 Gascons qui allaient combattre contre la France pour l’indépendance de la Bretagne.



 Colline d'Orange, 2015.

« Quelques jours auparavant, cette armée s’était concentrée à Rennes et avait décidé de marcher sur Fougères investie par les Français, mais comme la route était barrée à Saint-Aubin-du-Cormier, elle avait été obligée de remonter vers le Nord. Le 24 juillet avait lieu à Andouillé une revue générale, suivie d’un conseil de guerre où l’on avait résolu de courir les chances d’une bataille rangée. A ce moment, on croyait encore Fougères investie, mais elle était prise depuis deux jours et La Trémoille avait caché son succès pour tendre un piège aux Bretons. Ceux-ci décidèrent donc d’aller au-devant des Français, et pour avoir une route sûre et commode, ils prirent le chemin de Vieux-Vy dans la matinée du 26 juillet.

« L’armée suivit, à l’Ouest de Sens, l’ancienne voie romaine de Jublains à Corseul et arriva à Sautoger où le duc d’Orléans, commandant de l’avant-garde, avait déjà établi son quartier général. Elle eut soin d’élever de distance en distance des retranchements. L’après-midi, les troupes se remirent en marche, longèrent la Fontaine d’Abyme et la Ménardaye et s’arrêtèrent devant Orange où la plupart des Bretons devaient camper en attendant la bataille.


« Toute la soirée du 26 et la journée du lendemain qui était un dimanche furent consacrées à des préparatifs militaires. C’est alors qu’on apprit la capitulation de Fougères. « En même temps, dit un vieil homme, on sceut que l’ennemy marchait mesme route vers Saint-Aubin et l’on commença à s’assurer qu’il se donnerait bataille ». C’est pourquoi, ajoute-t-il, les soldats bretons se confessèrent et se mirent en état de communier.


« On continuait néanmoins de réparer les anciennes fortifications romaines, et dans la soirée du dimanche on éleva autour du camp de nombreux retranchements. Ceux-ci furent surtout construits dans la partie Sud qui était moins bien défendue par la nature. Les vieux murs furent également consolidés, on ferma les brèches par lesquelles l’armée ennemie aurait pu se frayer un passage et on éleva à la hâte, entre les rochers qui dominent le Couesnon, des murs épais qu’on peut voir encore de nos jours, au milieu des taillis.


« On considérait l’action comme imminente et on s’attendait à chaque instant à voir apparaître l’armée française, mais la journée se passa sans incident. La Trémoille ne se souciait guère d’attaquer les Bretons dans une position à peu près inexpugnable. Pourtant, dans la soirée du dimanche, le camp d’Orange fut tout-à-coup en émoi. Ce n’était pas l’approche des Français qui causait cette alarme, mais le parti opposé au duc d’Orléans qui avait répandu le bruit que le duc était un traître et que l’armée bretonne était vendue à l’ennemi. La panique commençait à se répandre et l’on était sur le point d’en venir aux mains. Pour éviter un désastre, le duc d’Orléans et le prince d’Orange déclarèrent qu’ils renonçaient à commander en personne et qu’ils combattraient à pied comme de simples fantassins dans les rangs des Allemands. Tout s’apaisa dès lors, les chefs réglèrent l’ordre de la bataille et les troupes ne songèrent plus qu’au lendemain qui s’annonçait pour la Bretagne comme le jour de la grande victoire si impatiemment attendue.


« La Trémoille ne voulait pas attaquer les Bretons dans les cantonnements formidables de Vieux-Vy où il aurait certainement subi un échec. Aussi pour les attirer en dehors d’Orange, il envoya le lendemain matin quelques escadrons qui apparurent sur les coteaux de Pavée. L’armée bretonne tomba dans le piège, quitta les retranchements et s’avança vers les cavaliers français qui commencèrent aussitôt à battre en retraite. C’était ce qu’avait prévu La Trémoille qui, de son côté, marchait vers Saint-Aubin.


« Pendant ce temps, les divers corps de l’armée bretonne se déployaient sur les hauteurs. Là, ils se formèrent en trois divisions : l’avant-garde composée de 2.000 combattants et commandée par le maréchal de Rieux, le corps de bataille fort de 5.000 hommes sous les ordres du sire d’Albret et l’arrière-garde sous le commandement du sire d’Orange, Jehan de Châteaubriant. L’armée ainsi formée en ordre de bataille s’avança à travers les landes vers Saint-Aubin-du-Cormier.


« De son côté, La Trémoille, prévenu par ses éclaireurs, marchait lui-même vers Saint-Aubin qu’il traversait à midi et arrivait vers 2 heures au lieu dit de la Rencontre, près du ruisseau de Roquelin. C’est là qu’il trouva les Bretons déjà rangés en bataille. Mais au lieu de profiter de cet avantage, ceux-ci perdirent un temps précieux à discuter et La Trémoille put mettre à son tour ses troupes en lignes sans être inquiété. Le combat commença aussitôt. Abrités par une tranchée creusée à la hâte, l’artillerie française ouvrit le feu par une décharge générale, les Bretons y répondirent et les deux armées marchèrent l’une contre l’autre. Au premier choc, l’infanterie bretonne chargea l’ennemi avec une telle fureur qu’elle fit reculer les Français. Malheureusement, par suite d’une fausse manœuvre, la cavalerie ne sut pas se défendre et les troupes de La Trémoille la prirent à la fois de dos et de face. La panique se mit dans les rangs des Bretons qui lâchèrent pied : deux heures suffirent pour assurer la victoire.


« Dès lors, la déroute fut générale : ce ne fut plus un combat mais une boucherie, dit un vieil historien. Trois mille hommes restèrent sur le champ de bataille. Les autres s’enfuirent. Les gens de pied et la cavalerie se jetèrent dans la forêt où il voulurent en vain résister. La plupart des fuyards traversant Mézières revinrent vers Orange où ils comptaient trouver un refuge, mais ils furent poursuivis par l’armée victorieuse jusque sur les bords du Couesnon devant ce château féodal qu’ils avaient quitté le matin même avec l’espérance de la victoire.


« Alors, il fallut se rendre. Le duc d’Orléans lui-même, le futur roi de France, fut pris à son tour, dit-on, devant le moulin d’Orange dans le petit bois taillis situé près des immenses rochers qui dominent le Couesnon et portent encore le nom de Rochers du Roi. C’est là que se termina cette désastreuse journée. Et ce soir-là, sur ces blocs gigantesques, le seigneur d’Orange aurait pu, lui aussi, graver le mot du vieux chroniqueur : Finis Britanniæ. C’est ici le tombeau de la Bretagne.»

                   Marcel Hodebert ,Bulletin du Club javenéen d'Histoire locale, tome XXI 2008, p. 165 sq.




Mémorial des Bretons, Lande de la Rencontre,Saint-Aubin-du-Cormier, 1988 .





      Notes


[24] « Monographie de la paroisse de Vieux-Vy-sur-Couesnon », par l’abbé M.F. Vigoland in les Annales de la Société Historique et Archéologique de l’Arrondissement de Saint-Malo (Année 1909), p.27 et suivantes.

[25] On peut également se reporter à l’article sur le sujet de notre collègue, M. Bertrand Guyon, dans le Bulletin et Mémoires du Club Javenéen d’Histoire Locale – Tome I, année 1988, pages 16 et suivantes ainsi qu’à l’article rapporté dans l’ouvrage sur Vieux-Vy : « Vieux-Vy-sur-Couesnon, d’hier à aujourd’hui » - par l’Association socio-culturelle de Vieux-Vy-sur-Couesnon – 1990, page 22.

[26] Le futur Louis XII.





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