dimanche 29 avril 2012

LES MEGALITHES DE LA FORET DE FOUGERES I

SITES DE MEMOIRE:

 


Les mégalithes de la forêt de Fougères


La Pierre du Trésor

La Pierre du Trésor inaugure notre  série sur les mégalithes de la forêt de Fougères, suivront la Pierre Courcoulée et le Cordon des Druides. S’il reste aujourd’hui de beaux vestiges de ces trois monuments, force est de constater qu’ils demeurent encore en grande partie énigmatiques, tout comme leurs homologues qui couvrent les terres armoricaines mais aussi européennes.Sous la mousse et entre les branchages, on peut encore admirer ces vestiges de pierre; observons-les  et essayons de les décrypter, dans les limites du possible.

La Pierre du Trésor. Les blocs de pierre gisent épars,relativement regroupés autour de la dalle de
 recouvrement.   Toutefois,on devine à l'arrière-plan une pierre isolée, a-t-elle été déplacée ou faisait-elle partie de l'enceinte de terre?
 (cliché J. Bachelier) 

       La Pierre du Trésor



        La Pierre du Trésor se situe dans la forêt de Fougères, dans sa partie orientale, au sein de la parcelle 78. Nous sommes donc en Landéan. Actuellement, on la distingue dans un petit creux d’un mètre, d’où apparaissent quelques pierres recouvertes le plus souvent de mousse, orientée globalement nord-sud.


Au fond de cette petite cuvette émergent sept blocs de pierre de taille inégale, dont un légèrement à l’écart (photographie n° 1). Comme bien souvent pour ce type de monument, la pierre est d’extraction locale, c’est un granite avec une forte proportion de quartz. Le bloc principal (table, dalle de recouvrement ou de couverture) mesure un peu plus de trois mètres de long, elle dépasse les deux mètres de large et est épaisse de 80 centimètres. Le temps et surtout les hommes expliquent qu’elle a basculé ; des chercheurs du fameux Trésor ont renversé l’édifice... d’aucuns ont aussi accusé la chute d’un arbre. Autour de ce gros bloc, cinq ou six pierres atteignant près de 60 centimètres de haut. Il s’agit des orthostates, ou dalles verticales, ayant vocation à soutenir la dalle, celles-ci formaient le couloir menant à la chambre.


Si les auteurs anciens ont mesuré la Pierre du Trésor sous toutes les coutures (P. Bézier, L. Rallier et T. Danjou de la Garenne), presque aucun n’indique la forme ovalaire qui se détache tout autour atteignant les six-huit mètres de diamètre (photographie n° 2). L’ensemble est ceinturé d’un talus de terre d’une vingtaine de centimètres vers l’extérieur, mais atteignant près d’une soixantaine de centimètres à l’intérieur de la dépression. Il s’agit très certainement des vestiges d’une enceinte, possible empreinte d’un tumulus ou plutôt d’un tertre, c’est-à-dire une éminence artificielle composée uniquement de terre.


Il faut un peu d’imagination pour se représenter l’ensemble tel qu’il devait être il y a plusieurs milliers d’années. Les piliers, plantés verticalement, servaient d’assise à la dalle de couverture. Ainsi, un espace était dégagé, on parle de chambre, mais il est délicat d’en restituer la forme, était-elle circulaire, quadrangulaire ou polygonale ? Cette dernière hypothèse paraît difficile étant donné le faible nombre d’orthostates, par contre on peut vraisemblablement imaginer une chambre quadrangulaire. Cette dernière pouvait atteindre près de 1,50 mètre de long. À la différence d’autres mégalithes, la Pierre du Trésor ne semble pas avoir eu de couloir d’accès. Quant à la forme ovalaire, faite en terre, elle conserve le souvenir d’un tertre, disparu depuis sous l’action des vents, de la pluie et surtout des hommes, même une modeste colline artificielle de terre devait susciter si ce n’est pas la curiosité, au moins la cupidité.




Un trésor et un diable : légende autour du mégalithe

Le nom de cet ensemble mégalithique a excité les convoitises, comme le soulignait l’abbé Manet : « son nom lui a été funeste ». On ignore à quelle époque, mais la Pierre du Trésor a subi des fouilles sauvages et elle a été renversée. On ne peut exclure qu’une partie de la terre qui l’entoure provienne de ce vandalisme, toutefois la trace d’une enceinte reste la plus probable.


Louis-François Du Bois dans ses Recherches archéologiques, historiques, biographiques et littéraires sur la Normandie parues en 1843 avait rapporté une légende se rapportant à la  Pierre du Trésor, comme bien souvent, le diable n’est pas loin... :


« Mazarine est une femme puissante qui passe pour être la mère de tous les diables anciens et modernes. (...) Elle possède dans la forêt de Fougères un très beau château (...). Celui qui aspire à la fortune se met en quête ; il dirige ses pas vers la forêt de Fougères ; il trouve sur sa route un petit ruisseau sans apparence et non pas sans pouvoir. S’il met le pied dans le ruisseau, il est sûr d’avoir le cou cassé par le diable. Ce mauvais pas franchi, on arrive au château ; on entre ; on trouve une masse immense de richesse. Alors une voix se fait entendre et crie solennellement : "Prends cet or autant que tu voudras, mais n’en prends pas plus que tu n’en pourrais porter." Le retour a lieu aussitôt ; et le nouvel enrichi, tout fier qu’il est de son acquisition, n’a garde d’oublier ce précepte de la sagesse : rien de trop. Il ne s’est chargé que convenablement. On dit que les petits ruisseaux font les grandes rivières ; en effet au lieu où coulait le petit ruisseau, se trouve une rivière fort large ; mais l’histoire ne dit pas qu’elle empêche de passer. L’enrichi jouit de ses richesses comme il le juge à propos ; mais au bout des douze années, il appartient au diable qui en fait ce qu’il juge à propos. »


Dans cette légende, la Pierre n’est pas citée, mais se situant non loin du lieu-dit Les Vieux Châteaux, aussi énigmatiques que les Celliers de Landéan. Il existe d’autres fables sur ce fameux trésor, considéré comme damné, volant, insaisissable... et pour cause ! Ces histoires merveilleuses rappellent que la quête du trésor en a justement détruit un autre : le monument mégalithique...




On aperçoit ici l'enceinte de terre qui conserve probablement la mémoire du tertre de terre qui recouvrait la Pierre du Trésor,on peut estimer que le diamètre atteignait six à huit mètres
( cliché J. Bachelier).




Site de mémoire : quelques repères


La Pierre du Trésor n’a jamais été l’objet de fouilles scientifiques qui auraient pu permettre de mieux la comprendre. Mais le vandalisme de pilleurs de trésor a probablement rendu vaine toute étude, les moindres éléments (poterie, parures...) permettant une possible datation ont certainement été détruits, d’autant plus que des voleurs ont déjà dû visiter les lieux...

Néanmoins,ce type de construction s'accorde avec une datation du Néolithique. Cette période de la Préhistoire commence aux environs du milieu du VIe millénaire et se termine vers 2000 avant notre ère. Toutefois le mégalithisme armoricain s’est principalement déployé entre 4800 et 3500. L’absence de couloir d’accès à la chambre inciterait à proposer une datation haute de ce mégalithe, peut-être du Ve millénaire.
Ce dolmen a été classé aux Monuments  Historiques par arrêté du 19 décembre 1946.


                                                                                                                 Julien Bachelier




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