samedi 5 janvier 2013

L'OPPIDUM DU POULAILLER,SITE GAULOIS en forêt de Fougères ?






 Levée de terre de l'Oppidum  du Poulailler.(cliché JPG.)







L’OPPIDUM du POULAILLER : une agglomération gauloise ?


Le nom est quelque peu énigmatique, si la référence à un site de défense, voire militaire, un oppidum, est claire, son nom, le Poulailler interpelle. Que peut bien cacher cette désignation ? Et que révèle une visite sur place ?


Un site étendu et protégé


Situé sur la commune de Landéan, non loin de la ville de Fougères, l’oppidum du Poulailler domine cette partie de la forêt, il est en effet situé à des hauteurs proches de 130-140 mètres.Il est protégé de manière naturelle par deux escarpements au pied desquels coulent deux cours d’eau, à l’ouest le Nançon et à l’est le Ruisseau de Grande Rivière. Les flancs nord et sud ont été barrés par des structures talutées.





Plan de l'Oppidum du Poulailler,(cl.J.Bachelier 2010).








Au nord a été édifié un double rempart de terre, doté d’un large fossé creusé entre les deux talus ; quant au flanc sud, il n’est défendu que par une unique levée de terre. M. Wheeler signale l’existence de deux portes, la première au  nord et une seconde au sud. Il faut peut-être imaginer des entrées monumentales, on devine la trace de la porte méridionale dans un fatras de terre et de pierres formant un vaste monticule.

En de nombreux points, il est possible d’observer des talus, dont les hauteurs varient. Sur les flancs protégés de manière naturelle, la levée de terre ne dépasse que rarement un mètre, par contre, là où la pente est faible, dans les zones exposées, le talus peut atteindre trois, voire quatre mètres de haut, particulièrement au nord de l’oppidum. Bien qu’il n’y ait eu aucune fouille, la structure interne de certaines sections du talus peut s’observer lorsqu’un chemin forestier est venu le couper. Ainsi, au milieu de la terre, on distingue nettement des pierres, qui avaient très certainement vocation à renforcer la solidité de l’ensemble . La surface enclose est d’environ 25 hectares.





Structure interne d'un talus oriental, fait de terre et de bois (cl. J. Bachelier, 2007).


Le site dans son contexte


Aujourd’hui recouvert par la forêt, l’oppidum se trouvait dans un tout autre contexte au moment de son utilisation. Il faut imaginer que cette partie des bois était dépourvue d’arbres, la construction de la forteresse, de ses talus, de ses portes, mais aussi des habitations à l’intérieur a très certainement conduit à un défrichement important tout autour.

De plus, le Poulailler se situait à proximité du croisement probable de trois voies antiques, dont celle menant de Rennes à Bayeux. Une voie a d’ailleurs été fossilisée sous le couvert forestier actuel, au nord de Chênedet. Certes sa structure fait penser à une voie romaine, mais l’on sait qu’une partie du réseau routier était en place avant leur arrivée.

L’absence de fouille n’a pas empêché des découvertes ponctuelles, pour mémoire, on rappellera, sans pouvoir être plus précis sur le lieu de sa mise au jour qu’un trésor monétaire de 34 monnaies gauloises a été trouvé en 1935, près de Fougères. À proximité de l’oppidum, en Saint-Germain-en-Coglès, au lieu-dit Mont-Baron, près des Courbes, ce sont près de « 200 haches à douille, avec des moules, lingots de métal, scories, cendres » qui furent découverts en 1871, un tel ensemble fait penser à un atelier de bronzier.

Enfin, sous le couvert forestier actuel, nombre de talus et de fossés ressemblent à des enclos de fermes gauloises, certes en l’absence de fouille rien n’est certain, mais il ne serait pas étonnant qu’il y ait eu des exploitations autour de l’oppidum, rappelons que la forêt n’existait pas !


Un oppidum ?


Jules César a qualifié d’oppidum certaines des agglomérations gauloises qu’il rencontra lors de la conquête de la Gaule, il fut particulièrement impressionné par les fortifications et il a décrit le fameux murus gallicus, ou mur gaulois, talus de terre, renforcé par des poutres de bois et des assises de pierres. Le Poulailler pourrait-il être un oppidum ?

