vendredi 28 septembre 2012

LE PARDON DE N-D DES MARAIS à FOUGERES


 RENCONTRE DE LA PIETE ET DE L'HISTOIRE

    EGLISE   SAINT-SULPICE, FOUGERES








 Notre-Dame des Marais  dans sa parure royale à l'occasion
du pardon 2006.  (cliché Sr Hélène R.)
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 LA DECOUVERTE DE LA STATUE

 


La statue de Notre-Dame des Marais est vénérée à Fougères depuis le XIVe.L’origine de ce culte est auréolée de légendes : ensevelie sous les décombres de la chapelle Sainte-Marie du château au cours de la prise de Fougères par Henri II Plantagenêt en 1166, elle aurait été retrouvée au début du XIVe près des fossés marécageux du château, lors de travaux d’agrandissement de l’église primitive.



 

 Vitrail de l'Invention de la statue de Notre-Dame au pied du château
(Payan et Guyonnet, 1901).


 Un vitrail de Payan et Guyonnet daté de 1901 a ancré dans le verre la découverte providentielle : sous le regard ébloui des princes de la maison de Fougères, du clergé régulier et séculier et des  terrassiers,  les trois ordres de la société médiévale,la statue apparaît dans une blancheur surprenante, intacte... 






 Statue de Notre-Dame des Marais,
pierre de Caen polychrome.




Notre-Dame des Marais dont l’histoire a été longuement contée par le vicomte Le Bouteiller est une Vierge allaitante de la fin du XIVe. Cette image attendrissante de Marie nourricière est l’objet d’une grande vénération au Moyen Age. Elle exalte le rôle maternel et protecteur de Marie en même temps qu’elle met en valeur l’intimité charnelle entre l’humain et le divin. Les visages ont été refaits au XVIIIesiècle sans doute par le sculpteur fougerais Antoine Viollard, auteur talentueux des statues du chœur. Pourtant cette réfection partielle n’est pas des plus habile : l’expression manque un peu de naturel et l’enfant Jésus semble excessivement joufflu et mal proportionné, ces petits défauts n’ont jamais altéré la piété populaire, loin s’en faut…





DES  SIECLES DE DEVOTION



 La statue est très  vite vénérée, d'abord à l'extérieur de l'église dans un petit oratoire puis dans la chapelle Notre-Dame édifiée par la confrérie de la Mi-Août consacrée au début du XVè et desservie par sept chapelains, puis à nouveau à l'extérieur, pour une dévotion plus libre... Pendant plusieurs siècles, les pélerins affluent de loin, d'autant plus nombreux qu'on prête à la Vierge des pouvoirs miraculeux  de guérison.
 Selon le vicomte Le Bouteiller, même au cours de la période révolutionnaire, la dévotion ne faiblit pas malgré les interdictions officielles ; l’oratoire est fermé au culte, la statue est achetée par un paroissien et elle continue à être honorée chez lui. Au début du XIXe, elle regagne son  oratoire.
 
 
 

 
 
 




 
 
 

La chapelle néogothique  Notre-Dame des Marais
 (Archives municipales, Fougères) 
 
 
 
 
  Au cours des années 1869-1872, l'architecte  Tourneux  le  remplace  par une grande chapelle néo-gothique, édifiée en pierre de Caen. Jugée  inesthétique car elle formait un appendice peu harmonieux dont la couleur blanche rompait l'unité du granit sur le collatéral nord, elle est détruite  en 1960 par la volonté des Monuments Historiques.
 
 C'est alors qu'elle est placée devant le grand retable gothique  de la chapelle Notre-Dame où les Fougerais la prient aujourd'hui.








 

 
  LE COURONNEMENT


 Collection Archives  municipales, Fougères.

 
  
 Le Couronnement  de Notre-Dame des Marais a été célébré en grande pompe le 8 septembre 1923 dans l’enceinte du château  devant une assemblée considérable : le Journal de Fougères avance le chiffre de 20000 personnnes.Il est entré dans l’histoire de  la cité. 
 La faveur du  couronnement  avait été  sollicitée près du Pape par le chanoine Mathurin, curé de Saint-Sulpice, en 1922.  Le jour choisi est  celui  de la fête mariale de la Nativité. La  célébration comporte un premier  cortège de l'église au château, une  grand'messe pontificale,  le panégyrique de  Notre-Dame, le couronnement  solennel avec les couronnes  d'or offertes par les Fougerais - la tradition raconte qu'elles ont été fondues avec les bijoux des paroissiennes et donatrices; après les vêpres , la  procession  se dirige vers  les églises N-D de Bonabry et Saint-Léonard à travers les rues pavoisées , au milieu d'une foule inimaginable :"50000  étrangers, pour le moins, étaient venus" affirme le même journal sans doute peu sourcilleux sur l'exactitude... Il est vrai qu'on avait prévu des trains spéciaux partis de Vitré, Saint-Malo,Coutances,  Vire et Mortain. Et tous fredonnent le cantique populaire composé pour la circonstance, dans lequel  se croisent  assez curieusement la piété et l'histoire teintée de légende...