Son nom, son étendue, la présence de pierre dans les talus, l’existence de sites et de  voies contemporains de l’époque celtique... plusieurs indices concorderaient pour faire de l’oppidum du Poulailler une agglomération gauloise. Pour certains il s’agirait du camp général bâti par le peuple celte qui occupait à peu près l’actuel département de l’Ille-et-Vilaine, les Riedones. Ces derniers participèrent aux révoltes contre les Romains en 57 et 52 av. J.-C., mais la victoire de ces derniers aurait rendu le camp inutile, ce qui expliquerait pourquoi l’enceinte talutée ne couvre pas tout le site. Pour d’autres il s’agirait d’un refuge pour une partie des Riedones. Dans ces deux hypothèses, le caractère défensif du site est privilégié.

Mais l’on peut aussi estimer que l’oppidum était un centre de pouvoir, dominant les campagnes, les fermes que l’on devine tout autour étaient connectées à l’agglomération, formant un réseau d’approvisionnement. Les routes, même si toutes ne remontent pas à l’époque gauloise, permettaient à ce centre d’être relié aux autres oppida de l’Ouest, ainsi qu’aux fermes aristocratiques, ou non, qui parsemaient les campagnes. La présence de richesses naturelles dans le sous-sol de l’actuelle forêt était probablement sous le contrôle du groupe vivant à l’intérieur des remparts. L’atelier de bronzier doit se comprendre dans cette logique, certains auteurs évoquent aussi des sites aurifères.

Enfin, on rappellera qu’à l’heure actuelle, l’oppidum du Poulailler reste l’une des rares agglomérations connues du territoire des Riedones avec l’oppidum d’Orange en Vieux-Vy-sur-Couesnon. Pour le reste, il n’y a rien de sûr, quelques sites dits en éperons barrés dominent des cours d’eau et les littoraux, mais là aussi il n’y a pas eu de fouilles. Quant à Rennes, l’antique Condate, la cité semble bel et bien une fondation ex nihilo. Par comparaison avec d’autres régions, il serait tentant de faire du Poulailler, le centre d’un pagus gaulois, c’est-à-dire un petit territoire, une subdivision au sein du territoire riedon.




Les centres gaulois en Haute-Bretagne (J. Bachelier,2011-2012).








 Croix du Fouteau.

On soulignera enfin la proximité d’un toponyme énigmatique : la Croix du Fouteau. Son nom est dérivé du latin fagus, hêtre, arbre vénéré dans la religion celte, il existe des exemples jusque dans les Pyrénées. Il y avait peut-être un lieu de culte, un sanctuaire à proximité de l’oppidum qui fut christianisé par la suite. É. Pautrel a rapporté les croyances attachées à ce lieu : le hêtre avait pour vertu de guérir des fièvres, pour être soigné, il fallait tracer une croix sur l’écorce, puis faire le tour de l’arbre en balayant le sol avec une branche de houx et se prosterner devant... tout ceci est bien peu chrétien !




   Le Poulailler aurait donc eu un caractère défensif certes, mais peut-être aussi artisanal (monnaies ? et atelier) et religieux. L’enceinte talutée ne serait plus seulement un rempart, l’explication ne se limiterait plus à des considérations militaires et/ou défensives, mais elle manifesterait une délimitation à caractère urbain. L’oppidum du Poulailler pourrait être d’une certaine manière une place centrale aujourd’hui couverte par les bois.

 Enceinte talutée du Poulailler.(cl.JPG)



L’oppidum du Poulailler reste encore un site mystérieux qui peut, par comparaison, être rattaché à l’époque de la Tène tardive, vers 100 av. J.-C. Son caractère urbain doit être envisagé, même s’il faut souligner le poids des hypothèses dans les lignes qui précèdent. L'édifice, classé au titre des monuments historiques en 1970, mériterait des fouilles, au moins des sondages archéologiques.



                             Julien Bachelier




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