 
 Cantique  du Couronnement, dans sa première version, ici incomplète.
       Enfin la fête se termine  au château par un retentissant Te Deum et la  vieille cité  s'illumine...



 Procession du Couronnement, Archives municipales.

 
 
        LE PARDON DE NOTRE-DAME DES MARAIS

       Pour perpétuer cet hommage et donner plus de solennité à la dévotion  mariale, le curé de Saint-Sulpice institue en 1924 la célébration du Pardon. Cette tradition est toujours respectée. Le dernier dimanche de septembre, la statue est revêtue de son manteau de sacre fleurdelisé et doublé d'hermine  dont les mouchetures rappellent, pour les Fougerais du moins, l'appartenance bretonne si présente sur le retable du duc de Bretagne de l'actuelle chapelle Notre-Dame des Marais.


 Parure du Couronnement  et du Pardon.
      La paroisse  renoue avec un rite pluriséculaire : l'habillement de la statue, attesté dès le XVe dans les archives de Saint-Sulpice. Marque de vénération ou rite d'appropriation du sacré, cette coutume très anthropomorphique et fusionnelle  de la parure remonte aux pratiques  cultuelles antiques.

        La Vierge et l'Enfant sont coiffés de leurs couronnes  précieuses, autrefois dessinées par  l'historien Henri Le Bouteiller ou du moins de leur réplique. Même si la foule est moins dense,la procession se déroule toujours dans le quartier,comme pour se réapproprier chaque année l'espace spirituel.Les couplets du cantique marial ont été modérés mais la mélodie douce  est toujours chantée avec la même ferveur.
  
 
 
     En dépit des vents contraires, le culte de Notre-Dame des Marais empreint de merveilleux, de tradition et de foi sincère est resté profondément ancré dans la mémoire collective fougeraise et il est solidement entretenu par les paroissiens de Saint-Sulpice.       
 
       Jean-Paul Gallais.





 Passage du discours , bien inscrit dans l'Histoire de Fougères, prononcé
par le chanoine Mathurin lors du banquet du Couronnement, rapporté par
Le Nouvelliste de Bretagne, relayé par le Journal de Fougères, 15 -09-1923.
                               Archives municipales.
 
   Source:Le Journal de Fougères, 15 septembre1923. Archives municipales, Fougères.
  Clichés: droits réservés.



        PARDON 2014:  26--27-28 septembre.



 
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Eglise St Sulpice de Fougères. Vitrail de ND des Marais
Chaque année, en septembre ou octobre, l’Eglise de Fougères célèbre le Pardon de Notre-Dame-des-Marais, à l’église St Sulpice.
      Une tradition constante affirme que l’antique Madone vénérée aujourd’hui sous le vocable de Notre Dame des Marais provient de la chapelle Ste Marie du château primitif de Fougères qui fut construit au 11e siècle.
Cette antique statue, haute de 0,80 m, est taillée dans une pierre blanche et dure, dite pierre de Caen. La Vierge est représentée assise, tenant son enfant sur son genou gauche. L’enfant Jésus, la main droite dans la gauche de sa Mère, approche ses lèvres du sein maternel.
Mais en 1166, le roi d’Angleterre prit le château de Fougères et le rasa de fond en comble. La chapelle Sainte Marie fut complètement détruite aussi, et la statue demeura longtemps perdue, ensevelie sous les décombres.
Au temps où les Lusignan possédaient la seigneurie de Fougères (1256-1313), la paroisse Saint Sulpice contemporaine et voisine du château, décida de prolonger son église primitive vers l’ouest. Or, en creusant les fondations préalables à cet agrandissement, on découvrit, sous la pioche des travailleurs, la statue disparue depuis plus d’un siècle. On lui donna le nom de Notre Dame des Marais, allusion au terrain arrosé des eaux du Nançon où on l’avait retrouvée. Cette Madone fut placée dans une niche creusée extérieurement au mur que les Fougerais érigèrent sur le lieu même de sa découverte. Puis bientôt, une chapelle destinée à abriter la statue devenue « miraculeuse » fut aménagée dans l’église Saint Sulpice et consacrée le 8 mars 1410 par l’évêque de Rennes, Mgr Anselme de Chantemerle.
Mais les paroissiens voulaient la voir en passant sur le chemin. On la laissa donc à l’extérieur de la chapelle, face au château.
En l’an 1500, le pape Alexandre VI (1492-1503) adressa une bulle portant concession d’indulgences à tous les pèlerins qui, chaque année, visiteront dévotement l’église Saint Sulpice. Cette bulle existe toujours aux archives paroissiales.
Au cours des siècles, la dévotion à Marie ne faiblit pas et s’étend bien au-delà de la cité. Beaucoup de grâces spirituelles et beaucoup de guérisons sont attribuées à l’intercession de Notre Dame des Marais. Les archives municipales de Fougères gardent toujours le procès-verbal établi au sujet d’une guérison, en 1722…

Eglise St Sulpice de Fougères. Ecusson dans la pierre, retable de la chapelle Notre-Dame (15e siècle)




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